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Liban

Lorsque le nouvel ambassadeur de Belgique tombe sous le charme du Liban

Diplomatie

Pour Alex Lenaerts, ambassadeur de Belgique, le Liban est un pays qu'il faut impérativement protéger. Dans un entretien avec « L'Orient-Le Jour », il appelle les Libanais à renforcer leurs institutions et à instaurer une véritable culture de l'État.

01/08/2015

Il a changé de carrière à trois reprises. De journaliste radio durant les années quatre-vingt, il est devenu conseiller auprès du Parlement belge, pour se choisir, en 2001, une carrière diplomatique. Alex Lenaerts, ambassadeur de Belgique au Liban, a su qu'il avait réussi le concours de son entrée au corps diplomatique belge le 11 septembre 2001, le jour où le monde a changé.
Le souvenir qu'il garde de ses courtes années de journaliste freelancer auprès des radios libres belges est un sentiment d'effervescence où tout était possible. Il avait aidé à la création de radios FM. Quand le métier ne le passionnait plus, il a eu l'opportunité de travailler au Sénat et au Parlement bruxellois. Il commence comme attaché de presse et devient ensuite conseiller.
Il avoue qu'il garde de ses années passées au Parlement un réflexe de « toujours revenir au texte ». « C'était une formation pour moi ; j'y ai appris la rigueur », dit-il dans un entretien avec L'Orient-Le Jour.
Passionné de politique internationale, il décide d'entrer un peu sur le tard dans la diplomatie. « Pour entrer dans la diplomatie, il faut passer un concours et surtout avoir le temps de le préparer. Je l'ai reporté jusqu'en 2001 », dit-il. En diplomatie, on commence au bas de l'échelle, et de conseiller du chef du Parlement bruxellois, poste qu'il occupait avant d'entamer sa carrière diplomatique, il est nommé secrétaire d'ambassade au Venezuela.
Il travaille dur, devient chargé d'affaires en Bosnie-Herzégovine, rentre pour deux ans à Bruxelles, où il est conseiller diplomatique auprès du gouvernement. Il est nommé pour la première fois ambassadeur l'année dernière, pour remplir un mandat au Liban.
À Bruxelles, il planche sur de nombreux dossiers diplomatiques, notamment ceux du Moyen-Orient et de la Syrie. Quand il soumet sa candidature d'ambassadeur auprès de son ministère des Affaires étrangères, il opte pour le Liban.
Il était venu au pays l'espace d'un week-end avant de prendre sa décision. « L'énergie et le dynamisme qui existent au Liban m'ont plu. C'est parfois un peu indiscipliné et désordonné pour un Européen, mais c'est bon », avoue-t-il.
« Le Liban et le Moyen-Orient m'intéressent, souligne l'ambassadeur belge. Le Liban est un verrou et il faut le maintenir. Il faut protéger le Liban parce que le Moyen-Orient implose et les pays qui étaient multiconfessionnels s'effondrent, que ce soit l'Irak ou la Syrie. Il est impératif de protéger le Liban pour le Liban lui-même, certes, mais aussi parce qu'il constitue le dernier modèle d'un pays multiconfessionnel dans la région », martèle M. Lenaerts.
Se penchant sur l'accord nucléaire avec l'Iran, il note qu'il « faut relever le pari. Mon pays soutient l'accord ; certains hommes politiques libanais s'en méfient ». « L'Iran comme tout pays n'est pas monolithique, il y a des conservateurs, des réformistes, relève-t-il. Il faut faire un pari et miser sur les modérés, sur la pacification de la région. L'accord est bon et il faut le défendre. »

« C'est grâce aux Libanais que le Liban est attachant »
À la question de savoir quels sont les moyens auxquels il faut avoir recours pour protéger le Liban, l'ambassadeur de Belgique déclare : « C'est clair que la guerre en Syrie a ses conséquences au Liban. Il faut garder le parapluie international qui protège le Liban ; tout le monde pour l'instant veut protéger le pays. Il faut aussi renforcer les institutions du Liban. Cela relève de la responsabilité des Libanais et personne ne peut faire cela à leur place. Cela nécessite l'élection d'un président et d'un Parlement. »
« Il faut éviter de donner des leçons, mais ce dont le Liban a le plus besoin, c'est d'une plus grande culture de l'État, de la gestion publique. Il faut que les Libanais se disent : nous avons un État en commun et nous le partageons », ajoute-t-il.
Et de poursuivre : « Il faut que tous les Libanais croient en leur pays, pour le protéger, le soutenir, le renforcer. Si ce pays est tellement attachant, c'est grâce aux Libanais eux-mêmes. Ce sont eux qui constituent la richesse du Liban qui est plein de talents. On y trouve une effervescence sans égal. C'est un pays plein d'éléments positifs », dit-il. Et de se demander « pourquoi les étrangers comme moi sont-ils charmés par le Liban, alors que les Libanais ne croient pas davantage en leur pays ? Vous avez surmonté une guerre civile et des invasions et vous êtes toujours debout, il faut donc vraiment croire en ce pays ».
M. Lenaert, qui a servi en Bosnie-Herzégovine, dresse une comparaison entre Beyrouth et Sarajevo, deux villes qui ont connu des guerres à connotation religieuse. « La fracture est beaucoup plus profonde et la division plus importante en Bosnie-Herzégovine, indique-t-il. Les Libanais sont plus résilients et capables de cicatriser une guerre civile qui a duré quinze ans. »
L'ambassadeur de Belgique, qui compte profiter des activités qu'offre l'été libanais, tient à se rendre à Baalbeck pour soutenir le festival. Il avoue également avoir un faible pour Byblos, l'une des plus vieilles villes habitées du monde.
« Je connaissais un peu le Liban avant de venir à Beyrouth. Je lisais Amin Maalouf, et plus jeune j'avais lu Gibran Khalil Gibran ; le reste, je l'apprends ici. La musique libanaise, je l'écoute depuis que je suis à Beyrouth et j'apprécie particulièrement Majida el-Roumi », dit-il.
Quel est le plus difficile dans une carrière de diplomate? « La diplomatie, c'est l'art de la subtilité et du dosage », note M. Lenaerts, ajoutant que « la tâche la plus difficile réside dans le fait de toujours doser suffisamment ce qu'on dit. C'est-à-dire quand on rencontre des responsables politiques ou des journalistes, il faut toujours trouver le bon dosage en essayant de faire passer le message. Pour faire de la diplomatie, il faut passer un message mais à aucun moment il ne faut blesser et surtout pas donner des leçons ; c'est le défaut de nombreux diplomates occidentaux. Il faut donc éviter d'être donneur de leçons et faire passer des messages positivement ».

