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Cinéma

Mir-Jean Bou Chaaya et son beau film long, beau et long comme la vie...

Rencontre

Avec « Film Ktir Kbir », le cinéaste libanais explore le pouvoir de l'image. Manipulateur ou authentique, arme à double tranchant, mais aussi arme de propagande, le cinéma du jeune metteur en scène prouve encore une fois que le fil entre le réel et le fictif est plus que jamais indicible.

26/11/2015

L'écriture, processus essentiel
Le film, produit par Kabreet Productions, en association avec Michel Eléftériadès, la LBCI et Lilapost, naît d'un court métrage présenté il y a quelques années et devenu, depuis, un long métrage. « Nous sommes les deux coauteurs du film, Alain Saadé et moi-même. Après avoir étudié à l'école Lee Strasberg en Californie et, devenu assistant coach dans la même école, Alain Saadé s'installe au Liban. Très méticuleux dans le choix de ses films et soucieux de garder une certaine qualité, celui-ci n'incarne pas seulement le caractère de Ziyad dans mon film. Il est aussi le coauteur qui va contribuer à étoffer les personnages. Ce film questionne la vie sociale et politique de notre pays, ainsi que l'image en tant qu'outil de lecture. Pour venir à bout de cette aventure, nous avons eu recours à deux consultants dans l'écriture, poursuit Mir-Jean Bou Chaaya. D'une part, Georges Nasr, qui planchait sur la structure narrative du film, et, de l'autre, Yves Angelo, cinéaste français avec 45 films à son crédit qui, lui, va privilégier le propos. Dans Film Ktir Kbir, le jeune cinéaste de 26 ans épingle tout le monde : médias, cinéma, trafiquants de drogue ou politiciens. Et hop ! Tous dans le même sac. Le sujet ? Des trafiquants de drogue qui tiennent une boulangerie devront devenir producteurs de films afin de couvrir leur trafic. » Il a fallu donc écrire deux films en un.

Fratrie au boulot
« Étant issu d'une famille de quatre garçons, j'ai eu recours à deux de mes frères pour m'aider dans ce projet. L'un est avocat et l'autre dans la gérance de restauration. Il a même été exécutif sur certains de mes projets. Comment tourner ce film dans un pays qui n'appuie pas les nouvelles initiatives cinématographiques? En créant une société portant le nom de SuppAr, qui ramènerait des investisseurs de différents secteurs en les invitant à appuyer des projets cinématographiques où ils seraient garantis de ne pas être perdants. Après leur avoir montré le court métrage, ces investisseurs étaient partants », raconte Mir-Jean Bou Chaaya. Michel Eléftériadès qui compose la musique du film (bien inspirée, au passage) a été parmi ces investisseurs. « Nous avons donc levé les fonds pour la phase production, car il était essentiel pour nous de ne pas avoir de financement étranger. Le Doha film Institute nous a procuré par la suite un financement pour la postproduction, en nous mettant à l'échelle internationale. »

Quand les images parlent
Cloisonnement de l'intérieur contre liberté à l'extérieur, sombre et lumineux, le film ne joue pas seulement sur l'écriture, mais aussi sur ces images qui parlent et qui accompagnent celle-ci en parallèle. « C'est Fady Kassem, le chef-op, qui a signé cette photo si éloquente. Ayant été mon professeur à l'Alba, j'ai hésité à lui demander de travailler avec nous, mais dès qu'il a lu le scénario, il s'est très vite enthousiasmé pour le projet. Tout commence par des teintes sombres (avec l'emploi approprié des lentilles) qui vont s'éclaircir petit à petit. Il s'agissait de parler d'une jungle industrielle moderne où vit un clan d'hyènes. Ces couleurs ne s'éclairciront qu'à la découverte du cinéma. » Et d'ajouter : « L'acteur doit être assez intelligent pour être conscient de la fabrication de ces images. On ne voulait donc pas mélanger les genres, mais tout simplement choisir le ton adéquat et en harmonie avec cette transformation. »

Woody Allen ou Abbas Kiarostami ?
Si le film s'inspire (dans la manière de tourner et non dans l'écriture du film) de L'Enfant des frères Dardenne, il est teinté également de cet humour absurde des frères Coen. Quelles sont les influences du jeune cinéaste libanais ? « Appréciant fortement comme tous les jeunes de ma génération le cinéma américain, ma sensibilité s'est éveillée néanmoins avec le cinéma d'auteur de Woody Allen. Avec le temps, je découvrais le cinéma iranien et ce cinéma indépendant qui met l'homme et soi-même au centre de toute œuvre cinématographique. Aujourd'hui, je sens qu'au Liban, chaque cinéaste se bat tout seul et que le travail collectif, voire la plate-forme collective, n'existent pas. »
Film Ktir Kbir apporterait-il des réponses à tous les questionnements de Mir-Jean Bou Chaaya ?


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En quelques dates...

Né en 1989, Mir-Jean Bou Chaaya obtient son master en études audiovisuelles avec distinction à l'Alba en 2012. Sa carrière commence en 2008 avec un clip musical dédié aux martyrs de l'armée libanaise. Il signe par la suite une dizaine de courts métrages En 2013, Bou Chaaya devient le cofondateur de SuppAr (The Arab Art Support Group). Après Film Ktir Kbir, qui a voyagé, notamment à Cannes et Toronto, Mir-Jean Bou Chaaya est à nouveau sur l'écriture d'un autre opus.

 

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Tueni Myriam

À quand la projection de votre film à Montréal ?? Il y a un GRAND public ici qui se fera un plaisir de voir votre film qui a l'air d'une petite merveille :)
Nous avons eu plusieurs projections de films libanais dans la communauté et nous avons même réussi à associer les projections avec des œuvres de bienfaisances libanaises bien connue. Juste une idée comme ça ;)

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