Christine Angot, au centre, félicitée par Pierre Bergé (à gauche) et Philippe Sollers (à droite). Photo François Guillot
Face à elle, Judith Perrignon et Michaël Ferrier n'ont pas fait le poids. Christine Angot l'a emporté, dès le premier tour, à huit voix contre deux chacun pour ses compétiteurs. En partie autobiographique, Un amour impossible (Flammarion) dissèque une nouvelle fois l'intimité de la famille Angot. Sauf que cette fois-ci l'écrivaine choisit de dresser le portrait de sa mère, Rachel Schwartz.
En 1958, Rachel croise le chemin de Pierre, catholique, traducteur et fils de bourgeois. Elle travaille à la Sécurité sociale, juive et issue d'une famille modeste. Alors, pour lui, hors de question de se marier avec elle, même s'il veut bien d'un enfant. L'année suivante, Christine voit le jour, mais son père refuse de la reconnaître et quitte le domicile. Rachel élève alors sa fille seule, sans jamais renoncer à ce que le père reconnaisse son enfant, ce qui arrivera bien plus tard. L'amour maternel rayonne, puis s'effrite jusqu'à disparaître. Ce roman est celui d'une fille qui pardonne à sa mère. Une génitrice qui fait de son mieux, et qui devient absente, emmurée dans son silence, aveuglée par la violence de l'inceste dont la chair de sa chair a été victime.
Silence étouffant
Coucher les mots pour aller de l'avant, pour survivre aux humiliations morales et sexuelles que son père a exercées à son encontre. Dès son premier roman Vu du ciel (1990), Christine Angot choisit de faire face aux horreurs que son père lui a fait subir durant son adolescence. Avec L'inceste (1999) et Une semaine de vacances (2012), l'auteure raconte tout, crûment. Cette fois-ci, la romancière focalise son attention sur le silence étouffant de cette mère qu'elle aime mais qui la déçoit par son inaction, dominée socialement par son compagnon. Cet éclairage nouveau est d'autant plus glaçant. Écrire pour s'en défaire, encore et encore.
*Un amour impossible (Flammarion), 218 pages.
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Prix Décembre : « L'anti-Goncourt »
Créé en 1989 par Michel Dennery, le prix Novembre existe jusqu'en 1998. Cette année-là, l'attribution de la récompense à Michel Houellebecq pour Les particules élémentaires fait des vagues. Pierre Bergé reprend le mécénat lors du départ de Dennery et rebaptise alors le prix en Décembre. Le lauréat reçoit 30 000 euros, soit la récompense financière la plus importante des prix littéraires d'automne. L'an dernier, c'est Élisabeth Roudinesco qui avait été distinguée pour Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre (Seuil).
Pour mémoire
Quand Mathias Enard perd le Nord pour (mieux) retrouver l'Est

