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Beirut Art Fair

Pas de pain ? Regardez, il y a des brioches...

Grâce à la BAF (6e édition) quatre jours où l'art, dans tous ses états, pavoise. Au Biel, sous le chapiteau d'un espace de 3 600 m2, on croise 300 artistes des quatre points cardinaux pour 52 galeries (dont 31 libanaises) et 1 500 œuvres d'art de tous crins. En avant de la scène, l'expression du digital, du numérique et du virtuel.

Correspondances entre une toile de Guy Ferrer et deux masques ethniques de Nouvelle-Guinée.

Curieux constat et paradoxe de la vie. Pas de bol d'air pur chez nous, ça c'est certain? Quand les rats dansent la java dans les rues jonchées d'ordures. Mais par contre un «bol d'art pur », comme le suggère Laure d'Hauteville, fondatrice et directrice de la Beirut Art Fair, qui positive et reste toujours plus royaliste que le roi. Eh bien soit, que les brioches soient distribuées quand le pain n'y est pas ! On ne boude jamais le plaisir, la créativité, le luxe, l'art. Pour cela, il y a toujours de la place dans les tripes, les yeux, les cœurs mais pas, actuellement, dans beaucoup de bourses. Et pourtant, d'emblée, on affiche ici la fourchette des prix : cela va de 300 à 350 000 USD. Encore raisonnable, quand on pense que l'un de nos jeunes peintres, Ayman Baalbaki pour ne pas le citer, s'est hissé à la barre de presque un demi-million de billets verts !
Après l'agitation et le branle-bas de la matinée – pour enlever les tableaux, les objets d'art et les appareils de projection des cartons et des caisses –, les stands dressés et compartimentés ont servi d'écrin au vernissage de l'événement qui devrait accueillir plus de 24000 visiteurs, selon les organisateurs (la dernière foire a accusé 22000 visiteurs).
Nuages de poussière en bord de mer pour un chantier qui n'en finit plus. Pas même un panneau pour guider les passants comment on accède aux divers bâtiments du lopin Solidere côtier, jalousement gardé et privilégié, dont les routes intérieures, assaillies d'ouvriers, de pelleteuses et de Poclain, sont éventrées et défoncées pour travaux. La voiture, si ses pneus ne crèvent pas, en sort au mieux littéralement noire d'avoir été copieusement empoussiérée.
À l'abri du soleil et de la chaleur, le grand hangar près de la mer offre son espace tout en blanc au babil et charivari colorés et interactifs des tableaux, des sculptures, des projections d'images, de films, de vidéos, des installations, des performances, des objets de design, des tapis. Très fouillis marché oriental où l'on peut trouver un peu de tout...
Une tournée s'impose. Pour un meilleur échange, approche et partage. Tournée qui ne signifie pas forcément découvertes et nouveautés, mais parfois des reprises de ce que les galeries ont déjà exposé à Beyrouth.

 

(Lire aussi : Beyrouth aime la Beirut Art Week)

 

Clichés vs technicité
En photographie notamment, où banques et institutions financières ont pris le pli de parrainer l'œil de la caméra et dont on voit ici des déjà-vu. Tout comme les instantanés de certaines galeries. Telle la giclée imprimée sur acide papier libre de Sara Niroobakhsh, loin d'être un chef-d'œuvre d'invention photographique. Mais on s'arrête volontiers devant l'éblouissante technicité visuelle et artisanale des clichés et des bricolages d'orfèvre de Vivian Van Blerk, combinant images sublimes de la Renaissance et détails de mise en scène d'intérieur époustouflants.

Tout ce qui brille n'est pas or
La peinture, liant premier entre les stands, est inégale. Si de criantes dorures sans consistance, d'un simplisme affligeant assaillent les murs, si la tribu Guiragossian est bien loin derrière le magistral coup de brosse du patriarche disparu, il y a par contre l'étonnant assemblage de Claudia Scarsella (broderie fine sur motifs ciselés) dans un écrin savamment ourdi telle une maison de poupée, mais aussi le surprenant Notre père et Fatiha en braille de Ghassan Ghazal, lumineux message pour une humanité aveugle, objet d'une performance avec le mouton Faro. On salue la beauté de la piscine de Hania Farrel, l'émotion qui se dégage de la nudité des corps de Benjamin Carbonne, les masques ethniques de Papouasie.

Souris mitraillette
Les installations ont du punch. D'abord ces casques en dos de tortue de Rachid Khimoune pour une internationale de paix perdue ainsi que ce saisissant requin en fil luminescent de Del Dago. Pour une exposition visant à déstabiliser les sens des visiteurs, de les faire voyager à travers les illusions, il y a bien entendu le parcours du virtuel/réel.
En plus des sculptures à toucher de Nadine Abou Zaki, il y a surtout le maillon attendu (la première fois à Beyrouth) des vidéos de l'artiste transdisciplinaire Marina Abramovic. Un moment que cette lévitation de sainte Thérèse en cuisine sur fond de casseroles (lire par ailleurs) ! Pour finir, ce jeu sur un tapis de Jack Simon qui fera le bonheur des grands et des petits, mordus de la petite souris qui mitraille...

Tant pis si le fil ne tient pas
En parlant de tapis, la parade d'un marché de l'art aussi bien achalandé ne saurait se priver d'un vol au-dessus du pays persan. Si avec les nœuds de maître Hossein Shirazi le visiteur a de quoi satisfaire ses rêves, la pièce de Serge Nalbandian reste d'un goût désuet et d'un orientalisme sans éclat.
Dans cette ronde où l'art a toutes les facettes, le Liban demeure incontestablement le meilleur représentant et le plus fort en nombre du point de vue de galeries et d'exposants. Les nouvelles galeries étrangères qui viennent grossir le rang sont bien avenues et, pour un émerveillement et un enrichissement encore plus importants, on les souhaite un jour en plus grand nombre que les nôtres (nombre qui reste encore largement majoritaire). Pour une fenêtre du monde plus éclairante au cœur de notre capitale qui n'en a pas fini, malgré tous ses déboires, ses cassures, ses douleurs et ses dysfonctionnements, de donner...
Un tournant pour une expression artistique non conformiste (malgré un lot pictural sagement classique) où règne une technologie de pointe... pointue.

Beirut Art Fair (Me. Na. Sa. Art) au Biel, Hall 2, se prolonge jusqu'au 20 septembre, de 15h30 à 21h30.

 

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Curieux constat et paradoxe de la vie. Pas de bol d'air pur chez nous, ça c'est certain? Quand les rats dansent la java dans les rues jonchées d'ordures. Mais par contre un «bol d'art pur », comme le suggère Laure d'Hauteville, fondatrice et directrice de la Beirut Art Fair, qui positive et reste toujours plus royaliste que le roi. Eh bien soit, que les brioches soient distribuées...

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