Nouvel accrochage avec les FSI dans le centre-ville. Photo Michel Sayegh
Hier, à 17 heures, le centre-ville de Beyrouth était désert. Les magasins et les restaurants étaient vides. Il n'y avait ni voitures ni piétons. La ville était complètement paralysée. Le paysage, avec sa désolation, rappelait la guerre de juillet 2006 ou encore le sit-in du Hezbollah de 2006 à 2008, quand on ne croisait pas un chat en ville...
Place des Martyrs, les forces de l'ordre, notamment des gendarmes femmes et la brigade antiémeute, commençaient à se retirer après une journée au cours de laquelle 48 manifestants ont été appréhendés, de divers mouvements de la société civile. Ils ont été transférés dans quatre gendarmeries de Beyrouth puis relâchés en soirée.
Hier matin, une poignée de manifestants de divers mouvements de la société civile, dont « Vous puez ! » et « Nous demandons des comptes », se sont rassemblés pour protester contre la tenue de la conférence de dialogue qui se tenait place de l'Étoile, à l'initiative du président de la Chambre, Nabih Berry. Quand certains activistes ont tenté de déplacer le fil barbelé, bloquant la route au niveau de la place des Martyrs, pour aller au Parlement, les forces de l'ordre ont mené une opération musclée contre eux, arrêtant 48 manifestants, dont plusieurs femmes.
Selon divers témoignages de membres du « mouvement civil », les FSI cherchaient l'arrestation de certains activistes, les suivant dans les petites ruelles.
Les choses ne se sont pas arrêtées là. Un gang, proche du mouvement Amal, a attaqué les manifestants, lançant en leur direction pierres, parpaings et chaises en plastique. Ces individus ont voulu ainsi protester contre les protestataires qui critiquaient le président de la Chambre Nabih Berry.
Le mouvement Amal a publié en soirée un communiqué soulignant qu'il n'a aucun rapport avec les personnes ayant attaqué les manifestants.
La Croix-Rouge libanaise a fait état de quinze blessés dont six ont été transportés aux hôpitaux de la ville.
Avant de donner rendez-vous pour un sit-in à 18 heures, les membres du « mouvement civil » se sont rendus devant les gendarmeries où leurs camarades étaient détenus et devant le tribunal militaire pour appeler à la libération des manifestants arrêtés lors de la manifestation du 29 août dernier.
Panoplie de revendications...
Hier, vers 17 heures, devant l'immeuble des Lazaristes et à la place Riad el-Solh, les journalistes étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants. Ce n'est qu'après 18 heures que la foule a commencé à grossir.
La scène d'hier est devenue familière. Des manifestants, dont nombre d'entre eux portaient la keffieh palestinienne, lançaient des slogans en employant des termes tirés lors des « révolutions » syrienne et égyptienne.
De plus en plus, hier, on assistait à une cacophonie et une panoplie de revendications, allant du ramassage des ordures à l'abolition du confessionnalisme politique, en passant par « le changement du système ».
À la rue des Banques, tout comme à la place Riad el-Solh, on pouvait lire sur les murs des immeubles restaurés du centre-ville – et qui étaient criblés de balles à la fin de la guerre du Liban – des tags en couleurs proclamant « À bas Solidere ! ».
(Lire aussi : Chehayeb à « L'OLJ » : Chacun doit participer à la solution qui ne peut être que globale)
Plusieurs manifestants interrogés, dont des mineurs qui prennent part au sit-in devant l'immeuble des Lazaristes depuis deux semaines, martèlent que « le centre-ville ne constitue qu'une partie de Beyrouth et il est géré par des corrompus ». Ces contestataires ne semblent toutefois pas se préoccuper outre mesure du sort des personnes qui pourraient perdre leur emploi si la paralysie du centre-ville se poursuivait de la sorte, sous l'effet du chaos provoqué par les manifestations. « C'est un prix minime à payer pour les changements à venir », affirment à cet égard les activistes.
Jusqu'à quand restera-t-on encore dans la rue ? Là aussi, les manifestants ne sont pas tous du même avis : « Jusqu'à la libération de nos camarades », « Jusqu'à la fin de la crise des ordures », « Jusqu'aux élections législatives », « Jusqu'à la chute du système »...
Depuis le début des manifestations, le 22 juillet dernier, la situation économique déjà mauvaise au centre-ville s'est détériorée. L'Iris, place des Martyrs, et Le Capitole, place Riad el-Solh, ferment leurs portes le jour des manifestations, alors que le Fly, sur le toit du Virgin, a décidé de clôturer sa saison estivale à la fin du mois d'août, au lieu de la mi-octobre.
La rue d'Uruguay, connue pour ses nombreux pubs qui commencent à se remplir dès 17 heures, était déserte hier à 19 heures. Aucun pub n'avait encore ouvert ses portes. Nombre d'employés de pubs de la rue d'Uruguay n'ont pas encore encaissé leurs salaires du mois dernier. Les propriétaires de certains endroits pensent également réduire leurs coûts, une affaire qui provoquera, sans aucun doute, une réduction du personnel.
Dans la matinée d'hier, les quelques restaurants de la rue ne sont pas parvenus à ouvrir leurs portes à cause de la conférence de dialogue, les gendarmes empêchant tout le monde, même les employés, à entrer dans le périmètre du Parlement à partir de la place des Martyrs. Le même problème se posait d'une façon plus régulière lors des séances parlementaires, notamment celle de l'élection d'un chef de l'État, contraignant de nombreux restaurants du secteur à fermer leurs portes.
Au centre-ville de Beyrouth, un jeune homme, gérant d'un restaurant, lance sur un ton désabusé : « Nous soutenons, tous, les revendications des manifestants... mais nous ne voulons pas que les choses se passent de cette façon. »
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