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La machine de propagande de l'EI disséquée

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Le groupe de réflexion britannique Quilliam, spécialisé dans la dé-radicalisation, a analysé pendant un mois la production en ligne du groupe jihadiste.

J. A. R. | OLJ/AFP
30/10/2015

Le groupe Etat islamique (EI) a créé sur internet un "califat virtuel", fruit d'une machine de propagande élaborée et très efficace, que rien ne vient pour l'instant contrecarrer, assure dans un rapport publié au début du mois d'octobre par le groupe de réflexion britannique Quilliam, spécialisé dans la dé-radicalisation.

Pour cette enquête, une équipe dirigée par le chercheur Charlie Winter rattaché à la Quilliam Foundation a enregistré, du 17 juillet au 15 août dernier, tout ce que l'EI a mis en ligne via ses 35 unités de production et de communication installées dans une dizaine de pays du Proche et du Moyen-Orient, de l'Afrique de l'Ouest et du Caucase.

Voici une brève présentation des principaux résultats de l'enquête.

 

38 entrées par jour
1.146 entrées sur internet (essentiellement via les réseaux sociaux) ont été enregistrées, soit plus de 38 par jour, que ce soient des photos, des vidéos, des articles ou des enregistrements audio.
"Cette opération de propagande est sans rival", assure Haras Rafiq, directeur de Quilliam. "Elle implique des équipes dédiées qui, de l'Afrique de l'Ouest à l'Afghanistan, travaillent sans relâche, nuit et jour, à la production et la dissémination de la marque +califat+".

 

Le récit utopique du califat
La traduction, le classement et l'étude de ces 1.146 entrées a permis de constater que, si la violence et les combats sont largement rapportés, 52% des documents postés par l'EI ont pour but de décrire, sous un jour flatteur, la vie quotidienne dans les régions que le groupe jihadiste contrôle en Syrie et en Irak, afin d'attirer des volontaires du monde entier.

Ce récit s'articule sur trois piliers :
- La gouvernance : de nombreuses photos et vidéos ont pour objet de montrer l'efficacité de l'administration de l'EI. L'on voit par exemple sur ces images des membres du groupe nettoyer les rues, réparer des pylônes électriques, assurer un service de santé et d'éducation.
- La religion : le groupe tient à s'afficher comme le chantre du véritable islam. Les images diffusées montrent notamment des prières en groupe et des ruptures de jeûne ou mettent en scène l'interdiction de produits comme la cigarette ou le narguilé.
- L'économie : à travers sa communication, l'EI tente de donner l'image d'une activité économique florissante sur les terres qu'il contrôle. Le rapport note que "les images de supermarchés bien achalandés et de souks bondés sont, parallèlement à l'agriculture et à l'artisanat, glorifiées par le groupe".

Dans sa construction de récit, l'EI met également en exergue, dans l'ordre décroissant, la justice exercée par l'EI, la beauté des paysages, les joies de la vie en société et les potentialités d'expansion.

 

L'effort de guerre
37% du contenu média produit par l'EI concerne l'effort de guerre, "sa raison d'être, son premier vecteur de changement et de révolution, son ciment", indique le rapport. L'EI se donne pour tâche de construire un récit transmettant un message de victoire et de triomphe.

Le récit de l'effort de la guerre s'articule autour de plusieurs piliers : 
- La couverture des opérations : 25% des contenus concernent "le compte-rendu scrupuleux et exhaustif de l'ensemble des opérations conduites par l'EI", indique le rapport.
- La guerre invisible : près de 24% des contenus montrent des combattants de l'EI tirant des roquettes Katioucha ou des fusées, "mais ils tirent sur des ennemis ou des cibles que l'on ne voit quasiment jamais à l'image".

Les autres productions média sur ce thème montrent les offensives menées par les soldats de l'EI dépeints en combattants féroces et organisés, les martyrs dépeints en héros, les trophées obtenus sur le champ de bataille et la préparation des soldats.

 

Brutalité toujours présente
Les autres contenus média montrent "les sunnites persécutés", comme le décrit le rapport.

Seules 2% des photos et des vidéos estampillées EI montrent des scènes de brutalité. "Les images d'ultra-violence sont toujours présentes mais semblent désormais surtout destinées à "intimider les populations, afin de décourager les velléités de rébellion et de dissidence", ajoute le rapport.

"La quantité, la qualité et la variété de la propagande de l'EI au cours de ce seul mois dépasse de loin la quantité, la qualité et la variété des tentatives, par les acteurs étatiques et non-étatiques, menées pour tenter de la contrecarrer", estime le rapport. "Tous les efforts en cours doivent être largement accrus pour espérer progresser dans ce sens".

 

 

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LA TABLE RONDE

La douane libanaise a saisi, jeudi à l'aéroport de Beyrouth, plus de 200 kg des pilules de la drogue du Captagon.
Ces pilules étaient cachées dans des tables en bois à destination du Qatar.
En début de cette semaine, les services de sécurité avaient également empêché 12 millions de pilules de Captagon, d'une valeur d'environ 280 millions de dollars, à être embarqué à bord d’un jet privé d’un prince saoudien vers l’Arabie.

Sur un autre plan, l’armée libanaise a mené jeudi une série de perquisitions et d’arrestations dans la région de Bab Tabbaneh, au nord du Liban, l’armée a dépêché des renforts et des bulldozers pour détruire les dépôts d’armes et de munitions appartenant à des groupes salafobacteriels.

Une grande quantité de ces armements saisis par l’armée ont été transférés vers la caserne d’Al-Qibbé, également à Tripoli.

Domani un jour nouveau , pour bien sur chez ceux qui vont avoir une insomnie ce soir .

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