L'image positive de la Belgique
Quelle image voudrait-il donner de la Belgique au Liban ? « Une image positive », dit-il d'emblée. « On peut être un petit pays par la taille mais être important. C'est le cas de la Belgique et du Liban aussi. Small is beautiful, dit-on en anglais. À l'échelle de l'Europe, la Belgique n'est pas grande et pourtant nous sommes importants et c'est un message que je veux donner aussi au Liban. Le Liban est tout petit par rapport aux pays qui l'entourent et pourtant cela ne veut pas dire qu'il n'est pas important », poursuit-il.
L'ambassadeur de Belgique aime le cinéma italien classique de Luchino Visconti et de Federico Fellini. Ses goûts musicaux sont variés ; il apprécie la musique classique, cubaine et les Beatles. Il collectionne tout ce qui concerne les quatre jeunes hommes de Liverpool.
Ses auteurs préférés sont Gabriel Garcia Marquez, Jean Giono et J.M.G. Le Clézio. Il aime la poésie avec une préférence pour Paul Eluard.
Et on ne peut pas être belge sans être fan de bandes dessinés. M. Lenaerts aime Johan et Pirlouit et Tintin. Son personnage préféré de Tintin ? L'incomparable capitaine Haddock.

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La Belgique a reçu 5 000 réfugiés syriens en deux ans

Concernant la guerre syrienne, l'ambassadeur de Belgique au Liban, Alex Lenaerts, reconnaît que le conflit pourrait encore durer de longues années. Il note que, « depuis le début du conflit, la Belgique reçoit des réfugiés syriens. Au cours des deux dernières années, nous avons accueilli 5 000 réfugiés, majoritairement sunnites ».
« On a beaucoup parlé des chrétiens d'Alep, mais nous avons pris d'autres réfugiés syriens, indique l'ambassadeur. J'ai reçu ici 250 chrétiens d'Alep. J'ai vu ces familles, elles avaient terriblement peur, elles avaient vendu leurs maisons à 20 000 ou 30 000 dollars, laissant tout derrière elles. En Belgique, où un réseau de solidarité s'est mis en place, elles ont été tout de suite prises en charge. »
« Ces chrétiens sont sortis d'Alep pour venir à Beyrouth où ils ont été tout de suite pris en charge par l'ambassade pour partir ensuite en Belgique », indique-t-il.
« Bien sûr, dans un monde idéal, les chrétiens devraient rester en Syrie », dit-il en réponse à une question.
Comment ces chrétiens ont-ils été repérés et sélectionnés ?
« Tout a commencé à travers une association chrétienne belge, mais très rapidement la société civile s'est jointe à elle ainsi que d'anciens diplomates, d'anciens ambassadeurs belges en Syrie, des universitaires... Nous avons étudié toutes les demandes. Nous avons veillé à ce que chaque famille qui arrivait en Belgique puisse être prise en charge et trouve un encadrement. Ces familles ont été accueillies par d'autres familles et ont commencé la démarche officielle pour bénéficier du statut de réfugié », note-t-il.
Et l'ambassadeur de conclure : « Nous ne faisons pas de la discrimination confessionnelle. Nous avons accueilli les chrétiens d'Alep parce qu'ils étaient les plus menacés dans la ville. »
À l'instar de la majorité des pays européens, la Belgique a fermé son ambassade en Syrie et le travail consulaire se fait à partir de Beyrouth.


Pour un renforcement de la diplomatie culturelle

Au cours des années écoulées, la Belgique a surtout financé des projets humanitaires ayant trait notamment aux réfugiés syriens au Liban. L'ambassadeur de Belgique, Alex Lenaerts, voudrait encourager en outre la diplomatie culturelle.
« Les projets en cours, qui sont de l'ordre de plusieurs millions d'euros, couvrent surtout le domaine humanitaire. Nous avons œuvré en deux temps avec la Croix-Rouge libanaise et cela en coopération avec la Croix-Rouge belge. Nous avons travaillé sur un projet de consolidation de la paix avec la jeunesse libanaise. Nous avons également remis des ambulances à la Croix-Rouge. Nous travaillons actuellement sur une aide aux réfugiés syriens. Un projet aboutira bientôt avec Caritas et un autre s'est achevé avec la Fondation Amel », indique-t-il
« Sur le plan de la coopération militaire, des officiers libanais effectuent des formations à l'École royale militaire en Belgique. Un important don belge pour l'armée libanaise est actuellement en cours de discussion avec le ministre de la Défense », ajoute-t-il.
« J'aimerais à l'avenir renforcer la coopération avec les universités ainsi que la diplomatie culturelle, à travers des projets communs relatifs à la danse contemporaine, le théâtre et les métiers du cinéma et du théâtre. Il existe nombre d'options sur ce plan », souligne en conclusion l'ambassadeur de Belgique.

 

 

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