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Économie - Management

Le tri sélectif, nouvel « atout com’ » des entreprises au Liban

Face à la crise des déchets qui secoue le Liban depuis plus d'un mois, de plus en plus d'entreprises surfent sur la vague du « Zero Waste ».

« L’Orient-Le Jour » et « Le Commerce du Levant » trient aussi leurs déchets...Photo OLJ

Face à la crise des déchets qui a débuté lors de la fermeture de la décharge de Naamé le 17 juillet dernier, de plus en plus d'entreprises communiquent sur le fait qu'elles trient leurs déchets pour en réduire la masse. « Il y a un an nous avons commencé à séparer nos déchets organiques – qui sont transformés en compost et envoyés à un éleveur de cochons –, de nos déchets non organiques, qui sont collectés pour être ensuite recyclés. Depuis juillet dernier, nous avons également installé un mur végétal en matière recyclées, permettant de recycler l'air », raconte Aline Kamakian, copropriétaire des restaurant Mayrig et Batchig. « En collaboration avec Zero Waste Act, qui collecte nos déchets, nous avons développé une stratégie incluant la mise en place de bacs pour le tri, le recyclage et la compression des déchets de nos employés et clients. Nos études ont montré qu'en mettant en œuvre cette stratégie nous pourrons réduire nos déchets de 80 % ; les déchets non organiques recyclables représentant environ la moitié de ces déchets », affirme Dalida Nahas, directrice marketing de l'ABC qui s'est lancé dans le tri sélectif le mois dernier.

Prise de conscience
Au-delà de ces initiatives ponctuelles, le phénomène prend des allures de véritable engouement. « Depuis l'année dernière, nous collectons les déchets papier et carton de 60 nouvelles compagnies », explique Shady Sadek, directeur de projet à Terre Liban, une organisation qui collecte les déchets en cartons et papiers de 650 entreprises. Depuis 2008, le volume de carton et papier qu'ils ont récupéré a été multiplié par treize, à 651 tonnes par an. Pour Arc-en-ciel – qui a débuté la collecte de déchets en 2009, avec les bouchons en plastique, et qui composte les déchets depuis 2014 –, la progression des entreprises faisant appel à leurs services a aussi été fulgurante, passant de 80 à 277 entreprises entre mars 2014 à août 2015 et une multiplication par cinq du volume récupéré. Ces ONG revendent ensuite le produit de leur collecte à des usines spécialisées, entre 60 et 80 dollars la tonne de carton et papier selon les acteurs interrogés. « Nous recyclons les cartons que nous achetons notamment à ces ONG et produisons déjà 65 000 tonnes de carton recyclé par an », explique Fadi Gemayel, président de la société Solicar SAL.

De l'avis unanime des sociétés interrogées par L'Orient-Le Jour, cet engouement s'expliquerait par une prise de conscience environnementale : « Avant, la plupart des entreprises ne savaient pas ce qu'il advenait de leurs déchets. Mais depuis qu'ils constatent de leurs propres yeux la quantité de déchets produits, il y a eu une véritable prise de conscience. Désormais, ce sont elles qui nous sollicitent car elles sont au courant que d'autres entreprises le font, ce qui provoque un effet boule de neige », explique Olivia Maamari, responsable du programme environnement d'Arc-en-ciel.

 

(Infos pratiques : Qui contacter pour recycler les déchets triés)

 

Image de marque
Mais le civisme écologique ne suffit sans doute pas à expliquer la nouvelle passion des entreprises. « Pour le secteur privé, le tri à la source permet (...) de contribuer à améliorer leur image », explique par exemple un rapport d'Arc-en-ciel sur le tri sélectif. C'est ce que semble confirmer un sondage publié en 2013 par le MIT Sloan Management Review : pour 40 % des 2 600 cadres interrogés à travers le monde, le premier avantage de l'implémentation d'une stratégie liée au développement durable en entreprise réside dans l'amélioration de la réputation et de l'image de marque. Selon cette grille de lecture, la conversion soudaine des entreprises au tri sélectif permettrait donc également aux entreprises d'améliorer leur réputation, surtout si le problème est sous les feux de l'actualité, comme ces temps-ci au Liban. « Lorsque nous sensibilisons le secteur privé aux bienfaits du tri sélectif et du recyclage, nous mettons en avant les facteurs promotionnel et marketing, dans la mesure où ces démarches renforcent leur image de marque », confirme Olivia Maamari.

 

(Repère : Comment, en pleine crise, réduire le volume des ordures chez soi)

 


Un intérêt marketing qu'a bien compris Aline Kamakian : « Nous avions commencé le tri des déchets ainsi que la mise en place de notre mur "vert" avant la déferlante de la crise des déchets, mais avons choisi de communiquer sur les réseaux sociaux sur cette initiative à cause de la crise. »
Ce positionnement s'avère d'autant plus intéressant que l'initiative est peu onéreuse pour les petites entreprises, les ONG fournissant les poubelles de tri, et venant les collecter gratuitement. « La collecte des déchets non organiques ne nous coûte rien, et pour les déchets organiques, nous ne payons que le cout du transport vers la ferme d'élevage de cochons, soit 20 dollars par jour », détaille Aline Kamakian. Mais cela n'est pas forcément le cas des gros groupes qui produisent inévitablement plus de déchets. « Au niveau commercial, cet investissement est lourd, car nous payons pour la collecte des déchets, l'implémentation de la procédure, la promotion de la campagne, la formation des employés. Tous ces services sont payants », détaille Dalida Nahas qui n'a toutefois pas révélé le montant des investissements engagés.

Si ces initiatives peuvent donc difficilement générer un retour sur investissement pour les sociétés qui se mettent au tri, elles devraient en revanche avoir des retombées indirectes sur le secteur du recyclage. « 75 % des emballages en carton se font déjà à partir de matières recyclées et ce secteur est en plein essor », indique Fadi Gemayel.

 

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Face à la crise des déchets qui a débuté lors de la fermeture de la décharge de Naamé le 17 juillet dernier, de plus en plus d'entreprises communiquent sur le fait qu'elles trient leurs déchets pour en réduire la masse. « Il y a un an nous avons commencé à séparer nos déchets organiques – qui sont transformés en compost et envoyés à un éleveur de cochons –, de nos déchets...

commentaires (3)

"Pur!" écran.... de fumée pestilentiel !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 03, le 06 septembre 2015

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Commentaires (3)

  • "Pur!" écran.... de fumée pestilentiel !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 03, le 06 septembre 2015

  • SI RÉDUCTION DES DÉCHÊTS DE 80% PAR COMPRESSION... QU'EN EST-IL DES PRIX OFFERTS PAR LES SOCIÉTÉS DE RECYCLAGE ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 18, le 06 septembre 2015

  • "...Mais depuis qu'ils constatent de leurs propres yeux la quantité de déchets produits, il y a une véritable prise de conscience..." Cela fait plaisir à lire ! Donc, le citoyen normal libanais est plus réceptif, intelligent et capable que nos IRRESPONSABLES-INCAPABLES qui "dirigent" ce pays...manifestement sans être au courant de notre vie de tous les jours...vivant, eux, dans leur bulle, bien protégés de tous les dérangements que leur négligence criminelle nous occasionne. Allons, citoyens de ce beau pays, construisons petit à petit un Liban nouveau: propre, vert et moderne dans tous les domaines. Un Liban dont nous pouvons être fiers...n'est ce pas mieux qu'un Liban qui fait actuellement la une des médias étrangers à cause de cette honteuse crise des ordures ??? Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 48, le 05 septembre 2015

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