L’édito de Élie FAYAD

Peste et choléra

L’édito
Élie FAYAD | OLJ
24/11/2015

Renflouer Bachar pour en finir avec Daech ? Près de cinq ans après le déclenchement de la révolte contre l'une des dictatures les plus sanguinaires du monde arabo-islamique, mettre en œuvre une telle politique serait la marque d'un échec lamentable de la diplomatie internationale dans cette région du monde. Ce serait, comme il a été dit de l'assassinat du duc d'Enghien, pire qu'un crime, une faute !

Pourquoi cela, répliquera-t-on, sachant que des populations entières sur lesquelles s'est refermée la chape de plomb de l'État islamique ne demandent pas mieux aujourd'hui que d'être délivrées par les armées du tyran de Damas ? En vérité, le peuple syrien, dans sa majorité arabe sunnite, ou ses minorités chrétienne, druze, alaouite et kurde, est épuisé par une guerre atroce, à côté de laquelle même les tueries qu'a connues jadis le Liban paraissent anecdotiques. Comment, dès lors, lui reprocher de vouloir en finir au plus vite et au moindre coût ?

La communauté internationale, elle, est loin de se trouver dans ce schéma de désespoir total, même si la récente multiplication des attentats perpétrés tous azimuts par des fous de Dieu relevant de l'EI ou d'autres centrales jihadistes conduit nécessairement à rechercher des solutions dans l'urgence.

Mais qui dit urgence ne dit pas pour autant précipitation... dans les bras de Bachar ! Non pas seulement parce que cela serait immoral ou non conforme à telle ou telle ligne politique, mais tout simplement parce que cela serait absurde. Comme il est absurde de vouloir guérir un mal par ce qui en est l'une des principales causes.

L'incapacité ou le refus du régime syrien de se réformer et d'interagir pacifiquement avec la moindre forme d'opposition modérée a fait le lit de la guerre en Syrie, de ses excès et de ses monstruosités. Certes, Daech et ses semblables ne sont pas que les produits de la crise syrienne ; l'impasse irakienne, fruit de la légèreté avec laquelle Washington et Téhéran ont géré l'Irak post-Saddam, est un autre moteur de la croissance des groupes jihadistes dans la région à côté d'un troisième, non négligeable, représenté par l'exploitation qui en a été faite, à un moment ou à un autre, par telle ou telle puissance sunnite, et/ou tel ou tel service de renseignements.

Mais cela fait des décennies que le régime qui sévit à Damas creuse les fondations du jihadisme. En parvenant, mieux encore que d'autres dictatures du même acabit, à instaurer chez lui le degré zéro de la politique, il a repoussé tous les ferments de contestation vers les mosquées, par définition plus difficilement contrôlables que les autres institutions de la société.

Sans même parler des soupçons qui pèsent sur ce régime d'avoir parfois délibérément cherché à nourrir l'hydre jihadiste pour mieux étouffer toute contestation laïque ou modérée, comment ne pas être troublé par certaines concordances d'intérêts ?

La stratégie de l'EI offre à cet égard des éléments de réponse. Voici, en effet, une organisation qui, contrairement à la logique selon laquelle il faut agir de manière à diviser ses adversaires, fait tout ce qu'elle peut, elle, pour unir ses ennemis, alors même qu'ils sont, à la base, séparés, pour ne pas dire antagonistes.

En l'espace de quelques jours, le monstre a ainsi ciblé trois objectifs distincts, représentés par un avion russe, un fief du Hezbollah et l'agglomération parisienne. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'avant ces attaques, les trois parties visées n'avaient guère la même vision du conflit syrien. Et après les attaques, le constat est que les positions des trois, si elles ne se confondent toujours pas, se sont clairement rapprochées, d'abord chacune des deux autres puis les trois ensemble... de Bachar !

Retour donc à la case départ : le régime syrien « est un moindre mal », lit-on de plus en plus aujourd'hui, y compris dans les colonnes les plus vénérables d'Europe !

Pourtant, le monde entier, même le Hezbollah, est d'accord pour une solution politique en Syrie. L'humanité serait-elle donc incapable de trouver autre chose que Daech ou Bachar ?

Élie FAYAD

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Vous ne sauriez croire comme c'est merveilleux de finir sa vie comme lui, en bääSSyrien mongolo-poutinien ! Grâce à ce statut, il est encore dans la vie. Sans lui, il serait déjà sur 1 voie de garage en Mongolo-Sibérie. C’est comme il s’accrocherait à 1 crinière ou que, chat de gouttière opportuniste et circonspect, tapi au bord du fourneau ou sur la gouttière, il surveille ce qui se mijote dans diverses tanjrâs ou casseroles sibériennes Malsaines !
Ce sont bien les Syriens salubres et Sains ; et tous cacochymes qu'ils puissent être ; qui caracoleront et cingleront à tout va de nouveau. Après quoi, ils poufferont la main couvrant leurs bouches, murmurant : "Si vous saviez ce qu’on a gardé pour nous !".
La charité n'est certes pas la vertu révolutionnaire hyper préférée de ces Sains Syriens, qui rompent leurs bâtons avec équanimité sur les dos des nuisibles Mongolo-Sibériens bäâSSdiots de tous bords. Avec peut-être, 1 prédilection pour ceux de leur propre Révolution. Car ils savent que la meilleure façon de penser, est de penser contre soi-même. C'est la seule qui permet d'exprimer 1 Saine pensée. Loin des chicaneries de toutes les obédiences partisanes qui, comme des termites, rongent la vie Révolutionnaire Saine dans ce pays.
"Nous sommes sortis des brancards", disent-ils encore ces Sains Syriens. Ces vieux chevaux" Révolutionnaires Sains ré-galoperont et ré-pétaraderont dans le pré !
Et qu'on ne leur parle + jamais de harnais aSSadique- FSB, s’il vous plaît !

bery tus

tout a fait ... il faut faire la différence entre ce faire massacrer par une force étrangères et se faire massacrer par une force connue en l'occurrence les propres forces militaires censé les protégé !!

ACE-AN-NAS

Comment marcher à côté de ses pompes !
Vous oubliez Bamako, le Nigéria et toute la sous région sud sahélienne , la Somalie , les ouighours , les cecenes , etc...

Elargissez les parois de votre réflexion Mr Fayad , et on pourra peut être compre,dre pourquoi l'idéologie salafowahabite a pu faire l'unanimité contre elle !

Scarlett vient de nous expliquer que c'était une affaire de gaz , lisez un peu cet article , vous réfléchirez mieux sur cette idiotie de soulèvement démocratique à la lybienne et ailleurs !

Unanimité , je rêve ....

HABIBI FRANCAIS

les irakiens sont morts sous les bombes d une puissance etrangere,tandis que les syriens eux le sont sous les bombes de son propre gouvernement....voila la difference....il n y a aucun autre precedent dans l histoire del humanite d un dictateur ayant decime sa population pour rester au pouvoir.....

Hitti arlette

Admettons l'obssession braquée sur le sanguinaire de damas qui a causé la mort de quelques deux cent mille victimes dans son pays. Mais dans la memoire collective monsieur fayad , s est bien loges les resultats catas de l'intervention de Bush fils en irak (et ailleurs), qui a fait plus d'un million de victimes. Bachar Assad nous parait un enfant de choeur a cotè de tonton Sam, erigé en maitre incontournable du monde entier... La politique de la poutre et la paille dans vos colonnes reste,malheureusement , omnipresente.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRÈS TRÈS BIEN DIT !

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