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Liban

Un fusil pour « raccompagner papa du jurd à la maison »

Otages militaires

Voilà des mois que les parents des militaires otages de l'État islamique n'ont aucune nouvelle de leurs proches. Ils manifestent aujourd'hui au centre-ville.

16/09/2015

« Mercredi nous allons essayer de rappeler à nos chers politiciens, à travers une manifestation et en brandissant les portraits des militaires otages, que nous n'allons plus nous taire et que nous sommes toujours là à attendre nos frères et nos fils, les enfants de la patrie, ses soldats et ses défenseurs qu'elle a laissés tomber », lance Nizam Mghait, frère d'Ibrahim Mghait, un sergent de l'armée captif du groupe État islamique (EI) à L'Orient-Le Jour. « Ce gouvernement ne vaut plus rien, il nous a oubliés, il est laxiste, il n'y a pas de négociations en cours ni rien du tout, nous en sommes sûrs à présent ! Nous voulons savoir quel est le sort réservé à nos otages, sont-ils au moins toujours en vie ? » demande M. Mghait. « Que le cabinet assume ses responsabilités, assez de négligence! »

Vingt-cinq militaires, pris en otage lors de combats entre l'armée et des jihadistes en août 2014 à Ersal, dans la Békaa, sont encore aux mains des jihadistes de l'EI et du Front al-Nosra. Quatre ont été assassinés en captivité.

Quand il parle de son frère Ibrahim, dont il est sans nouvelles depuis un bon moment, Nizar a les larmes aux yeux. « Les dirigeants veulent se partager le gâteau du pouvoir et moi je veux que mon frère et ses camardes rentrent enfin chez eux, c'est tout ! Nous n'avons aucune valeur aux yeux de notre État ! Vous ne pouvez pas comprendre cela tant que vous n'avez pas été confrontés à la désinvolture des responsables comme nous! »
« Combien d'hivers doivent-ils encore passer dans le jurd avant que l'État ne s'apitoie sur leur sort ? Combien de fois dois-je dire à mon père au regard distrait et hagard qu'Ibrahim rentrera bientôt quand il me demande où est ton frère ? Combien de fois doit-on en famille nous éviter du regard durant les fêtes et les cérémonies familiales afin de ne pas pleurer cette absence injustifiée qui perpétue une souffrance générale et absurde ! » martèle Ibrahim. « Sa fille Maria est née durant sa captivité, elle a dix mois et n'a jamais vu son père mais elle porte le prénom qu'il lui a choisi lui-même », ajoute Ibrahim.


(Pour mémoire : Pour Hussein Youssef, père d'un militaire otage de l'EI, la vie est devenue « un enfer sur terre»)



« Nous essayons autant que possible de nous occuper de ses deux garçons âgés de 5 et 4 ans, mais Hamza, le plus jeune, veut à tout prix que je lui ramène un fusil et après lui avoir demandé pourquoi faire, il m'a répondu avec toute la détermination du monde entier dans ses yeux : je veux ramener papa du jurd à la maison », raconte le frère du sergent captif, la voix étranglée. « Nous n'avons ni les armes ni les moyens de négocier un échange contre ces jeunes braves comme l'a pu faire le Hezbollah avec ses combattants ! » reprend-il.
« Personne ne veut nous aider, nous avons essayé toutes les autorités et les dirigeants des partis politiques pouvant influer dans un sens ou dans l'autre dans ce dossier, mais nous avons été rejetés et ignorés de tous ! » dit-il laconique. « Même le peuple libanais n'a pas bougé le petit doigt pour les militaires abandonnés à leur sort dans les hauteurs ou je ne sais où exactement ! Nos manifestations restent maigres et nos voix étouffées car aucun parti politique n'a voulu de notre cause qui ne vaut pas de l'or, comme c'est triste ! » conclut Ibrahim.

Les familles des militaires vont manifester ce matin à 9 heures devant les locaux de quotidien an-Nahar, dans le centre-ville de Beyrouth. Cette manifestation aura lieu au moment où les leaders politiques seront réunis au Parlement pour la table de dialogue convoquée par le président de la Chambre Nabih Berry.

 

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Halim Abou Chacra

Comme elle est compréhensible l'angoisse de ces familles des militaires otages !

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