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Campus - Durabilité

Un design éthique qui valorise l’environnement

Pour la deuxième édition du Earth Hub, « Créer avec le vivant », des étudiants de l’ALBA ont investi le musée de l’établissement, du 22 au 26 juin.

Un design éthique qui valorise l’environnement

Présentation des projets de l’atelier de SCOBY à des visiteurs.

Près de 80 étudiants de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), majoritairement en architecture, divisés en groupes de cinq, ont participé à l’exposition « Créer avec le vivant », organisée par la plateforme multidisciplinaire Earth Hub du 22 au 26 juin. Au total, 16 projets ont exploré des éléments de l’environnement, ainsi que le potentiel des biomatériaux. « Le but du Earth Hub est de penser à un design plus conscient en remettant en question, explorant, redécouvrant notre relation au territoire et à la nature, à travers le design », affirme Michèle Braidy, architecte et designer.

L’atelier des installations acoustiques testées par les visiteurs avec échantillons de briques de mycélium en voie de colonisation posés sur la table. Photos @Albabalamand
L’atelier des installations acoustiques testées par les visiteurs avec échantillons de briques de mycélium en voie de colonisation posés sur la table. Photos @Albabalamand



L’initiatrice du Earth Hub explique qu’au lieu de « réduire l’environnement à la durabilité », la philosophie du Earth Hub est de l’aborder à travers une certaine « manière d’être », « de vivre et de créer ». Il s’agit ainsi de tisser une autre relation à la terre et à l’environnement, une relation qui porte deux dimensions. Tout d’abord celle « d’être citoyen de la planète Terre, qui requiert le respect de l’écologie et de la nature, mais aussi celle de notre rapport à notre territoire dans un contexte local, qui répond à une économie locale, à un savoir-faire local, à une culture locale », affirme Michèle Braidy, notant au passage qu’il est impossible d’ignorer aujourd’hui la notion du territoire, vu la situation actuelle du pays. « L’objectif est de donner la possibilité aux étudiants de penser à l’identité du design local, ancrée dans le territoire ». À travers les séminaires et les ateliers organisés dans le cadre du Earth Hub, les étudiants ont « non seulement l’opportunité de redécouvrir ces savoir-faire », mais aussi de les préserver en les adaptant aux besoins contemporains, et « d’explorer de nouveaux processus de production émergents locaux, liés à de nouveaux matériaux et outils, en collaboration avec les industriels et les artisans », explique Michèle Braidy.

Créer avec le vivant, la thématique de l’édition 2026, s’inscrit d’ailleurs dans ce cadre. « Il était essentiel que les étudiants comprennent les enjeux de la géopolitique environnementale et l’origine des ressources et des matériaux », poursuit Michèle Braidy. « Créer avec le vivant », c’est aussi comprendre les biomatériaux, « une autre manière d’approcher la production. Comme ce sont des êtres vivants, le rapport de valeur change. Il n’y a plus de rapport de dominance, mais un rapport de cocréation. De même, du moment où l’on veut que le matériau grandisse pour en obtenir quelque chose, on a besoin d’en prendre soin. D’où la notion d’échange et de respect. Mais aussi, il y a surtout cette notion d’imprévisibilité, c’est-à-dire qu’on ne peut pas savoir ce qui va se passer. Parce que c’est du vivant qu’il s’agit », ajoute l’architecte, qui organise le Earth Hub en collaboration avec les directeurs des écoles de l’ALBA.

Atelier de design interactif informant de l’impact de la pollution. Photo @Albabalamand
Atelier de design interactif informant de l’impact de la pollution. Photo @Albabalamand


Donner vie aux biomatériaux, grâce à l’expérimentation

Le Earth Hub offre ainsi aux étudiants l’opportunité de découvrir les matériaux sous un angle holistique. « Le matériau a une dimension physique, historique, sociale, culturelle et aussi spirituelle », note Michèle Braidy. « On présente aux étudiants la philosophie, mais aussi les processus de production et les outils pour leur permettre d’avoir un aperçu général du matériau, relié à l’environnement, et pas seulement sous l’angle de la performance. » De la théorie qu’ils acquièrent grâce aux séminaires organisés en janvier, dans le cadre du Earth Hub, les étudiants passent à la compréhension à travers la pratique, concevant et produisant leurs projets, lors de formations intensives dont « l’aspect expérimental est propice à l’innovation », mentionne-t-elle.

