Rechercher
Rechercher

Culture - Salon du livre 2015

Sortir ces films-témoignages, et Jocelyne Saab, de leur cachette sous le lit

Mathilde Rouxel signe*, aux éditions Dar an-Nahar, « Jocelyne Saab, la mémoire indomptée ». Hommage à une cinéaste battante, caméra au poing.

L’ouvrage de Mathilde Rouxel, édité par Dar an-Nahar.

Elle a traversé les différentes périodes de la guerre en filmant, témoignant et reproduisant l'image vraie, inaltérée. Au prix de beaucoup de sacrifices, allant même jusqu'aux menaces de mort. Indomptée, insoumise, Jocelyne Saab a certes connu des moments de profonde lassitude. Pour mieux rebondir par la suite. Une monographie signée par Mathilde Rouxel aux éditions Dar an-Nahar, Jocelyne Saab, la mémoire indomptée, ne rend pas hommage à une simple cinéaste, mais à une battante, caméra au poing.
La réalisatrice raconte ainsi qu'elle a mis des mois à trouver le courage – psychologique, plus que physique – «de m'étaler au sol et de me glisser sous le lit pour en tirer une à une les vidéocassettes de mes films, les bobines de pellicules, les DVD, pour les confier à Mathilde. Je ne me doutais pas qu'elle réussirait aussi bien à redonner vie à quarante ans de témoignage», raconte Jocelyne Saab. Qui tient à rendre un hommage à Nicole Brenez et à la persévérante éditrice de Dar an-Nahar, Jana Tamer, «sans lesquelles cet ouvrage n'aurait pas existé, ainsi que Mathilde Rouxel, qui, par ce livre, aura contribué à la création d'un instrument de travail, indispensable pour mettre à jour une partie de la mémoire collective d'un pays toujours en déni de son passé».
L'occasion de poser trois questions à l'auteure – diplômée en philosophie et histoire de l'art, ayant suivi des cours de cinéma à l'ENS de Lyon – qui dépoussière les clichés et remet l'image à nu.

Comment avez-vous eu l'idée de réaliser cette monographie ?
J'ai découvert Jocelyne avant de découvrir son travail. En pleines recherches sur les premiers films de femmes en France dans les années 1970, je suis tombée sur un entretien qu'elle avait donné à la revue Écran 75. Interrogée par Guy Hennebelle, elle défendait alors son premier long-métrage documentaire réalisé en tant que reporter indépendante, Le Liban dans la tourmente. Son énergie et son engagement m'ont plu et j'ai eu envie de découvrir son travail. Par la suite, la rétrospective réalisée à la Cinémathèque française par Nicole Brenez, en mars 2013, Jocelyne Saab, les astres et la guerre, m'a guidée. Nicole Brenez, à qui j'ai demandé de diriger mon mémoire de master 2, m'a encouragée à réaliser une étude monographique et exhaustive de son œuvre.

 

(Lire aussi : L'Orient-Le Jour au Salon du livre francophone de Beyrouth 2015)

 

Quel angle de travail avez-vous adopté ?
Mon angle d'analyse prend racine dans un corpus d'ouvrage d'esthétique générale ou de philosophie. Ce qui m'intéresse dans le cinéma et, dans ce cas particulier, le cinéma de Jocelyne Saab qui se révèle à ce niveau-là d'une profondeur infinie, ce sont les lignes de force qui le traversent, les émotions qui en surgissent et les réflexions qu'il suscite chez le spectateur. Le cinéma, par sa puissance d'invention des formes, offre au spectateur un nouveau monde, à la fois subjectif et d'un réalisme parfois dangereux, s'il est utilisé à mauvais escient ; il offre en ce sens, comme la littérature ou la philosophie, de nouvelles réponses devant l'insondable question de l'existence, de l'être et du néant.

 

(Lire aussi : Un rendez-vous culturel incontournable pour les étudiants libanais)

 

Quelle a été votre démarche d'écriture (recherches, entretiens....)
Ma démarche dépendait en grande partie de Jocelyne Saab. Lorsque je travaille un sujet, j'aime voir toutes les images avant de commencer à réfléchir. Ce sont les films cachés sous le lit de cette cinéaste et certains que j'ai dû retrouver à l'INA qui ont été à la base de mon travail. J'ai commencé par des lectures thématiques concernant certains concepts ou notions qui m'avaient marquée dans les films que j'avais pu voir de Jocelyne, et la découverte progressive de cette œuvre exigeante qui s'est imposée à moi. En outre, j'ai suivi la réalisatrice libanaise dans l'aventure du Cultural Resistance International Film Festival. Un seul entretien avec elle m'a suffi. Je me suis enfermée dans la bulle que formait son univers sans chercher à faire le moindre pont entre son œuvre et le travail d'un autre artiste. Jamais diffusés, introuvables et encore souvent dénigrés les travaux souvent pionniers sont des oubliés de l'histoire du cinéma. À nous de les défricher.

Mathilde Rouxel signe son ouvrage « Jocelyne Saab, la mémoire indomptée » au stand Dar an-Nahar aujourd'hui mardi 27 octobre à 19 heures.

 

Lire aussi
Lire, mais aussi écouter « la langue des dieux »

La sagesse des fous, la folie des sages

Lamia Ziadé, ressusciteuse d’âge(s) d’or(s)


Elle a traversé les différentes périodes de la guerre en filmant, témoignant et reproduisant l'image vraie, inaltérée. Au prix de beaucoup de sacrifices, allant même jusqu'aux menaces de mort. Indomptée, insoumise, Jocelyne Saab a certes connu des moments de profonde lassitude. Pour mieux rebondir par la suite. Une monographie signée par Mathilde Rouxel aux éditions Dar an-Nahar,...

commentaires (1)

E x c e l l e n t.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 15, le 27 octobre 2015

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • E x c e l l e n t.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 15, le 27 octobre 2015

Retour en haut