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Culture - Festivals

alt-J, métronomie mélancolique

Le groupe britannique clôturait en beauté, hier soir, Byblos 2015.

Au-delà de ses mélodies originales, le groupe se distingue par l’importance des percussions grâce à son batteur métronome.

Le Festival de Byblos proposait, pour cette édition 2015, toutes les variantes du rock. Qu'il soit adapté aux stades avec les mélodies adolescentes des Irlandais de The Script, plus sec et dansant avec Rodrigo y Gabriela, ou alternatif avec les Britanniques d'alt-J, hier soir. Qu'elle soit remise au goût du jour par la jeune Libanaise Hiba Tawaji ou chantée par la légende de la francophonie Mireille Mathieu, la variété a aussi eu sa place au vieux port de Byblos. Les fans de voix masculines jazzy n'étaient pas en reste avec les Américains John Legend et Gregory Porter, de même que les aficionados du lyrique avec la soprano Samar Salamé. Il y en avait donc vraiment pour tous les goûts mais difficile de trouver une cohérence dans cette programmation censée toucher tous les publics, sans distinction musicale ni générationnelle.
Clôture donc hier soir avec le jeune groupe de Leeds alt-J. Lassés d'être confondus avec d'autres groupes, les musiciens avaient lâché leur ancien nom, Films, et opté – quelques mois après leur rencontre en 2007 – pour la combinaison des touches de clavier qui composent la forme triangulaire du delta.

Corps fatigués, émotion intacte
Après l'échauffement brutal du groupe libanais Who Killed Bruce Lee dès 20h30, les Britanniques investissent la scène une heure plus tard. L'épique Hunger of the Pine, le single issu de leur dernier album This Is All Yours, qui mêle samples hip-hop et mélodies médiévales, ouvre la danse. Les sensuelles Fitzpleasure et Something Good s'enchaînent ensuite dans la moiteur marine de Byblos. Si la partie musicale est maîtrisée par le quatuor, difficile de dire la même chose des voix de Joe Newman et de Gus Unger-Hamilton. Contrairement à l'émotion, bien présente dans leurs voix, la justesse n'est pas toujours là durant les premiers morceaux. Après plusieurs mois de tournée, les corps se fatiguent, impossible d'être aussi exact qu'en studio. Qu'importe, l'énergie et l'envie de partager leurs odyssées mélancoliques sont intactes.

 

 

Poignards divins
Légère et estivale, Left Hand Free contraste avec la tourmentée Matilda, clin d'œil au film de Luc Besson. Un problème momentané d'électricité oblige le claviériste à sortir de son mutisme pour clamer sa joie de découvrir le Liban. Suit l'organique et sexuelle Every Other Freckle, composée à l'époque de l'album An Awesome Wave, qui réveillerait n'importe quelle libido éteinte depuis des années. Avec The Gospel of John Hurt, alt-J réussit à marier l'inquiétante Amérique de No Country for Old Men des frères Coen avec l'insondable groupe britannique trip hop des 90's, Coldcut.
Au-delà de ses mélodies originales, le groupe se distingue par l'importance des percussions grâce à son batteur métronome. Bien qu'il soit en retrait par rapport aux autres membres du groupe, Thom Green porte les chansons avec sa rigueur remarquable. Chaque rythme est un poignard divin qu'il enfonce dans le cœur des fans qui se pressent dans la fosse. Après un rappel fourni, quoi de plus logique que de terminer avec la chanson Breezeblocks. Please Don't Go, I Love You So (Je t'en prie ne t'en va pas, je t'aime tant) est chantée à l'unisson avec le public. En 1h30, le flirt s'est transformé en début d'histoire d'amour.

 

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Interview
« Nous n'avons jamais pensé arrêter alt-J, cela n'a jamais été une option »

 

Comment avez-vous ressenti le grand écart, tant sur l'aspect artistique que sur la popularité, entre votre premier album An Awesome Wave et votre second This Is All Yours ?

