L’information transmise par l’agence Reuters sur une rencontre qui s’est tenue à la fin de la semaine dernière à Oman entre des représentants des houthis du Yémen et des responsables américains a remis à l’ordre du jour la possibilité d’un dialogue direct entre les Américains et le Hezbollah. Cette idée avait fait son chemin pendant un certain temps avant d’être reléguée au second plan, cédant la place à l’escalade au Liban-Sud et dans la région.
La perspective d’un dialogue entre les États-Unis et le Hezbollah est d’autant plus possible que l’idée avait été évoquée à plusieurs reprises par le président Donald Trump lui-même, sans pour autant se concrétiser. Aujourd’hui, l’idée est de nouveau lancée, surtout que nul ne peut vraiment prédire ce que peut faire Donald Trump. La possibilité d’un compromis de dernière minute reste donc plausible, dans le contexte compliqué de la préparation des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Mais dans quelle mesure peut-on réellement faire un parallèle entre le dialogue américain avec les houthis et avec le Hezbollah ? Il faut d’abord rappeler qu’un accord avait déjà été conclu entre les Américains et les rebelles yéménites, lors de la première vague de confrontation avec l’Iran qui avait poussé les seconds à éviter d’attaquer les navires américains. Ce n’est donc pas la première fois qu’un accord, même limité, est conclu entre les deux parties.
Aujourd’hui, l’entrée des houthis dans la bataille en cours est beaucoup plus importante qu’elle ne l’était il y a quelques mois, en raison de la situation dans le détroit d’Ormuz et du fait que la confrontation entre les Américains et les Iraniens prend une tournure de plus en plus économique. C’est peut-être pour cette raison que les deux parties concernées ont choisi de conclure un accord, qui visiblement les arrange. Selon d’ailleurs ce qui a filtré de la rencontre d’Oman, les houthis auraient accepté de ne pas attaquer les navires américains ou considérés comme étant sous le parapluie américain, assurant qu’ils cibleront uniquement les Saoudiens qu’ils considèrent comme leur seul véritable ennemi. De leur côté, les Américains se seraient engagés à ne pas fournir la moindre aide aux forces saoudiennes dans la guerre au Yémen.
Si ces informations se précisent et que cela devient de plus en plus visible sur le terrain, cela veut dire que les houthis se consacrent désormais à leur combat contre l’Arabie saoudite, et leur priorité n’est plus de combattre les Israéliens aux côtés de l’Iran. Dans ce contexte, comment pourrait-on faire un parallèle avec un éventuel contact entre les Américains et le Hezbollah ? Que serait prêt à donner ce dernier pour entrer dans les bonnes grâces américaines ?
Selon des sources du Hezbollah, le parti préfère, pour l’instant, rester discret sur la réalité des ouvertures américaines. Tout comme il refuse de commenter le dialogue entre les Américains et les houthis. Il se contente de rappeler que les États-Unis ont fini par dialoguer avec les talibans, puis se sont retirés d’Afghanistan. Le Hezbollah est ainsi convaincu que les Américains sont pragmatiques et qu’ils finissent par lâcher leurs alliés si leur intérêt est en jeu. Toutefois, pour l’instant, le Hezbollah affirme qu’il n’y a pas vraiment de tentative américaine d’ouvrir un dialogue direct avec lui, même si plusieurs médiateurs potentiels, notamment le Qatar et la Turquie, évoquent régulièrement cette possibilité.
Maintenir le flou à ce sujet fait partie de sa tactique actuelle, surtout face au pouvoir, et en particulier au président de la République, qui refuse de renoncer aux négociations directes telles qu’elles se déroulent actuellement. Pour le Hezbollah, après sept réunions, on ne peut pas vraiment dire que de grands progrès ont été accomplis. Au sein du parti, certains voient même dans les déclarations de Joseph Aoun sur sa détermination à conclure un accord sécuritaire avec les Israéliens, qui pourrait être un prélude à un accord de paix, une tentative de court-circuiter un éventuel dialogue entre la formation et les Américains. Le Hezbollah joue donc sur cette carte, en maintenant le flou à la fois sur les scénarios possibles et sur ses intentions. Mais dans sa vision, sa situation diffère de celle des houthis. Ceux-ci sont en guerre contre l’Arabie saoudite, alors que le parti se bat contre les Israéliens qui occupent une partie du territoire libanais. Le Hezbollah estime ainsi qu’aux yeux des Américains, Riyad n’est pas Tel-Aviv et le contexte est donc totalement différent. Le seul parallélisme possible consisterait à déduire de la rencontre d’Oman que les Américains ont choisi la voie du dialogue dans la région, en particulier avec l’Iran.