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Seize mois plus tard, le "cauchemar" des militaires otages d'al-Nosra prend fin

Liban

Tammam Salam et Abbas Ibrahim promettent de poursuivre les efforts pour libérer les militaires toujours aux mains de l'EI.

OLJ
01/12/2015

Seize mois après leur capture en août 2014, durant la bataille de Ersal (Békaa), les militaires libanais otages du Front al-Nosra ont été enfin libérés en échange de 25 détenus dans les prisons libanaises et d'une aide humanitaire.

Les soldats de l'armée libanaise libérés sont : Georges Khoury, Rayane Salam et Nahi Abou Kalfouni. Les agents des Forces de sécurité intérieure (FSI) sont : Pierre Geagea, Ihab el-Atrache, Sleiman Dirani, Maymoun Jaber, Ahmad Abbas, Waël Hommos, Ziad Omar, Mohammad Taleb, Lameh Mzahem, Abbas Mchayk, Maher Fayad, Georges Khazzaka et Rawad Abou Darhamayn.

Cet accord avec le Front al-Nosra est l'épilogue de négociations longues et ardues menées par le Liban, impliqué malgré lui dans la guerre en Syrie voisine. Il met fin partiellement au calvaire des familles qui campaient depuis plus d'un an sous des tentes installées près du Grand Sérail, place Riad Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, pour faire pression sur les autorités. Mais l'inquiétude perdure sur le sort de neuf autres militaires aux mains du groupe Etat Islamique (EI) qui s'est illustré depuis sa création par une série d'actes barbares.

 

(Dossier : Qui sont les militaires libanais otages ou ex-otages des jihadistes?)

 

C'est par une foule de proches en liesse que les ex-otages ont été reçus au Grand Sérail en fin d'après-midi avant de se rendre place Riad Solh. Les trois soldats et 13 policiers, tous barbus lors de leur libération, n'avaient plus du tout le même aspect : propres, rasés de près et cheveux coupés, ils portaient leur uniforme.

Le Premier ministre Tamam Salam les a embrassés, promettant de poursuivre ses efforts pour libérer leurs collègues aux mains de l'EI. "Nous avons mis un terme à une opération terroriste dirigée contre le Liban", a déclaré M. Salam, sous les vivats des proches des ex-otages, en présence de nombreux responsables, dont le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, et l'ambassadeur du Qatar au Liban, Ali ben Hamad al-Marri, dont le pays a joué un rôle déterminant dans les négociations. "Ayez confiance en votre pays, le Liban, car nous n'en avons qu'un", s'est écrié le chef du gouvernement, soulignant que le pays "a besoin de tous ses fils".

Le général Abbas Ibrahim, cheville ouvrière de la libération des militaires, a également souligné qu'il n'oubliait pas ceux aux mains de l'EI. "La préservation de l'honneur national a permis en fin de compte la libération des militaires (aux mains d'al-Nosra) et la joie sera complète lorsque les otages de l'EI seront libérés", a-t-il lancé.
Plus tôt dans la journée, Abbas Ibrahim avait assuré qu'il continuera de suivre le dossier des militaires otages de l'EI avec qui les canaux de communication sont coupés depuis des mois. "Nous sommes prêts à engager les pourparlers avec Daech (acronyme arabe de l'EI) si nous trouvons quelqu'un avec qui négocier".

 


Les seize militaires accueillis au Grand Sérail. AFP/STR


"Un cauchemar"
Interrogés par les journalistes présents sur place, les ex-otages ont fait part de leur bonheur et ont remercié les responsables pour leur libération. Certains ont donné des détails sur le lieu de leur détention. Il semble que les otages aient été changé de lieu de détention à plusieurs reprises dans un premier temps, avant que le Front al-Nosra prenne pour base le jurd de Ersal. "Nous étions à dix mètres sous terre", a déclaré un ex-otage. Un autre a décrit cette détention comme étant "un cauchemar". "C'était difficile. Être privé de sa famille et de ses amis est difficile", a lancé un troisième.

Tous ont dit ne pas oublier leurs collègues aux mains de l'EI et ont appelé l'État à œuvrer pour leur libération, assurant ne les avoir jamais vus. Ils ont également indiqué que l'EI a tenté de les enlever alors qu'ils étaient otages.

