Le 21 avril 1972, affrontement entre les FSI et des étudiants dans une rue de Beyrouth.
C'est en s'adjugeant jusqu'à présent 68 sièges (sur un total final de 142 – le nombre de représentants ayant augmenté dans certaines facultés en fonction du nombre des élèves) que la gauche l'a emporté aux élections qui se sont déroulées avant-hier vendredi à l'Université libanaise. La droite pour sa part a obtenu 57 sièges. (Eveil Khalifé-Jeunesse libanaise : 23 ; fraction Yammine (Kataëb, PNL, BN) : 27 ; indép. de droite : 7).
Deux sièges sont revenus aux nassériens de l'UFPT et 3 aux sociaux nationalistes (ex-PPS). En attendant que les candidats en ballottage (5 cas se sont présentés) soient départagés et que les 7 représentants de la 1re année de droit (où les élections ont été reportées à la semaine prochaine) soient désignés, le Front de gauche se trouve donc en 1re position dans la lutte pour le contrôle de l'Union de l'UL (Uneul). Au sein du « Front », les Comités d'action (contrôlées par l'OACL) se sont adjugé 13 sièges ; l'Union de la jeunesse fémocratique (organisation de jeunesse du PCL) 24 ; le PSP, 8 ; Kifah al-talaba (Baas irakien), 7 ; les nassériens de gauche, 1 ; et les indépendants de gauche, 15.
Dans la journée de vendredi, trois grandes facultés (droit, lettres et sciences) ont retenu l'attention par l'importance de leur électorat et les résultats du scrutin, d'une part, et en raison de la répartition des voix, d'autre part.
À la faculté de droit : à l'ouverture du scrutin, à 15 heures, la fraction Yammine, dans un tract d'une grande violence, dénonce « les gauchisants et les idéologies importées », mais surtout les membres de l'Éveil (orthodoxe) qualifiés de « bande de prétentieux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas ». L'Éveil leur répond en leur demandant de « garder pour eux le Liban des voleurs, des agents, des marchands et des traîtres ». Quelques instants plus tard, les deux groupes échangeront des coups de poing, mais sur le moment, l'incident paraît circonscrit. À 16 heures, le président sortant, Émile Yammine, sous prétexte de décongestionner le bureau de vote de première année, emporte l'urne dans une autre pièce. Son initiative est réprouvée par les autres groupes et les élections dans ce département sont reportées. À cinq heures, des éléments non identifiés essaient de briser l'urne de 2e année où le nombre de voix donnait une nette avance à la gauche, mais ils en sont empêchés par les responsables du bureau. Dans la soirée, et selon certains étudiants, des membres de l'Éveil sont « passés à tabac » par ceux de la fraction Yammine.
Sur le plan des alliances sur ce campus, il convient de remarquer que les nassériens (les plus lésés par l'issue du scrutin), qui s'étaient mis en accord avec le PPS pour une « coopération électorale discrète » et qui comptaient sur les voix de la fraction Yammine pour diviser les rangs de la gauche (dont les listes n'ont pratiquement pas subi de panachage), ont été victimes de leur propre jeu. Le groupe Yammine, en effet, ne les a pas appuyés comme convenu, par crainte de voir une partie de l'électorat nassérien (qui refuse l'alliance avec les partis libanais traditionnels) se porter sur les candidats de gauche. Totalement isolés, ils n'ont obtenu que deux candidats.
À la faculté des sciences : là où les premiers pronostics avaient prévu un partage des sièges entre la gauche et la droite, c'est celle-ci (Yammine et Éveil) qui a été majoritaire.
Selon les observateurs sur le campus, l'écart de voix entre les deux groupements serait dû à la politique « proadministrative » (appui à la décision du maintien des examens partiels et de l'oral, etc.) suivie l'année dernière par l'UJD. De nombreux étudiants, ayant le sentiment d'être lésés par l'administration et constituant un « électorat mouvant » (c'est-à-dire appuyant uniquement les candidats de tout bord défendant leurs intérêts immédiats) auraient ainsi voté en faveur des candidats de l'Éveil. Ces derniers (la faculté des sciences est le seul exemple du genre) ayant « discrètement coopéré » avec la fraction Yammine, celle-ci a pu obtenir de nombreuses voix supplémentaires. « L'alliance » entre les deux fractions demeure cependant très aléatoire.
À la faculté des lettres : à l'inverse de la faculté des sciences, l'UJD, l'année dernière, avait suivi une politique « antiadministrative ». Le succès enregistré par le « Front de gauche » s'explique, par ailleurs, par le fait qu'en dépit de la possibilité de « panacher » les listes, l'électorat de gauche a agi comme s'il s'agissait d'un vote par listes bloquées en déposant des listes entières dans les urnes. Les écarts entre les candidats du « Front » et ceux de la droite ont ainsi atteint quelquefois près de 200 voix.
L'absence de panachage (ajoutée à la constitution, presque en dernière minute, des listes du « Front ») a permis, par ailleurs, à certaines organisations de gauche, mineures, d'obtenir une représentativité supérieure à leurs forces réelles au sein des étudiants ; tandis que d'autres formations (ayant accepté de retirer certains candidats afin de préserver l'unité du « Front ») se sont trouvées, par contre, sous-représentées.
La bataille pour le contrôle de l'Uneul se poursuivra cette semaine, pour les 5 cas de ballottage et surtout en ce qui concerne les 7 sièges à pourvoir en première année de droit.
Le contrôle de ces 12 sièges est en effet crucial, tant pour la gauche que pour la droite. Pour celle-ci, il pourrait permettre de combler le vide qui la sépare de ses adversaires.
Si la droite obtenait la totalité de ces 12 mandats, elle pourrait, en s'alliant éventuellement aux nassériens (2 sièges), contrôler la moitié des charges de l'Union, soit 71 sièges. La gauche, ayant obtenu 68 mandats (et les 3 sociaux nationalistes se ralliant à elle au moment des votes), contrôlerait l'autre moitié.
Il est cependant exclu, jusqu'à nouvel ordre, que les 12 sièges restants soient contrôlés exclusivement par la droite. Mais la phase la plus importante de la bataille (ayant pour enjeu le « comité exécutif de l'Uneul ») aura lieu en fait lors du congrès des représentants des sections qui se tiendra probablement dans deux semaines.
Sur l'issue de ce congrès, aucune indication précise ne peut être fournie pour le moment.
Rudolf EL-KAREH
16 janvier 1972
La bataille pour les 12 mandats en suspens aura lieu cette semaine à l'UL
La semaine qui commence sera marquée, à l'Université libanaise, par la bataille pour les 7 mandats en première année de droit et par le scrutin destiné à départager les 5 cas de ballottage qui se sont présentés sur les différents campus. Cette bataille constitue la deuxième étape des élections de l'UL. La troisième phase de la lutte pour le contrôle de l'Union de l'UL (Uneul) aura lieu enfin lors du congrès des représentants qui se tiendra probablement aux environs du 26 février.
17 janvier 1972

