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Liban - Témoignage

Les Grecs du Liban dénoncent l’acharnement européen, mais invitent aux réformes

Qu'elle soit adepte du oui ou du non, la communauté hellénique du Liban espère une issue rapide à la crise qui redonnera sa dignité au peuple grec.

Tiraillés entre la fierté d'avoir tenu tête à l'Europe avec le Oxi et l'inquiétude pour l'avenir de leur mère patrie, les membres de la communauté hellénique du Liban sont dans l'expectative, même s'ils n'ont pas été invités à voter lors du dernier référendum. Moralement solidaires de leurs compatriotes qui traversent une des pires crises de leur histoire, ils lancent un regard critique sur les gouvernements successifs qui ont mené la Grèce à la misère. Ils espèrent surtout qu'un changement radical surviendra pour redonner sa dignité au peuple grec et lui permettre de retrouver une vie normale.

Mendiants et sans abri
« Je me rends régulièrement en Grèce où j'ai toujours mon appartement. À chaque voyage, je constate une dégradation de la qualité de vie. Cela dure depuis 5 ans. » Mariée à un Libanais, Renée Tselentis décrit la misère, les mendiants, les sans-abri, les commerçants qui mettent la clé sous la porte, les suicides. Elle dénonce les taxes supplémentaires pour couvrir la dette, et les milliers d'appartements privés d'électricité, pour défaut de paiement. « Ce n'est pas ça, l'Europe », lance-t-elle, révoltée, dénonçant « un crime humanitaire ». Elle raconte aussi comment ses proches s'organisent pour survivre à la perte de leur emploi ou la baisse de leurs revenus. Certains vendent leurs bijoux, leurs voitures, leurs meubles, d'autres optent pour la colocation. Et si des Grecs ont effectivement placé leur argent à l'étranger en voyant la crise s'installer, les riches ne représentent qu'une « poignée », alors que le peuple dans sa majorité « se serre la ceinture ». « Il faut un changement radical, un chambardement, martèle cette jeune grand-mère. Il n'est pas possible de continuer dans la même direction. »
Même si les gouvernements grecs ont fait des erreurs et que la corruption est importante, elle est formelle : « Les créanciers profitent de la situation. » Fière du Oxi du peuple grec, Mme Tselentis se prononce même pour un retour à la drachme. « L'Europe tue la Grèce à petit feu. C'est inacceptable », accuse-t-elle.
Ce cri du cœur est certes partagé par nombre de Grecs du Liban, avec plus ou moins de fougue. Car nombre d'entre eux n'ont plus de grec que le nom et le passeport. Leur présence au Liban remonte à plus de 100 ans, parfois. « J'ai perdu toute attache avec la Grèce, même si je m'y rends de temps à autre. Il me reste aussi l'amour pour le pays de mon père et ce sang grec qui coule dans mes veines », observe Kyriazi Anghelopoulos.
L'économiste dénonce l'acharnement européen contre la Grèce. « La fermeté est certes nécessaire, mais pas autant », souligne-t-il. Il rappelle la solidarité des pays créanciers de l'Allemagne, parmi lesquels la Grèce, après la Seconde Guerre mondiale. « Je ne prétends pas que l'Allemagne doit effacer les 322 milliards d'euros de dette, car les gouvernements successifs n'ont pas réussi à engager des réformes, mais elle pourrait être plus souple et plus tolérante », propose-t-il.
Des craintes, M. Anghelopoulos en a, en cas de Grexit. « Ce n'est pas à l'avantage de la Grèce », estime-t-il. Mais il est certain que le pays finira bien par gérer la crise, quitte à revenir à la drachme. Il est toutefois hors de question qu'il sorte de l'Union européenne. « La Grèce est le cœur, l'âme et le berceau de l'Europe », assure-t-il.


(Lire aussi : Comment les Libanais vivent-ils le contrôle des capitaux en Grèce ?)

 

Cent euros par mois
Pas question non plus pour Christina de voir la Grèce sortir de l'Europe. Chagrinée que le peuple grec pâtisse de la crise et de la corruption, elle craint « la famine » dans ce pays où les banques sont fermées, où la population n'a plus d'argent, où certains survivent avec 100 euros par mois à peine. « Le peuple grec n'en peut plus de payer. Ce n'est pas sa faute, mais celle des créanciers qui ont prêté tant d'argent à des gouvernements corrompus, à des taux d'intérêt énormes », martèle-t-elle. Adepte hésitante du oui, elle souhaiterait que l'Allemagne fasse preuve de plus de solidarité, mais elle invite la Grèce à des réformes afin de payer ses dettes et « à taxer plus particulièrement l'Église et les armateurs ». Cette mère de famille s'inquiète. « Nos enfants ont le passeport grec qui leur permet de vivre et de travailler en Europe. Qu'adviendra-t-il en cas de
Grexit ? »
Certains comme Nadia* sont plus critiques et se prononcent sans réserve en faveur du oui. « Un pays ne peut aller à ce point à la dérive sans un certain laxisme, voire une bonne dose de malhonnêteté », affirme cette femme qui a toujours des attaches en Grèce. Elle pointe du doigt les gouvernements successifs qui ont laissé s'accumuler une dette monumentale. « Ils se sont bien rempli les poches, accuse-t-elle. Ils ont aussi fermé les yeux sur le gaspillage et la corruption à grande échelle. » Et si elle reconnaît que de nombreux Grecs ont effectivement pris leurs précautions et placé leur argent à l'étranger, elle constate le manque dramatique de liquidités qui contraint la grande partie de la population à réduire fortement son train de vie. « Les retraites ne suffisent plus. Les loyers ne sont plus payés. Nantis ou non, tout le monde ressent la crise et n'a d'autre choix que de se serrer la ceinture », dit-elle. La solution ? « Des réformes », lance-t-elle, réclamant à titre d'exemple que les armateurs grecs ne soient plus exemptés de taxes.

