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Économie

La LBCI remporte une première manche contre le prince al-Walid ben Talal

Liban - Médias

L'arbitre désigné par la Chambre de commerce internationale de Paris pour régler le différend entre la chaîne libanaise LBCI et la holding LMH, propriété du prince saoudien al-Walid ben Talal, a émis une première sentence en faveur de la LBCI, en attendant une sentence finale prévue dans quelques mois.

14/08/2015

La chaîne libanaise LBCI, dirigée et majoritairement détenue par Pierre Daher, a remporté la première manche dans la bataille qui l'oppose à son ancien partenaire, le prince saoudien al-Walid ben Talal. Dans le cadre d'une procédure d'arbitrage à la Chambre de commerce internationale à Paris, une première sentence, partielle, émise le 29 juillet, permet à la LBCI de récupérer, pour un dollar symbolique, les marques LBC Europe, LBC Maghreb, LBC America, LBC Australia et LBC Africa, jusqu'ici exploitées par LMH (Lebanese Media Holding). Cette holding est majoritairement détenue par le prince al-Walid ben Talal, propriétaire par ailleurs du groupe de production musicale et de médias Rotana.
Cela n'a pas toujours le cas. Cette entité, séparée de la LBCI, a été fondée par Pierre Daher et quelques hommes d'affaires libanais à la fin des années 1990, en partenariat avec l'homme d'affaire saoudien Saleh Kamel, qui détenait 49 % des parts. Elle comprenait LBC Sat, la version satellitaire de LBCI destinée au monde arabe, LBC+ – qui gérait LBC Europe, LBC Maghreb, LBC America, etc. – et la société de production PAC.
En 2003, Saleh Kamel cède ses actions au prince al-Walid ben Talal pour 98 millions de dollars, valorisant LMH à près de 200 millions de dollars. Car à l'époque, LBC Sat faisait partie des télévisions les plus regardées du monde arabe. Mais la concurrence devenait de plus en plus rude.

Ambition régionale
En 2008, le prince met 78 millions de dollars supplémentaires sur la table et monte à 85 % du capital de LMH. Pierre Daher est maintenu au poste de directeur général pour piloter ce qui devait être une nouvelle phase d'expansion, grâce notamment à la force de frappe de Rotana dans la région. « Le prince avait présenté aux actionnaires un projet ambitieux visant à faire de LMH l'un des plus grands groupes de la région. Cela devait passer par la modernisation des équipements de la société de production PAC et le développement de la grille de LBC Sat. Cela devait bénéficier également à la LBCI puisque certains programmes étaient diffusés sur les deux chaînes. Mais l'argent promis n'a jamais été entièrement déboursé », affirme Pierre Daher. Un contrat de service et de coopération avait été conclu pour définir les bases des relations entre LBCI, PAC, et LBC Sat, que ce soit au niveau de l'utilisation des marques, des équipements, de la production jointe et des flux financiers.
Mais le succès n'est pas au rendez-vous et les relations se dégradent rapidement entre les deux hommes. « Fin 2008, le prince commet l'erreur stratégique de remplacer la régie publicitaire de LBC Sat, le groupe Choueri, par celle de Rotana, Rotana Media Services. Les revenus publicitaires chutent de moitié. L'argent injecté a donc servi à compenser la baisse des recettes au lieu de développer la grille », affirme Pierre Daher.
En 2012, le prince licencie Pierre Daher, fusionne LBC Sat – délocalisée au Caire – avec Rotana, et dissout PAC (voir encadré). Il interrompt aussi le contrat de service et de coopération avec la LBCI, qui devait s'achever un an plus tard.
S'estimant lésée par la rupture du contrat, la LBCI entame en avril 2013 une procédure d'arbitrage à Paris. Sa première bataille concerne LBC+ et son bouquet de chaînes satellitaires conçues pour être la vitrine de la chaîne libanaise auprès de la diaspora. « Le contrat stipulait clairement que les chaînes LBC Europe, LBC Maghreb, LBC America, LBC Australia et LBC Africa devaient rediffuser les programmes de la LBCI, et qu'à la fin du contrat ces marques devaient revenir à la LBCI, explique Pierre Daher. Or depuis la rupture du contrat, ces chaînes rediffusent les programmes de LBC Sat qui sont devenus complètement différents de ceux de la LBCI. » Sur ce volet, l'arbitre a donc donné raison à la LBCI en sommant LMH de lui restituer les marques. Selon le règlement d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale, la sentence est exécutoire et revêt un caractère obligatoire.