De la sorte, à l’atelier sur le mycélium, racine du champignon aux propriétés acoustiques de réduction du son, les étudiants ont créé des installations sonores. Durant l’atelier sur le SCOBY, culture symbiotique de bactéries et de levures, issue de la fermentation du thé, les étudiants ont appris à interagir avec la culture pendant sa croissance en introduisant des couleurs ou des éléments de la nature pour obtenir différentes textures et opacités, de manière à créer un cuir organique qu’ils ont utilisé pour concevoir un luminaire. « Ils deviennent en fait des créateurs d’habitat, et c’est là que commence aussi leur travail de designer. Et puis ils doivent cocréer avec cet être vivant », note Michèle Braidy. Le troisième atelier a porté sur les matériaux hygromorphes qui ont la capacité d’absorber l’humidité et de réagir en conséquence. Explorant le bois, les étudiants ont créé des sortes de stores intérieurs, qui s’ouvrent sous l’effet de l’humidité, sans aucune source énergétique, grâce aux propriétés du bois. Axé sur le design interactif, le quatrième workshop a permis aux étudiants de concevoir des projets électroniques, en utilisant les données relatives à des éléments environnementaux comme la qualité de l’air ou la lumière. Ainsi, une installation sur la pollution de l’air a tenté de rendre visible le phosphore blanc absorbé par des pommes, un spray vert étant pulvérisé à l’instant où l’on s’en approchait, pour alerter sur la présence de cette matière toxique. Une autre installation sur la pollution lumineuse montrait l’agitation des fleurs, créées par un autre groupe, à chaque fois qu’on approchait un téléphone allumé.

Gros plans sur des peaux de Scoby réalisées par les étudiants avec couleurs et inclusions naturelles. Photo Greta Khoury
Gros plans sur des peaux de Scoby réalisées par les étudiants avec couleurs et inclusions naturelles. Photo Greta Khoury


Des compétences dirigées vers le futur

En outre, les projets exposés au musée de l’ALBA ont été conçus et produits au cours de quatre ateliers, chacun ayant été encadré par un expert pour le côté technique, ainsi que par un professionnel qui les guide au niveau du concept. Cette complémentarité permet aux étudiants « d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences en technologie, en biomatériaux et en processus de production », souligne l’architecte. À l’issue des ateliers, ils auraient appris à réfléchir différemment, de même qu’ils auraient acquis « des compétences dirigées vers le futur, ce qui sert le design d’aujourd’hui et de demain », poursuit-elle.

En parallèle, le Earth Hub souhaite redéfinir le rôle de l’architecte « comme quelqu’un qui connecte différentes expertises », se positionnant « au centre d’un réseau de mycologues, de bactériologues, d’ingénieurs ou autres », ajoute l’organisatrice.

Par ailleurs, cet événement annuel ajoute à la formation académique des étudiants un côté innovant, à travers la collaboration avec le centre de recherche de l’ALBA. « Nous les responsabilisons face à leurs idées et les faisons réaliser qu’ils ont le pouvoir de proposer un design différent, inscrit dans un discours venant d’une pensée, d’une valeur, sans nécessairement dépendre d’une tendance », souligne Michèle Braidy. L’architecte souhaite que le Earth Hub rende « le pouvoir à l’étudiant et l’amène à comprendre qu’il utilise l’outil au service d’une idée, qu’il est en position de décider lui-même de la direction du processus de design ».

Bien au-delà, le Earth Hub vise à établir une communauté d’académiques et de professionnels, industriels et artisans, qui travailleraient ensemble. « Nous sommes là à leur service pour pousser le côté recherche et les aider à innover au niveau des matériaux et des processus de production. C’est un échange, une transmission des professionnels vers l’étudiant, mais aussi de l’université vers les professionnels. Le but, c’est d’offrir un modèle de production éthique, que ce soit sur le plan culturel ou économique », conclut-elle.

Près de 80 étudiants de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), majoritairement en architecture, divisés en groupes de cinq, ont participé à l’exposition « Créer avec le vivant », organisée par la plateforme multidisciplinaire Earth Hub du 22 au 26 juin. Au total, 16 projets ont exploré des éléments de l’environnement, ainsi que le potentiel des biomatériaux. « Le but du Earth Hub est de penser à un design plus conscient en remettant en question, explorant, redécouvrant notre relation au territoire et à la nature, à travers le design », affirme Michèle Braidy, architecte et designer.L’atelier des installations acoustiques testées par les visiteurs avec échantillons de briques de mycélium en voie de colonisation posés sur la table. Photos @Albabalamand L’initiatrice du Earth Hub explique qu’au lieu...
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