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Moyen Orient et Monde

Pourquoi Jourine est-elle la clé de la côte de Lattaquié ?

Décryptage

La plaine du Ghab est depuis quelques jours le théâtre d'une offensive de l'armée loyaliste, annoncée un mois auparavant par le commandant de la Force al-Qods, le général iranien Qassem Soleimani.

06/08/2015

Après avoir pris Idleb et Jisr al-Choughour au printemps dernier, l'Armée de la Conquête – coalition menée par le Front al-Nosra (branche syrienne d'el-Qaëda) et le groupe salafiste Ahrar el-Cham – peut-elle s'emparer du fief alaouite de Lattaquié ?

La bataille pour le contrôle de la province fait rage et les offensives se multiplient des deux côtés. Quelques jours après celle de l'armée syrienne et de ses alliés du Hezbollah à Sahl el-Ghab (la plaine du Ghab), l'Armée de la Conquête a mené de front plusieurs attaques à quelques kilomètres de Jourine. Ce village, perché sur une hauteur de la province centrale de Hama, est extrêmement stratégique, puisque c'est ici que l'armée du régime a établi son centre d'opérations pour diriger la bataille de Sahl el-Ghab.

Contacté par L'Orient-Le Jour, Thomas Pierret, maître de conférences à l'Université d'Edimbourg et spécialiste de la Syrie, confirme l'importance de Jourine qu'il décrit comme le « centre névralgique du dispositif de défense mis en place par Bachar el-Assad et les Iraniens suite aux défaites subies dans la province d'Idleb au printemps. Pour les rebelles, Jourine est la "clé de la côte" ».

Dernier verrou avant la province de Lattaquié, le régime ne peut pas se permettre de perdre cette zone où se situe notamment le village d'origine de la famille Assad : Kardaha. La prise de Jourine par les rebelles, ainsi que des villages alentour, ouvriraient les portes de la plaine du Ghab, et par conséquent de Hama. Face à l'Armée de la Conquête qui, selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane, peut s'appuyer sur des combattants d'Asie centrale et des Tchétchènes, ainsi que des jihadistes de la branche d'el-Qaëda en Syrie, « une centaine de combattants du Hezbollah se battent aux côtés de l'armée syrienne, une milice prorégime et des miliciens chiites afghans et iraniens », toujours selon M. Abdel Rahmane.

 

Promesse d'une « surprise »
Comme le rappelle le général libanais à la retraite Élias Hanna, le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la Force al-Qods, avait promis en juin dernier, à la suite de la chute d'Idleb, une « surprise » à venir très prochainement sur le théâtre d'opérations syrien. Il s'était alors rendu en personne à Jourine, selon différentes sources proches du régime et confirmée par le général Hanna. Cité par la radio iranienne, il avait alors déclaré : « Dans les jours qui viennent, le monde va être surpris par ce que nous préparons, en coopération avec les chefs militaires syriens. » Cependant, le général iranien n'avait évidemment pas dévoilé la zone des opérations.

« Jusqu'à maintenant, les forces gouvernementales ont appliqué une stratégie défensive dans la région de Lattaquié, mais ils ne peuvent plus se le permettre. C'est pourquoi on assiste à des contre-offensives comme celle de Sahl el-Ghab », affirme pour sa part le général à la retraite Hicham Jaber, directeur du Centre d'études pour le Moyen-Orient et interrogé par L'Orient-Le Jour. Cette tactique serait, selon lui, « payante et couronnée de succès ».

 

(Lire aussi : Sahl el-Ghab, point névralgique de la défense du régime syrien )



L'attaque sur Jourine serait donc une réaction à cette contre-offensive du régime. Selon M. Pierret, cette offensive des rebelles « fait partie d'une stratégie consistant à multiplier les fronts dans la région en guise de diversion face à la contre-offensive loyaliste dans la plaine du Ghab ».
Tout l'enjeu de la prise de Jourine semble résider en deux points. Un : le contrôle d'un poste hautement stratégique, permettant l'accès à la province de Lattaquié. Deux : infliger un revers particulièrement symbolique au régime. « Une défaite loyaliste à Jourine ne signifierait pas forcément que les rebelles déferleraient ensuite sur la côte, qui est encore loin, mais ce serait un coup sévère pour le moral des troupes prorégime », argumente M. Pierret.
« Si les rebelles pénètrent à Jourine, le régime peut craindre qu'ils se dirigent vers Lattaquié », explique le général Hanna. Il devrait logiquement mobiliser les forces nécessaires pour protéger ce fief alaouite, également port stratégique, qui contrairement à Idleb ou Jisr el-Choughour fait clairement partie de la « Syrie utile ».

La ville côtière serait une « priorité » pour le régime, confirme de son côté le général Jaber, « tout autant que la ville de Homs ». Si l'armée loyaliste tentera de défendre Lattaquié coûte que coûte, elle fait face à un problème de taille : le manque d'effectifs. Des alaouites seraient alors mobilisés pour défendre la ville. « Une bataille existentielle pour cette communauté », selon M. Abdel Rahmane.
D'après ses sources dans la province de Lattaquié, « il y a des appels aux jeunes alaouites pour prendre les armes et défendre les environs de Jourine ».

 

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Honneur et Patrie

L'Etat des Alaouites fut créé par la France en 1930, il fut intégré à la Syrie en 1937.
La France défendait ce territoire contre les convoitises de ses voisins. Qu'en est-il maintenant ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Clé ou pas clé", ils finiront par accéder à leur indépendante Äalaouïtie-nouSSaïyrîe !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE N'EST PLUS UNE GUERRE CIVILE ENTRE SYRIENS... C'EST UNE GUERRE ENTRE MERCENAIRES... DES DEUX CÔTÉS... VENUS DE TOUTES LES RÉGIONS DU MONDE

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