L’éclairage

« L’option Frangié » est loin d’avoir fait l’unanimité à l’intérieur

La résurgence de manière éclatante de la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, à la présidence de la République est-elle le fruit d'une initiative extérieure imposée par les développements régionaux ou tout simplement une mesure lancée localement dans le cadre du compromis général auquel avait appelé le Hezbollah ?
Selon des observateurs, l'initiative consistant à propulser M. Frangié sur le devant de la scène a été concoctée pendant plusieurs mois par des diplomates postés au Liban, mais également par les figures de proue des 8 et 14 Mars, le tout avec la participation de parties extérieures.
Selon un responsable politique, l'idée a commencé à se préciser au début du mouvement de protestation civile, le 20 août dernier, lorsque le leader du Nord s'est démarqué des prises de position du CPL en refusant de rejoindre son allié dans sa politique de boycott du Conseil des ministres et des réunions de l'Assemblée. M. Frangié avait également décliné le recours à la rue, critiquant les aounistes pour cette mesure considérée inadaptée aux circonstances.
Une source proche du dossier a précisé que le chef des Marada avait évoqué sa candidature avec le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, d'autant que celle de Michel Aoun n'avait marqué aucune progression depuis un certain temps. Hassan Nasrallah lui avait fait comprendre que pour le moment, il restait attaché au chef du bloc du Changement et de la Réforme, et que, pour qu'il puisse lui demander de se désister, il fallait qu'un certain nombre de conditions soient réunies. Il fallait tout d'abord qu'il puisse arracher une approbation au chef du courant du Futur, Saad Hariri, puis au chef du PSP, Walid Joumblatt.
Il est utile de rappeler à ce propos que le chef du bloc du Hezbollah, Mohammad Raad, avait affirmé lors du dixième round du dialogue, au lendemain de l'appel au compromis lancé par Nasrallah, que « la nation est plus importante que les personnes », une remarque que les forces du 14 Mars avait considérée comme un préambule à une supplique à adresser à Michel Aoun lui demandant de se retirer au profit de M. Frangié. Depuis que le nom de ce dernier fait la une, un défilé de diplomates en direction de Rabieh et de Maarab, notamment, a eu lieu en signe de soutien, les nouveaux développements sur la scène libanaise intérieure étant, à leurs yeux, propices à l'émergence d'un nouveau chef de l'État. Cela est d'autant plus plausible dans un contexte où la polarisation politique entre 8 et 14 Mars semble s'estomper et la solidarité au sein de chaque camp est en train de s'affaiblir progressivement, préludant à de nouveaux alignements, notamment entre les parties chrétiennes qui n'ont pas encore dit leur dernier mot à ce propos.
Dans les milieux du courant du Futur, on affirme que la candidature de M. Frangié est sérieuse, quand bien même ce dernier avait affirmé, à l'issue du dialogue, qu'il continuait de soutenir la candidature de M. Aoun, soulignant toutefois que « si les forces du 14 Mars et M. Hariri venaient à avaliser officiellement une autre proposition, nous réagirons en temps voulu ». Les milieux du Futur indiquent de leur côté que l'initiative a cependant besoin d'être mise au clair, certains points devant être précisés à la lumière d'une transaction globale.
Fait surprenant, les trois leaders des principales formations chrétiennes – FL, CPL et Kataëb – n'ont pas encore accordé explicitement leur aval à cette proposition, sans compter la contestation sunnite qui gronde dans certaines localités du pays, à laquelle il faudra ajouter celle de certaines composantes du 14 Mars, notamment chrétiennes.
Selon un responsable politique, le courant du Futur attend toujours que le Hezbollah fasse un pas avancé dans cette direction. Quant aux assises du 14 Mars qui continuent d'exprimer certaines craintes, elles ont demandé à des interlocuteurs étrangers des garanties sérieuses relatives aux prestations escomptées du futur président une fois à Baabda, sur les deux plans interne et externe. En tête de leurs attentes, un engagement de sa part en faveur de la politique de distanciation illustrée par la déclaration de Baabda, ainsi qu'une clarification de sa position par rapport à la Syrie, aux armes du Hezbollah et autres points considérés par ce camp comme névralgiques.
D'après un diplomate arabe posté à Paris, « l'initiative Frangié » bénéficie d'un parrainage extérieur de la part de certaines parties qui œuvrent activement en vue de mettre fin au vide présidentiel et à la paralysie des institutions.
Ces parties considèrent aujourd'hui que les circonstances externes sont propices pour pousser dans ce sens. Des efforts qui ont été relayés localement par les diplomates postés à Beyrouth qui estiment que « l'initiative Frangié » rassure le 8 Mars en général. Dans les milieux de ce camp, l'on continue toutefois de parler de « manœuvre » visant à diviser leurs rangs et à provoquer une crise entre Rabieh et Bnechii ainsi qu'une tension entre Rabieh et la banlieue sud de Beyrouth. Le paysage politique est en tous les cas loin d'être clair à ce jour et les enjeux et équilibres en présence pour le moins complexes.


La résurgence de manière éclatante de la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, à la présidence de la République est-elle le fruit d'une initiative extérieure imposée par les développements régionaux ou tout simplement une mesure lancée localement dans le cadre du compromis général auquel avait appelé le Hezbollah ?
Selon des observateurs, l'initiative consistant...

commentaires (2)

L'AMI QUI RESTE L'AMI MALGRÉ LES MASSACRES DE L'AMI... EH BIEN...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

14 h 30, le 28 novembre 2015

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Commentaires (2)

  • L'AMI QUI RESTE L'AMI MALGRÉ LES MASSACRES DE L'AMI... EH BIEN...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 30, le 28 novembre 2015

  • La proposition faite à Sleiman Frangié de l'élire à la présidence de la République est une vraie gifle sur les deux joues de Samir Geagea et pour sa petite part qu'il représente sur la scène maronite.

    Honneur et Patrie

    11 h 30, le 28 novembre 2015