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Santé

« Ebola va revenir », met en garde un pionnier de la lutte contre le virus

Pionnier de la lutte contre Ebola, le professeur Jean-Jacques Muyembe, chercheur congolais, met l'accent sur la nécessité d'éradiquer l'épidémie en Afrique de l'Ouest, sous peine de devenir une menace mondiale.
C'est en 1976 qu'il a commencé à enquêter sur le virus. Cette année-là, il rentrait dans son pays après avoir obtenu un doctorat de l'Université de Louvain, en Belgique, quand est survenue une mystérieuse épidémie à Yambuku, dans le nord du Zaïre, qui deviendra la RDCongo.
« Il y avait beaucoup de morts et le ministre de la Santé m'avait demandé d'aller enquêter », raconte-t-il lors d'un entretien avec l'AFP. Au vu des malades, il a pensé à la fièvre typhoïde mais voulait en avoir le cœur net. « J'ai fait des prélèvements, je n'avais pas de gants ni de vêtements de protection », se souvient-il. Il rentre en urgence à Kinshasa, accompagné d'une religieuse belge fiévreuse.
C'est le sang de cette dernière, expédié dans une glacière de fortune à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers, qui permet à Peter Piot d'identifier ce virus, baptisé du nom d'une rivière proche du lieu de la première épidémie : Ebola.
« Puis ça a été le silence complet, jusqu'en 1995 », indique le Pr Muyembe. Cette année-là, on l'appelle à Tikwit, dans le sud de la RDC, pour une épidémie de diarrhée sanglante qui décime population et personnel médical.
« J'ai examiné une religieuse italienne et j'ai vu des signes qui m'ont rappelé l'épisode de Yambuku », explique-t-il. Menant l'enquête, il découvre que la contamination « a eu lieu en salle d'opération, donc avec le sang du malade ».
Comprendre que le virus se transmet par les fluides corporels constitue une étape-clé. « À partir de ce moment, nous avons mis au point des stratégies de lutte contre la maladie, en isolant les malades, en suivant leurs contacts et en mobilisant les communautés, indique-t-il. Ce sont ces stratégies qui sont aujourd'hui pratiquées par l'Organisation mondiale de la santé. »
Malgré son expérience, le Pr Muyembe a été « surpris » par la propagation fulgurante du virus ressurgi fin 2013 en Guinée forestière. « Dans notre esprit, les épidémies d'Ebola étaient vite maîtrisées », confie-t-il, rappelant que la RDC avait déjà fait face à sept épidémies. « Ces pays croyaient qu'Ebola était pour l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Est. Ils n'étaient pas préparés », poursuit l'expert.
L'épidémie est désormais « finie » en Sierra Leone et sera bientôt « jugulée » au Liberia, estime le Pr Muyembe. Reste le problème de la Guinée, « où de nouveaux cas apparaissent ». « Il faut retrouver les derniers cas, parce que si la maladie devient endémique, ce sera terrible pour le monde entier », insiste-t-il.
Et de conclure : « Dans dix ou vingt ans, cette épidémie va revenir, et il faut qu'on soit préparés, met-il en garde. Ebola peut frapper n'importe où. Nous devons être vigilants. Les États-Unis et l'Europe doivent comprendre que leur écran, c'est l'Afrique. Il faut y équiper les laboratoires et les centres de recherche, pour arrêter le danger à temps. C'est la leçon que nous devons tirer de cette épidémie. »

Pionnier de la lutte contre Ebola, le professeur Jean-Jacques Muyembe, chercheur congolais, met l'accent sur la nécessité d'éradiquer l'épidémie en Afrique de l'Ouest, sous peine de devenir une menace mondiale.C'est en 1976 qu'il a commencé à enquêter sur le virus. Cette année-là, il rentrait dans son pays après avoir obtenu un doctorat de l'Université de Louvain, en Belgique, quand est survenue une mystérieuse épidémie à Yambuku, dans le nord du Zaïre, qui deviendra la RDCongo.« Il y avait beaucoup de morts et le ministre de la Santé m'avait demandé d'aller enquêter », raconte-t-il lors d'un entretien avec l'AFP. Au vu des malades, il a pensé à la fièvre typhoïde mais voulait en avoir le cœur net. « J'ai fait des prélèvements, je n'avais pas de gants ni de vêtements de protection », se souvient-il. Il...
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