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Culture - Reportage

Avec Yasmine Hamdan, en coulisses et dans la salle...

En pleine tournée mondiale, Yasmine Hamdan fait un détour par Beyrouth, à The O1NE House of Entertainment, pour un concert très attendu en ce dimanche de mai. « L'Orient-Le Jour » a suivi la chanteuse libanaise en coulisses, dans l'après-midi et avant le spectacle.

yasmine Hamdane.

Celle qui pose en faisant la moue, parfaite adolescente boudeuse, sur son dossier de presse, est beaucoup moins maniérée en réalité. Accessible et décontractée, Yasmine Hamdan arrive au O1NE à 15h30. La chanteuse est accompagnée par son cousin Mohammad Hamdan, l'un des agents qui gère son timing serré. Le soundcheck va finalement prendre plus de temps que prévu. « Il faut bien s'adapter à la salle », glisse le batteur en souriant. Yasmine grommelle à propos de ces 30 minutes de répétition en moins. Mais elle doit bien s'adapter.
Après plusieurs dates de concert en Allemagne, elle est ravie de retrouver, pendant 4 jours, ce Liban qu'elle aime tant. Il faut alors profiter de ce court laps de temps pour voir parents et amis, et déguster la cuisine du pays du Cèdre. Aussi, hors de question de s'enfermer à l'intérieur alors qu'il fait un soleil radieux et que la mer est à deux pas. Sans parvenir à mettre les pieds dans l'eau, l'interview improvisée se déroule alors dans un chantier poussiéreux attenant à la discothèque.

 

 

 

 

« Une sorte de traumatisme »
Dix ans après son départ et son emménagement à Paris, l'idée de revenir habiter au Liban l'effleure quelquefois. Mais le climat politique instable la trouble et l'empêche de créer sereinement. « Ne me parlez pas de l'actualité politique libanaise de ces derniers jours, cela risque de me déconcentrer », demande Yasmine Hamdan, quelques heures avant d'entrer sur scène. « J'ai toujours envie de partir. C'est un problème récurrent depuis mon enfance, une sorte de traumatisme, j'ai beaucoup de mal à m'installer pour de bon dans une ville », concède-t-elle.
Il n'en reste pas moins qu'elle a réussi à créer leur « cocon » parisien avec son mari, le réalisateur palestinien Elia Suleiman. « Nous sommes devenus un peu casaniers en prenant de l'âge, mais cela ne nous empêche pas de sortir, de faire la fête, parfois toute la nuit. Nous aimons Paris, moins anxiogène que Beyrouth », avoue-t-elle. Il faut dire qu'ils risquent bien moins de croiser des personnes qu'ils connaissent à tous les coins de rue...

 

Dans des ghettos
S'il y a bien une chose qui ne varie pas, c'est sa fierté d'avoir fondé le groupe Soapkills, le duo qu'elle formait avec Zeid Hamdan. En 1997, la scène underground beyrouthine émerge tout juste. Yasmine Hamdan vient de fêter ses 21 ans. « On était un peu des enfants prématurés, c'était très fun, presque absurde et surréel. » Mais, en 2005, le duo pionnier se fracasse sur la réalité. « Nous n'avions pas d'étiquette sur le front. On était inclassables, nous étions ni un groupe anglo-saxon, ni un groupe arabe ou de world music, mais on était tout ça à la fois » se souvient-elle. « On ne savait pas dans quelle étagère nous ranger à la Fnac. Je me suis tout pris en pleine figure, car j'ai réalisé qu'on était ghettoïsés par les maisons de disques » déplore la chanteuse.
Quand on la tance sur l'aspect commercial de la sortie du best-off de Soapkills, elle répond simplement qu'elle veut encore faire rayonner le groupe et faire connaître leurs premiers albums entièrement conçus à la Do It Yourself. L'aventure Soapkills appartient bel et bien au passé. Mais à chaque fois que la chanteuse est de passage à Beyrouth, Zeid n'est jamais loin. Il l'accompagne ce soir pour un morceau.
Il n'en reste pas moins que Yasmine Hamdan aime toujours provoquer. Créer à la fois un engouement et des résistances : ce sont justement ces zones de frottements qui l'intéressent.

