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Politique - Éclairage

Débat de politique générale : le tandem chiite et le CPL face à leurs limites

En quittant l’hémicycle avant le vote de confiance, le Hezbollah signale son mécontentement, mais ne s’aventure pas à menacer le gouvernement.

Débat de politique générale : le tandem chiite et le CPL face à leurs limites

Le Premier ministre Nawaf Salam fait son entrée à la séance gouvernementale aux côtés de plusieurs membres de son équipe, dont le ministre de la Santé Rakan Nasreddine (premier à droite, du Hezbollah), le 17 septembre 2026. Photo tirée du compte X de la présidence du Conseil

Sans surprise, le Parlement a renouvelé (pour la troisième fois en 19 mois) sa confiance au gouvernement de Nawaf Salam. Dès le début du débat de politique générale tenu à la Chambre mardi et mercredi, il était clair que l’heure de la chute du cabinet n’avait pas encore sonné. Une réalité dont tous les protagonistes sont conscients. Cela n’a pas empêché le Hezbollah de signaler son mécontentement en retirant ses députés de la Chambre au moment du vote, histoire de ne pas avoir à accorder la confiance. Leurs alliés du mouvement Amal, du président de la Chambre Nabih Berry, ont eux renouvelé leur appui au cabinet. « Confiance, malheureusement », a tout de même lancé le député Amal Kabalan Kabalan.

« La décision de faire tomber le gouvernement est loin d’être simplement locale », explique à L’Orient-Le Jour Michael Young, politologue et rédacteur en chef du blog Diwan du Carnegie Middle East Center. Un constat que confirment de récentes informations de presse faisant état d’un soutien international et régional, notamment saoudien, au maintien du cabinet Salam. Du moins à l’heure actuelle. C’est d’ailleurs ce qui pousse un cadre haut placé du mouvement Amal à déclarer sans ambages à L’OLJ : « Les conditions de la chute du cabinet ne sont pas réunies ni au niveau local ni sur le plan international. Nous avons donc préféré renouveler notre confiance au Parlement. » « Ensuite, un simple calcul nous a montré qu’au vu du large soutien parlementaire dont bénéficie le gouvernement, il nous était impossible de le faire tomber alors qu’on en fait partie », ajoute-t-il, affirmant dans le même temps que « Nabih Berry tient à épargner au pays et à ses institutions une secousse, surtout en période de guerre et d’occupation israélienne ».

De même, le Hezbollah est conscient qu’il lui serait difficile de faire tomber le gouvernement. « Il y a aussi le fait que nous faisons partie intégrante de l’équipe ministérielle et que nous avons un certain intérêt à la maintenir », souligne le porte-parole de la formation chiite Youssef Zein. Ce parti n’a pas claqué la porte du gouvernement quand ce dernier s’est attaqué à des dossiers beaucoup plus existentiels pour lui, notamment le monopole des armes. « La décision de tourner la page de Nawaf Salam n’a pas encore été prise », appuie Kassem Kassir, analyste politique réputé proche des cercles du Hezbollah.

D’autant que le parti-milice, fragilisé par l’escalade israélienne, marche sur un fil. « Le Hezbollah sait qu’il est honni par de nombreux Libanais, surtout après l’affaire Ali Taher . Il n’a donc aucun intérêt à élargir le fossé en optant pour une démission du gouvernement ou en privant ce dernier de sa confiance », estime à ce sujet Michael Young. À cela s’ajoute « en partie » le « besoin du Hezbollah de maintenir la couverture que lui offre le gouvernement », selon M. Young.

Dans ce contexte, le bloc berryste a choisi de donner un nouvel élan à l’équipe Salam. Signe d’un fossé qui se creuse entre les deux partis ou simple partage des rôles ? « Nous respectons la position de M. Berry. Et nous n’y voyons pas un pied de nez. Surtout que le mouvement Amal est, au même titre que le Hezbollah, présent au sein du cabinet », se contente de commenter Youssef Zein, réduisant l’ampleur des divergences avec Amal. « Nabih Berry sait que sa communauté est presque isolée sur la scène locale, et qu’il n’a lui-même plus la même envergure que lors de la guerre de 2024 (où il avait négocié le cessez-le-feu de novembre). Il n’a donc pas intérêt à se mettre à dos les chiites, les autres groupes politiques et – surtout – la communauté internationale qui le scrute de près », analyse Michael Young. Le maître du perchoir pourrait notamment craindre des sanctions américaines, surtout si l’application de l’accord-cadre venait à être entravée.

« Une défaite de plus »

Outre le tandem chiite, le Courant patriotique libre était sans doute l’une des vedettes du débat engagé à la place de l’Étoile. D’abord parce que la séance a été convoquée à sa demande. Ensuite, parce qu’il y a vu une opportunité pour consacrer son positionnement de principal parti d’opposition au pouvoir. Mais le processus n’a pas donné l’effet escompté, le débat ayant débouché sur une confiance renouvelée de 68 députés au gouvernement Salam, qui a également bénéficié de l’appui du mufti de la République, Abdellatif Deriane, dans un communiqué publié jeudi.

« C’est une perte de plus pour le chef du CPL. Il en accumule depuis plus de trois ans, en particulier depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République (janvier 2025) », commente Michael Young. Une défaite dont le député de Batroun a voulu réduire l’ampleur. « Nous avons demandé un vote de confiance pour mettre en lumière les dualités des positions », a-t-il écrit sur X à l’issue de la séance. Il va sans dire que le message concerne le Hezbollah, mais aussi les Forces libanaises, qui disposent de quatre ministres, mais dont le chef, Samir Geagea, a haussé significativement le ton contre le gouvernement lors de son dernier discours. « Le débat de politique générale a montré que la majorité des Libanais soutient ce gouvernement, excepté une très faible minorité qui avait mené le pays vers un chaos et une corruption inédits », a souligné dans un communiqué M. Geagea, dans une allusion au mandat de Michel Aoun, son grand rival historique.



Sans surprise, le Parlement a renouvelé (pour la troisième fois en 19 mois) sa confiance au gouvernement de Nawaf Salam. Dès le début du débat de politique générale tenu à la Chambre mardi et mercredi, il était clair que l’heure de la chute du cabinet n’avait pas encore sonné. Une réalité dont tous les protagonistes sont conscients. Cela n’a pas empêché le Hezbollah de signaler son mécontentement en retirant ses députés de la Chambre au moment du vote, histoire de ne pas avoir à accorder la confiance. Leurs alliés du mouvement Amal, du président de la Chambre Nabih Berry, ont eux renouvelé leur appui au cabinet. « Confiance, malheureusement », a tout de même lancé le député Amal Kabalan Kabalan. « La décision de faire tomber le gouvernement est loin d’être simplement locale », explique à...
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