Gus Unger-Hamilton (claviériste) : Pas aussi difficile qu'on pourrait le penser, cela s'est fait très naturellement car nous avions déjà un certain nombre de chansons en tête pour le second. Même s'il fallait laisser mûrir ces quelques titres, près de la moitié du nouvel album était prêt : Left Hand Free, Every Other Freckle, The Gospel of John Hurt, ou encore Bloodflood, pt II étaient déjà écrits. Aussi, nos fans sont vraiment loyaux et nous étions assez sûrs de nous-mêmes pour savoir qu'ils allaient nous suivre.

Que le bassiste Gwil Sainsbury quitte votre groupe en 2014, à la fin de la tournée du premier album, a-t-il changé la donne ? Vous aviez dit que vous étiez prêts à travailler seulement à trois, mais depuis, Cameron Knight vous a rejoints pour la tournée...
Joe Newman (chanteur) : Au départ, nous avions vraiment cru que le départ de Gwil était un problème, mais finalement c'était moins terrible que cela. Nous n'avons jamais pensé arrêter alt-J, cela n'a jamais été une option.
Gus Unger-Hamilton : Désormais, nous concevons notre groupe comme un trio, mais sur scène il faut être quatre ; c'est pour cela que Cameron nous a rejoints. Pour les concerts, l'idée que notre groupe s'élargisse d'une ou plusieurs personnes nous plaît.

Comment essayez-vous de traduire vos chansons sur scène en sachant que vos albums sont fignolés en production ?
Gus Unger-Hamilton : Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes pendant l'enregistrement de This Is All Yours, nous essayons donc de restituer cela sur scène.
Joe Newman : Cela n'a jamais été notre intention de « sonner » différemment sur scène. Il s'agit de retrouver au mieux le son de l'album. Bien sûr, l'enregistrement est un moment figé, tandis que durant un concert, des tas de données entrent en ligne de compte.

Vous vous êtes rencontrés en faisant vos études de littérature à Leeds. Quel est votre livre préféré ?
Joe Newman : The Very Hungry Caterpillar d'Eric Carle est un livre pour enfant que je continue de chérir aujourd'hui. Que ce soit les illustrations ou la simplicité de l'histoire, tout me plaît dans ce livre.
Gus Unger-Hamilton : Si je devais en garder un seul pour le reste de ma vie, ça serait Great Expectations (Les Grandes Espérances) de Charles Dickens. Au-delà de son intrigue, ce livre donne des clefs pour la vie.

 

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Hiba Tawaji, scintillante sous les feux de Byblos

Le Festival de Byblos proposait, pour cette édition 2015, toutes les variantes du rock. Qu'il soit adapté aux stades avec les mélodies adolescentes des Irlandais de The Script, plus sec et dansant avec Rodrigo y Gabriela, ou alternatif avec les Britanniques d'alt-J, hier soir. Qu'elle soit remise au goût du jour par la jeune Libanaise Hiba Tawaji ou chantée par la légende de la francophonie Mireille Mathieu, la variété a aussi eu sa place au vieux port de Byblos. Les fans de voix masculines jazzy n'étaient pas en reste avec les Américains John Legend et Gregory Porter, de même que les aficionados du lyrique avec la soprano Samar Salamé. Il y en avait donc vraiment pour tous les goûts mais difficile de trouver une cohérence dans cette programmation censée toucher tous les publics, sans distinction musicale ni...
commentaires (1)

Bravo pour les promoteurs de ces divers festivals. Ils donnent aus Libanais et au monde le concept d'un Liban toujours plein de vie et de richesse culturelle. Pour contrer celui d'un Liban mort, assassiné tous les jours par des politiciens des plus irresponsables du monde.

Halim Abou Chacra

12 h 40, le 19 août 2015

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Commentaires (1)

  • Bravo pour les promoteurs de ces divers festivals. Ils donnent aus Libanais et au monde le concept d'un Liban toujours plein de vie et de richesse culturelle. Pour contrer celui d'un Liban mort, assassiné tous les jours par des politiciens des plus irresponsables du monde.

    Halim Abou Chacra

    12 h 40, le 19 août 2015

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