 

Cognac et bad trip
17h15, l'heure du soundcheck sonne enfin. Frigorifiée par la climatisation, vêtue d'un foulard et de sa veste en cuir, la chanteuse s'échauffe doucement la voix. Sa tournée va encore durer quatre ou cinq mois, mais elle pense déjà au break. Elle a besoin d'un temps réservé pour enregistrer le successeur de son premier album solo, Ya Nass (2013). Après la folie roots de la tournée et les frites ingurgitées sur le pouce, il faudra faire place à une nouvelle période de doutes et prendre le temps de tâtonner. « Une fois ce processus lancé, cela peut aller très vite. J'ai déjà les morceaux en tête, mais les chansons sont comme les amitiés, il faut attendre de voir celles qui vont survivre au temps. »
Quelques minutes avant d'entrer sur scène, Yasmine Hamdan fait de la méditation et des étirements, « pour me vider le corps et l'esprit ». D'autant qu'elle est une anxieuse de nature. Elle a besoin d'un shot de vodka pour se détendre. Que de l'alcool blanc, parce que si c'est du cognac, « je fais un bad et je vois tout en noir »...
Mercredi, la chanteuse quittera à nouveau Beyrouth pour jouer au festival de musique Primavera à Barcelone. Un rêve de gamine qu'elle réalise. Yasmine Hamdan retrouvera là-bas ses amis Howe Gelb du groupe américain Giant Sand et Steve Shelley (batteur de Thurston Moore, ancien de Sonic Youth). Et elle enfilera une nouvelle fois son costume d'ambassadrice de la musique underground libanaise. Et elle aime ça.

 

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Photo O1NE House of Entertainment

Après une belle performance au Music Hall Waterfront l'an dernier, Yasmine Hamdan avait la rage de (re)convaincre l'auditoire du O1NE House of Entertainement hier soir. Avec une entrée en matière neurasthénique, le pari n'était pas gagné d'avance. Pourtant la noirceur des lignes de basse – qui rappellent tantôt des Black Keys n'ayant pas envie de rire ou encore The Cure – provoquent de sévères démangeaisons de pogos. Le public de trentenaires réuni hier tape du pied et dodeline autant qu'il peut, mais pas de bleus à l'horizon. C'est un pogo intérieur, entre cœur et côtes. Même si cela ne fonctionne pas pour chaque morceau, la chanteuse est touchante tellement elle parle avec ses tripes. Avec la mélancolique « Beirut », que le public demandait avec insistance, la brune dévoile l'étendue de son pouvoir d'envoûtement. La mécanique maléfique étant enclenchée, suivent les lynchiennes « Samar » et « Enta Fen, Again ». Les trois musiciens qui l'accompagnent sont en costard. Au centre de la scène, la muse diabolique est entièrement vêtue de noir. On ne voit qu'elle. Notamment lorsqu'elle chante « Hal », le morceau qui l'a fait « exploser » à l'étranger grâce à sa performance dans le film de Jim Jarmusch, « Only Lovers Left Alive ». Les mouvements sont fluides, les déhanchements lascifs et prononcés. Mais lorsque Yasmine Hamdan chasse le blues, il revient au galop, avec « Bala Tantanat ». Le public n'est pas des plus démonstratifs, le regard de la chanteuse se noircit alors. Jusqu'à l'arrivée de l'ancienne moitié de Soapkills sur scène. Dix ans après, voir Zeid (l'autre Hamdan) et Yasmine ensemble (chanter « Aranis w Koullou Ndif») est toujours un moment spécial. Pour eux comme pour nous.

 

 

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