X

Campus

Pour les jeunes, se lancer au Liban est un véritable parcours du combattant

Éclairage

Alors que de nombreux jeunes quittent le Liban à la recherche d'un meilleur avenir, d'autres ont décidé de revenir investir au pays et y tenter leur chance malgré l'ambiance morose. Ils racontent leur décision qui oscille entre satisfaction et découragement.

27/11/2015

«Rien n'est fait pour encourager les jeunes à investir dans leur pays », affirme Nabil Khoueiry, 25 ans. Nabil est revenu au Liban il y a deux ans pour ouvrir son propre restaurant. Il fait partie de ces jeunes qui ont décidé de rentrer au Liban pour y tenter leur chance. Comme beaucoup de ses compatriotes ayant pris cette décision, il dit être ravi d'être au Liban, mais déplore les longs combats à mener pour arriver à démarrer tout projet.
« Lenteur des permis de travail et de propriété, manque de professionnalisme, mensonge, chaos... De plus, il n'y a pas le volume nécessaire qu'il faut. Le pays est petit. On constate une petite évolution et des changements qui s'opèrent au niveau du marché du travail, certes, mais c'est lent et encore très limité », explique Nabil Khoueiry. Ce qui le choque le plus ? « La mentalité des gens. Souvent, je ne reconnais plus la façon de penser de mes amis. Leurs priorités ont changé. Leurs valeurs aussi. » Et pourtant, Nabil a tenu bon et a su imposer ses règles. S'il assure ne pas regretter sa décision, il avoue avoir mis du temps à s'adapter au pays, mais ne sait pas s'il y restera longtemps.
Pour Omar Zantout, titulaire d'un diplôme en management hôtelier du Glion Institut de hautes études, qui a décidé de revenir au Liban après une expérience de travail dans un hôtel en Suisse, l'adaptation a été beaucoup plus facile. Il y a deux ans, il fonde avec ses frères leur propre société, « Eaternity », avec en franchise la chaîne américaine « Magnolia Bakery », qui en est à sa troisième enseigne. « Le concept marche très bien, s'exclame le jeune homme qui ne regrette pas du tout sa décision. Mes parents n'étaient pas tout à fait d'accord. Ils auraient voulu que je reste à l'étranger. Mes amis, au contraire, m'ont beaucoup encouragé ! » Il admet éprouver, parfois, des moments de découragement surtout à cause de la situation politico-sécuritaire du pays qui n'encourage pas vraiment les jeunes à se lancer. « Mais finalement le Liban est mon pays, là où j'ai grandi. Et pour moi, c'est une base qui me permet de me lancer dans toute la région ».

S'adapter à la mentalité du pays
Même satisfaction pour Patricia Eid, 30 ans, titulaire d'un doctorat en psychologie de l'Université de Montréal, qui, après avoir quitté le Liban à l'âge de six ans, a eu envie de « revenir faire quelque chose pour son pays ». Elle met en veilleuse son cabinet au Canada et retourne tenter l'expérience dans l'enseignement à l'USJ. « Dans l'absolu, dit-elle, je n'ai pas connu de difficultés. Au contraire ! Il y a un facteur humain et chaleureux très agréable au Liban entre collègues et amis, que l'on ne ressent pas au Canada. Là-bas nous ne sommes qu'un numéro parmi d'autres. » Le plus dur pour elle ? La mentalité du pays et la façon des gens de voir les choses. « Au Liban, on vous respecte pour la position sociale et le rang que vous occupez. Au Canada, tout le monde est sur un pied d'égalité. » Mais elle a compris que pour s'adapter, il lui fallait choisir les batailles qu'elle voudrait mener et surtout ne pas chercher à changer les mentalités. « C'est à nous de nous adapter et d'accepter ce que le pays nous offre », affirme-t-elle. Patricia ne regrette pas sa décision, mais elle sait qu'elle a un atout que d'autres n'ont pas : un passeport étranger qui lui permettrait de quitter le Liban et de retourner vivre la vie qui lui plaît, si un jour le pays la déçoit.

À l'extérieur, plus de taxes à payer
«Il est plus facile de se lancer et de se mettre à son propre compte au Liban qu'au Canada, où il faut payer énormément de taxes et d'impôts au gouvernement canadien », s´exclame Myriam Messarra, 26 ans, titulaire d'une licence en psychoéducation de l'Université de Montréal. Il y a deux ans, elle décide de quitter son poste au Centre jeunesse de Montréal où elle travaillait avec le gouvernement, pour ouvrir, au Liban, sa propre garderie pour enfants. « Ici, il y a moins de paperasses et de formalités à remplir, et les lois et les règlementations sécuritaires sont beaucoup moins rigides qu'au Canada. » Pour elle aussi, le plus dur a été de surmonter « la mentalité des gens, le mensonge, le chaos et le laisser-aller des choses ». Un avis partagé par Karine Zard, 25 ans, qui, après avoir obtenu un master en management à Londres, a décidé de revenir au pays. Il y a quelques mois, elle a ouvert avec sa sœur son propre club de gym, « GO », un concept différent qui n'existe pas au Liban. Elle confirme également qu'il est « plus simple d'ouvrir sa propre société au Liban qu'à Londres, où le permis de travail est quasiment impossible à obtenir et où il faut payer énormément d'impôts et de taxes ». Si elle avoue avoir connu beaucoup de stress avant d'ouvrir son club, elle encourage ses copains à investir au Liban, « uniquement dans des concepts qui n'existent pas encore dans le pays ».
Si pour les uns cette expérience est très enrichissante et leur apporte beaucoup de choses, ils déplorent tous la situation politico-sécuritaire actuelle du pays, qui n'encourage pas les jeunes à retourner au Liban. « À tout instant, tout peut foirer et c'est cela qui fait le plus peur, avoue Nabil. Les jeunes ont besoin de se projeter dans l'avenir pour avancer. Ici on vit dans le présent, sans savoir ce qui nous attend demain. Et c'est cela le plus dur à surmonter si l'on décide de revenir s'installer dans le pays ! »

À la une

Retour à la page "Campus"

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de Ziyad MAKHOUL

Macron, champion (du monde)

Commentaire de Anthony SAMRANI

Macron vs Macron

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué