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Joseph OTAYEK

Oui, c’est une révolution

Lors d'une rencontre avec un ambassadeur de Suisse au Liban, il y a quelques années, et à une dame de la haute société beyrouthine qui lui posait la sempiternelle question du « Liban, Suisse du Moyen-Orient », le diplomate répondit très sérieusement qu'il est certain que, sans doute, la nature montagneuse de la Suisse pouvait rappeler un peu le Liban, que le système bancaire, la rencontre des ethnies, la politique de neutralité dans les conflits régionaux... pouvaient le rappeler aussi un peu, mais la différence fondamentale était la relation des citoyens à l'État. En Suisse, la relation des citoyens à l'État est une relation contractuelle. Le citoyen suisse sait exactement ses devoirs et il les remplit scrupuleusement et l'État, qu'il soit fédéral ou cantonal, connaît exactement ses obligations vis-à-vis des citoyens et il a à cœur de les remplir parfaitement, alors que la relation du Libanais avec son État et vice versa est une relation totalement différente.
La relation du Libanais avec son État est une relation établie sous l'Empire ottoman et qui n'a pas beaucoup évolué avec le temps. L'État est inique, injuste, oppresseur et avide. Afin d'en obtenir ses droits ou de s'en protéger, le sujet ou le citoyen doit recourir à ses leaders politiques ou confessionnels qui deviennent ainsi les entremetteurs entre le citoyen et l'État. Les leaders politiques (Mir sous l'Empire ottoman) collectaient aussi l'impôt pour l'État et prélevaient leur dime au passage. Le sujet ou citoyen n'avait aucun droit établi qui ne dépende pas du bon vouloir du sultan ou de ses représentants.
Qu'est-ce qui a changé dans cette relation aujourd'hui ? Le citoyen doit toujours avoir recours à des leaders pour obtenir ses droits ou pour le protéger de l'État, le prélèvement de la dime sur l'impôt par les leaders de l'époque s'est aujourd'hui totalement généralisé et industrialisé, l'appel d'offres pour le traitement des déchets en est la dernière et plus claire illustration. Et l'absence de tout droit ou même du plus élémentaire respect du citoyen s'est matérialisée par la décision désinvolte du gouvernement de fermer, du jour au lendemain, la décharge de Naamé et de condamner ainsi tous les citoyens à vivre au milieu de leurs déchets.
Mais cette fois-ci, les Libanais semblent avoir changé. Ils semblent vouloir remettre en discussion le contrat politique et social qui leur avait été imposé par le sultan, qui avait légèrement évolué avec le mandat, et la république de 1943, et qui avait été remis en vigueur par la guerre et la tutelle syriennes.
Pour la première fois, les Libanais descendent massivement dans la rue, sans aucun leadership politique traditionnel. Ils sont dans la rue sur une multitude de demandes, ils n'ont pas de plan clair et unique, ils n'ont pas les mêmes priorités, mais ils sont d'accord sur un point, ils veulent être respectés, ils veulent avoir des droits établis, ils veulent un nouveau contrat politique et social avec leurs dirigeants, qui soit basé sur des droits et des devoirs, et dans lequel il y ait des clauses pénales si l'une des deux parties venait à manquer à ses devoirs.
Les leaders politiques traditionnels s'affolent, ils sentent le tapis glisser sous leurs pieds, ils ne savent pas quoi faire et ils ont raison d'avoir peur. Ils doivent anticiper ce changement dans la relation entre les citoyens et le leadership politique, ceux qui ne pourront pas changer seront appelés à disparaître de la scène politique.
Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prenait la Bastille, Louis XVI était ce jour-là à la chasse dans le parc de Versailles, la journée était brumeuse et le roi s'en revint bredouille. Sur son agenda à la page du 14 juillet, il avait calligraphié écrit « Rien ».
Le rejet du système dans sa totalité s'est exprimé ce mois-ci, le changement total n'est peut-être pas pour demain, mais la graine est plantée.

Joseph OTAYEK


Lors d'une rencontre avec un ambassadeur de Suisse au Liban, il y a quelques années, et à une dame de la haute société beyrouthine qui lui posait la sempiternelle question du « Liban, Suisse du Moyen-Orient », le diplomate répondit très sérieusement qu'il est certain que, sans doute, la nature montagneuse de la Suisse pouvait rappeler un peu le Liban, que le système bancaire, la...

commentaires (3)

J'ai posé une question simple à un ami : Payes-tu tes impôts ? Payes-tu la taxe foncière sur ta villa et la taxe d'habitation ? Il ne répond : Pourquoi veux-tu que je paye à un Etat qui ne me donne rien ? Pourquoi veux-tu que je paye à des "responsables" sachant pertinemment que mon argent irait dans les poches de quelques uns que je n'ose pas nommer que tout le monde connait. C'est l'histoire de l'oeuf et de la poule.

Honneur et Patrie

21 h 09, le 01 octobre 2015

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Commentaires (3)

  • J'ai posé une question simple à un ami : Payes-tu tes impôts ? Payes-tu la taxe foncière sur ta villa et la taxe d'habitation ? Il ne répond : Pourquoi veux-tu que je paye à un Etat qui ne me donne rien ? Pourquoi veux-tu que je paye à des "responsables" sachant pertinemment que mon argent irait dans les poches de quelques uns que je n'ose pas nommer que tout le monde connait. C'est l'histoire de l'oeuf et de la poule.

    Honneur et Patrie

    21 h 09, le 01 octobre 2015

  • C,EST MECONNAITRE COMPLETEMENT LE LIBAN QUE D,ECRIRE UN TEL ARTICLE ! LES DEUX SEULS CHANGEMENTS SERAIENT 1 - LE SYSTEME CONSENSUEL COMMUNAUTAIRE... 2 - LA DISSOLUTION DES TRIBUS DE L,HERITAGE ET DE LA DESIGNATION PAR L,EMANCIPATION ET L,ELOIGNEMENT DES MOUTONS... OR... LES DEUX SONT DES REVES !!!

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 43, le 01 octobre 2015

  • "Le rejet du système dans sa totalité s'est exprimé ce mois-ci, le changement total n'est peut-être pas pour demain, mais la graine est plantée." ! Ëéééh, n'tôôôr yâ kdîîîch tâ yénboté-L-haschîch ou, "attend le bouc, que l'herbe repousse" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 47, le 01 octobre 2015