Les émeutes d’hier soir dans le secteur du Parlement pendant que les députés débattaient du plan de réformes économiques. Yannis Behrakis/Reuters
Le marathon parlementaire de l'accord de Bruxelles se poursuivait encore hier à la Viouli, à l'heure d'aller sous presse, dans une capitale grecque sous haute tension. Place Syntagma, où siège le Parlement, Athènes a connu ses affrontements les plus violents depuis plus de deux ans.
Plusieurs dizaines de jeunes gens casqués et masqués ont jeté des pierres et des engins incendiaires, à la fin d'une manifestation qui avait rassemblé quelque 12 000 personnes selon la police, après une journée de grève des fonctionnaires qui a ralenti l'activité dans le pays. Des distributeurs de banques ainsi que du mobilier urbain ont été endommagés, des vitrines brisées et un car de télévision a été incendié.
« Je suis là parce que le gouvernement n'a pas respecté notre vote du 5 juillet ni ce que nous vivons depuis cinq ans », a témoigné une manifestante, Heleni, 28 ans.
Les premières mesures de l'accord conclu lundi entre la Grèce et ses créanciers devaient être votées hier soir par le Parlement, avec un risque pour le Premier ministre Alexis Tsipras d'en sortir affaibli.
Pour montrer sa bonne volonté aux créanciers, avant d'espérer obtenir dans quelques semaines un troisième plan d'aide d'au moins 80 milliards d'euros, le gouvernement grec devait en effet faire passer « d'ici au 15 juillet » un premier train de mesures. Il s'agit notamment d'une hausse de la TVA et de l'adoption d'une règle d'or budgétaire. Après une journée de débats en commission et de discussions sur la procédure, le débat a finalement commencé à 21h00 (à Beyrouth), assorti d'une procédure d'urgence.
(Lire aussi : Les Grecs du Liban dénoncent l'acharnement européen, mais invitent aux réformes)
« Lisez ça et pleurez ! »
À l'intérieur du Parlement, le ministre des Finances Euclide Tsakalotos a pris la parole en premier. « Lundi matin à 09h30 fut le pire moment de ma vie. Je ne sais pas si nous avons bien fait, mais nous sentions que nous n'avions pas le choix », a-t-il déclaré, citant une phrase célèbre attribuée à l'ancien Premier ministre chinois Zhou Enlai. Celui-ci, interrogé dans les années 60 sur ce qu'il pensait de l'impact de la révolution française, avait répondu : « Il est un peu tôt pour le dire. »
Déjà mardi, Alexis Tsipras avait essayé d'expliquer les raisons qui l'ont poussé à signer, dans un climat de grandes tensions, un accord avec les créanciers qui est loin d'alléger l'austérité rejetée pourtant à 61 % au référendum du 5 juillet. « J'assume la responsabilité d'un texte auquel je ne crois pas mais que j'ai signé pour éviter un désastre au pays », en l'occurrence une sortie de l'euro en forme de plongée dans l'inconnu, avait-il dit.
Certaines réactions ont été virulentes hier. Ainsi, la ministre adjointe des Finances Nadia Valavani a rendu son portefeuille. Quant à l'ex-ministre des Finances Yanis Varoufakis, il a comparé l'accord à « un nouveau traité de Versailles », et l'a reproduit sur son blog, entièrement annoté de critiques en rouge, écrivant aux internautes : « Lisez ça et pleurez ! »
Mais cela ne préjugeait pas nécessairement d'un vote négatif dans la soirée.
(Lire aussi : Privatisations : les créanciers ont-ils les yeux plus gros que le ventre ?)
Appel à l'unité
M. Tsipras est en tout cas allé lui-même demander aux députés de Syriza de maintenir l'unité du parti, hier midi. Le jeune leader préférait sans doute en effet ne pas donner à l'opposition la possibilité d'influer sur le vote de manière suffisamment décisive pour réclamer ensuite quelques portefeuilles, voire un gouvernement d'union nationale.
Hier, les banques grecques sont restées fermées pour le 17e jour consécutif.
M. Tsipras a dit espérer que la BCE, dont le Conseil des gouverneurs se réunit aujourd'hui, augmenterait le plafond de l'aide d'urgence aux banques, afin que les Grecs puissent retirer un peu plus que les 60 euros quotidiens qu'on leur impose.
Le Premier ministre avait aussi déclaré mardi avoir signé l'accord en espérant l'ouverture ultérieure d'une discussion sur un aménagement de la dette grecque, qui approche les 180 % du PIB.
Or le FMI, un des trois créanciers avec l'UE et la BCE, a semé le trouble dans la nuit de mardi soir, en rendant public un document apparemment connu des Européens qui assure que la dette grecque est « totalement non viable » et doit subir une forte cure d'amaigrissement. Le FMI, qui ne peut intervenir que dans les pays dont il estime la dette viable, semble ainsi mettre en doute sa participation au nouveau programme d'aide à la Grèce.
En France, un des pays à vouloir soumettre l'accord grec à l'appréciation de son Parlement, le texte a été très largement voté hier après-midi, par 412 voix contre 69.
Lire aussi
La responsabilité du marathonien, l'édito d'Emilie Sueur
La Grèce reste dans l’euro au prix de lourds sacrifices
Jeroen Dijsselbloem, l'un des hommes-clés de la crise grecque
ThisIsACoup : quand Twitter prend fait et cause contre l'Allemagne et pour la Grèce


Je condamne le chantage fait à un peuple à genoux. Mais je suis déçu par Tsipras, il n'aurait jamais dû plier face aux voleurs des banques prédatrices. Le peuple l'aurait suivi. Du stade d'exemple il passe à celui de corrompu. N'est pas résistant qui veut.
09 h 16, le 16 juillet 2015