Dommages et intérêts
Cela ne veut pas dire, pour autant, que la LBCI va recommencer à diffuser ses programmes sur ces continents. Car entre-temps, une chaîne indépendante a été créée, la LDC (Lebanese Diaspora Channel) , qui rediffuse notamment les programmes de la LBCI à l'étranger. « Il y a eu aussi l'émergence de la TV sur Internet, le modèle a changé, souligne Pierre Daher. Et puis LBC Europe, LBC America et les autres ont sans doute perdu de l'audience. Les téléspectateurs n'ont pas dû comprendre le changement de grille du jour au lendemain alors que la marque est restée la même. LBC Sat diffuse par exemple des feuilletons indiens, qui ne correspondent pas aux attentes de la diaspora libanaise. Les dégâts en termes d'image pour la LBCI ont été très importants. » Cette sentence partielle n'est donc qu'un début pour la LBCI, dont l'objectif est d'obtenir des dommages et intérêts en raison du préjudice subi, et pas seulement en termes d'image. Selon Pierre Daher, la liquidation de PAC a également été un coup dur financier pour la LBCI, puisque ses coûts de production ont explosé. « D'abord, il a fallu remplacer rapidement la grille et lancer de nouvelles productions. Ensuite, l'accord de partenariat avec LBC Sat prévoyait des productions communes ce qui permettait des économies très importantes. »
Le montant total des dommages n'a pas encore été chiffré dans le cadre de la procédure arbitrale qui devrait prendre plusieurs mois. Mais le PDG de la LBCI estime les pertes, et le manque à gagner, pour la chaîne libanaise à 250 millions de dollars. « La bataille sera sans doute difficile étant donné les moyens dont dispose le prince mais nous sommes confiants sur l'issue de l'affaire », conclut-il. Sollicités par Le Commerce du Levant, le bureau du prince al-Walid ben Talal et le groupe Rotana n'ont pas répondu aux demandes d'interview.

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La liquidation de PAC toujours en cours

Près de trois ans après sa mise en faillite, la PAC (Production and Acquisition Company) n'a toujours pas été officiellement liquidée, et les premiers à en payer le prix sont ses 397 anciens salariés. Un plan social, d'un montant estimé à plus de 17 millions de dollars, avait été négocié mais les indemnités ne leur ont jamais été versées, faute de moyens. LBCI et LMH s'accusent mutuellement d'être à l'origine du blocage puisque les deux entités doivent de l'argent à PAC. Dans un entretien à la chaîne al-Arabiya en mars 2014, le directeur du groupe Rotana, Fahad al-Sukait, avait déclaré que les actifs de PAC, notamment ses locaux, s'ils étaient liquidés, permettraient de payer les salariés. « Mais le liquidateur n'arrive pas à les vendre car ils sont utilisés par la LBCI », a-t-il déclaré. Les avocats de Pierre Daher répondent que la question de l'utilisation des propriétés de PAC doit encore être légalement tranchée. LMH assure également que la LBCI doit environ 17 millions de dollars à PAC, un chiffre contesté par la chaîne. « Qu'en est-il des montants dus par LMH à PAC, s'interroge Pierre Daher. Selon le liquidateur, LBC SAT devait 44 millions de dollars à PAC. Ce montant s'il était versé, couvrirait largement les indemnités salariales. » Toujours selon Pierre Daher, l'ardoise de LMH auprès de PAC aurait été effacée la veille de son dépôt de bilan. Un procès pénal a donc été intenté pour faillite frauduleuse. L'affaire est actuellement entre les mains du juge d'instruction du Mont-Liban, Peter Germanos.

 

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George Khoury

est-ce que boutros harb est parmi les avocats? est-ce qu'il y a parmi les avocats des ministres ou deputes?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Quid de la OTV, Miss Sahar ; please ? D'avance, merci.

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