Solidarité morale et... vacances au pays
Face à la gravité de la crise, la petite communauté hellénique du Liban observe avec impuissance la dégradation du niveau de vie de ses proches. « Que pouvons-nous faire face à cette réalité ? » demande Michel Eleftériades. « Ça ne servirait à rien d'envoyer à nos familles quelques milliers de dollars. Ce sont plutôt des solutions à court terme qu'il faut et dans l'urgence », estime cet adepte du non, qui revendique « ses origines byzantines ». En contact régulier avec ses cousins grecs qui traversent des moments « particulièrement durs », il se remémore les pires moments de la guerre libanaise. « Ce qu'ils vivent me fait penser à ce que nous, Libanais, avons vécu durant la guerre, la crise économique, le rationnement, la peur de l'avenir, la fuite des cerveaux », dit-il.
Même constat d'impuissance d'Ariane Kodjabachi, membre actif de la Communauté de bienfaisance hellénique de Beyrouth. « Nous ne pouvons que déplorer les conditions de vie dramatiques de nos proches », avoue-t-elle, racontant comment ces derniers « s'éclairent à la bougie » ou « rognent sur la nourriture », alors que ceux qui en ont la possibilité « s'expatrient en France » ou dans d'autres pays d'Europe. Si, pour l'instant, les Grecs du Liban n'ont pas été appelés à contribution, c'est peut-être parce que la crise est encore gérable, ou parce que leur situation, au pays du Cèdre, « n'est pas meilleure », comme le constate Mme Kodjabachi.
Alors, dans l'attente d'un dénouement de cette crise, qu'ils espèrent favorable à leurs compatriotes grecs, ils continuent d'aller passer leurs vacances en Grèce, en guise de solidarité, pour soutenir le tourisme et pour rendre visite à leurs familles. Mais aussi et surtout parce que la Grèce et ses îles sont toujours belles, crise ou pas.

* Le prénom a été changé.

 

 

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Tiraillés entre la fierté d'avoir tenu tête à l'Europe avec le Oxi et l'inquiétude pour l'avenir de leur mère patrie, les membres de la communauté hellénique du Liban sont dans l'expectative, même s'ils n'ont pas été invités à voter lors du dernier référendum. Moralement solidaires de leurs compatriotes qui traversent une des pires crises de leur histoire, ils lancent un regard...
commentaires (4)

Les riches grecs du monde entier ont les pieds hors de la boue . Ceux qui vivent sur place , la je parle des pauvres du peuple, sont otages des riches grecs avec la complicite des banques de voleurs occicons . Tsipras sera le modele pour les autres peuples d'europe d'espagne au Portugal l'italie et meme la france qui chauffe en ce moment .

FRIK-A-FRAK

14 h 08, le 13 juillet 2015

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Les riches grecs du monde entier ont les pieds hors de la boue . Ceux qui vivent sur place , la je parle des pauvres du peuple, sont otages des riches grecs avec la complicite des banques de voleurs occicons . Tsipras sera le modele pour les autres peuples d'europe d'espagne au Portugal l'italie et meme la france qui chauffe en ce moment .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 08, le 13 juillet 2015

  • Même ceux de chez nous ici sont bizarres !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 08, le 13 juillet 2015

  • CERTAINS EUROPÉENS... SONT DES REVENCHARDS ! SURTOUT CEUX QUI DOIVENT PAYER 70 MILLIARDS DE EUROS DE DOMMAGES DE GUERRE À LA GRÈCE POUR LES DESTRUCTIONS COMMISES DANS LE PAYS... DEPUIS LA FIN DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE... PRÉTENDANT QUE LES GRECS LEUR EN ONT FAIT CADEAU... ET LE REFUSENT ET REFUSENT MÊME DE LES DÈDUIRE DES DETTES GRECQUES. ILS SONT LE PLUS ACHARNÉS CONTRE TOUT ACCORD. L'ADAGE LIBANAIS DIT : ITTAKI CHARRA MAN AHSANTE ILEYF...

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    09 h 58, le 13 juillet 2015

  • Pour un pays qui a déjà eut ,il y a 10 ans une annulation de environ 200 milliards d'euros ,qui doit encore 280 Md à l'UE, et qui en redemande 70 milliards sur 3 ans ...l'acharnement à dépenser l'argent des autres sans compensation..! est bien du coté grecque ...

    M.V.

    08 h 38, le 13 juillet 2015

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