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À La Une - conflit

L'Irak englué dans la guerre un an après l'offensive de l'EI

Les causes sous-jacentes de la montée du groupe extrémiste sont toujours présentes. Cela signifie que Daech va perdurer, même si les lignes de front vont bouger, estime l'expert Patrick Skinner.

Des combattants chiites brandissant le drapeau irakien dans un immeuble détruit par les combats, le 7 juin 2015 dans la ville de Baiji, au nord de Tikrit. AFP PHOTO / AHMAD AL-RUBAYE

Un an après le début de l'offensive du groupe jihadiste État islamique (EI), l'Irak est plus que jamais une nation déchirée, sans espoir de sortir rapidement du cercle vicieux des violences, des tensions confessionnelles et des tragédies humanitaires.

Les frontières, les rapports de force et les équilibres démographiques ont été considérablement bouleversés par ce conflit, qui a montré aux États-Unis que l'Irak restait loin du pays stable et de l'allié solide qu'ils espéraient avoir laissé derrière eux en 2011.

Le 9 juin 2014, les combattants d'une organisation baptisée État islamique en Irak et au Levant (EIIL) déferlent sur un tiers du territoire, principalement l'ouest et le nord. Il ne leur faut que 24 heures pour prendre Mossoul (nord), la deuxième ville du pays, malgré leur nette infériorité numérique. Et ils font même un temps planer la menace sur Bagdad. Rebaptisé "État islamique", le groupe jihadiste proclame moins d'un mois plus tard un "califat" sur les larges territoires qu'il contrôle à cheval sur la Syrie et l'Irak.

Depuis, les jihadistes se sont surtout distingués par leurs atrocités, décapitant, crucifiant, exécutant en masse ou réduisant en esclavage sexuel des centaines de femmes yazidies.
Les horreurs, qualifiées de tentative de "génocide" par l'Onu, infligées dès août à cette minorité kurdophone du nord du pays sont une des raisons avancées par les États-Unis pour engager des frappes aériennes contre le groupe jihadiste.
Une coalition internationale est rapidement mise sur pied. Elle élargit ses opérations antijihadistes à la Syrie et envoie des conseillers militaires en Irak. La guerre contre l'EI est véritablement lancée.

(Lire aussi : La reprise de Ramadi serait « une victoire en trompe-l'œil »)

 

Désordre total
Mais après plus de 4.000 frappes, qui ont tué plus de 10.000 jihadistes selon la coalition, et des combats au sol menés par les forces de sécurité, aidées par des peshmergas kurdes, des milices chiites et des tribus sunnites, l'EI ne paraît guère affaibli. Le groupe a même avancé en Syrie, à l'exception notable de son échec devant la ville kurde de Kobané.

En Irak, les jihadistes restent capables de tenir tête aux forces gouvernementales, comme l'a montré en mai la prise de Ramadi, chef-lieu de la province d'al-Anbar qui résistait depuis plus d'un an.
Comme à Mossoul il y a un an, les unités stationnées à Ramadi se sont retirées dans le désordre le plus total en laissant derrière elles des centaines de millions de dollars en équipements, armements et véhicules blindés.

Ce butin de guerre ne fait que renforcer les capacités du groupe extrémiste sunnite, qui continue parallèlement à attirer des combattants étrangers.
La guerre civile en Syrie a servi d'incubateur et de terrain d'entraînement à l'EI, qui a aussi profité de la rancœur accumulée envers le pouvoir chiite de Bagdad pour déferler sur les territoires sunnites arabes de l'Irak avec l'assentiment de ces populations.

"Les causes sous-jacentes de la montée de l'EI (en Irak) sont toujours présentes", assure Patrick Skinner, expert pour le Soufan Group, spécialisé dans le renseignement. "Cela signifie que l'EI va perdurer, même si les lignes de front vont bouger".

Pour reprendre du terrain, Bagdad est obligé de s'appuyer sur les milices chiites soutenues par l'Iran, dont certaines ont pris part dans le passé à des violences confessionnelles.
Si elles ont prouvé qu'elles étaient un apport essentiel, permettant notamment la reprise de Tikrit, elles sont également une épine dans le pied du gouvernement qui prétend les commander mais sans les contrôler pleinement.

(Lire aussi : En Irak, l'EI engage une "guerre de l'eau")

 

Trois millions de déplacés
Autres alliées de poids pour Bagdad, les forces kurdes ont profité du retrait de l'armée face à l'EI pour s'installer dans des secteurs disputés. Le gouvernement aura bien du mal à en obtenir la restitution.
Les déplacements massifs de population ont par ailleurs contribué à modifier l'équilibre démographique du pays. Parmi les trois millions de déplacés, nombre d'arabes sunnites ont rallié des régions chiites et kurdes, ce qui pourrait être une source de tensions confessionnelles.

Pour apaiser les populations principalement sunnites des territoires dévastés par les combats, le gouvernement doit en outre montrer sa volonté de reconstruire. Mais l'état des finances publiques ne le permet pas.

Dans cette guerre qui ruine son présent et compromet son avenir, l'Irak perd également un peu de son passé. L'EI a ainsi infligé des destructions à des sites archéologiques renommés comme Nimroud et Hatra et se livre à un pillage d'antiquités pour financer ses opérations. Le gouvernement a répondu modestement, en rouvrant le musée de Bagdad pillé en 2003 lors de l'invasion américaine.

 

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