Le porte-parole des familles des otages, dont le fils est détenu par l'EI, Hussein Youssef, a, lui, affirmé être heureux pour la libération des seize militaires. "Ce bonheur que je vois dans les yeux des mères je l'attendais, je suis content pour elles. Ces enfants sont également mes enfants, nous étions 25 familles dans ce campement et nous avons traversé de nombreuses épreuves ensemble. Seize de mes enfants ont été libérés et maintenant nous attendons les autres", a-t-il déclaré.

 

 

Les détails de l'accord
L'opération avait commencé vers 11h par la remise du corps du soldat Mohammad Hamiyé, assassiné par le Front al-Nosra, aux autorités libanaises. Mohammad Hamiyé était âgé de 22 ans lorsqu'il a été assassiné par balle par les jihadistes, le 19 septembre 2014. Son bourreau présumé, Ali Ahmad Lakkis, a été arrêté vendredi dernier à l'aéroport de Beyrouth par les autorités libanaises, alors qu'il tentait de fuir le pays. Lors de son interrogatoire, le suspect avait avoué avoir tué le soldat Hamiyé. En avril dernier, le Front al-Nosra avait remis au autorités la dépouille de Ali Bazzal, assassiné en décembre 2014. Quatre militaires ont été tués par les jihadistes, deux par balle par le Front al-Nosra et deux décapités par l'EI. En septembre 2014, l'EI avait remis la dépouille de Ali Sayyed à ses parents.

L'échange s'est ensuite déroulé dans la zone désertique des collines de Ersal, battues par le vent, aux confins du Liban et de la Syrie. Sur les lieux, des jihadistes cagoulés arboraient leur drapeau noir proclamant: "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, Front al-Nosra".
A bord de quatre véhicules de la Croix-Rouge libanaise, les militaires ont rejoint le village voisin de Laboué, où les attendait Abbas Ibrahim et les habitants qui leur ont jeté du riz, les ont portés sur leurs épaules et tiré en l'air.

Les détails de l'accord ont été annoncés par le cheikh Nabil Halabi, président de l'association Life, qui est intervenu dans les médiations.

 

(Lire aussi : Les responsables libanais saluent la libération des militaires)

 

"Ne nous oubliez pas !"
En échange des militaires, 25 détenus ont été libérés, selon l'AFP : 19 personnes, accusées d'actes de terrorisme, ont été libérées dans la région de Ersal et six autres à Tall, près de Damas, par le régime syrien. Selon une source de la SG, parmi les 19 individus libérés au Liban, dix ont voulu se rendre à Beyrouth tandis que neuf autres sont partis avec Al-Nosra en Syrie. Abbas Ibrahim a précisé que certains d'entre eux allaient "rester à Beyrouth et que leur situation serait régularisée".

Parmi ceux qui ont choisi la capitale libanaise figure Saja al-Doulaïmi, l'ex-femme du chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi, arrêtée fin 2014. Elle a expliqué vouloir gagner rendre ensuite en Turquie avec ses quatre enfants, dont la fille qu'elle a eue avec le chef de l'EI. Son procès, prévu le 18 novembre, avait été reporté au 28 décembre.

 


Pour les proches des militaires, l'heure était à l'émotion, après des mois de mobilisation dans la rue. AFP PHOTO /ANWAR AMRO


Pendant les longues heures de cette opération extrêmement délicate que la moindre anicroche aurait pu faire capoter, les parents des otages s'étaient réunis sous une tente, place Riad Solh, pour regarder les images retransmises par la télévision. Certains criaient, s'embrassaient et lançaient des pétales de fleurs et du riz, signe de félicité. Tandis que d'autres poussaient des "youyous" de joie ou entamaient une dabké, danse traditionnelle.
"Depuis plusieurs jours, je ne dors pas car il y avait des signes positifs", a confié à l'AFP Marie Khoury, dont le frère Georges figure parmi les libérés. "Mais la joie ne sera complète que lorsque ceux qui sont captifs de l'EI seront libérés", a-t-elle ajouté. Un peu plus loin, la mère d'un de ces otages a fondu en larmes en suppliant : "Ne nous oubliez pas !".

 

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