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Culture - Concert

En plein(e) Lumi(ère), enfin !

Le groupe électro-rock libanais offrait son premier concert depuis sa reformation il y a deux ans, dans le cadre du festival Common Fest à la Magnanerie de Sed el-Bauchrieh. Coulisses d'un retour fracassant et mérité.

Photos Myriam Boulos

De l'eau parfumée au gingembre et des biscuits au soja, voilà ce qui réconforte Mayaline Hage quelques minutes avant de monter sur la scène de la Magnanerie, dans le cadre du Common Fest. Le temps des excès est donc bien terminé pour la chanteuse et désormais guitariste du groupe Lumi. Qu'elle forme avec l'homme-orchestre Marc Codsi. Les deux trentenaires ont bel et bien tourné la page dans leurs vies respectives. « Avoir laissé de côté l'aspect destroy nous permet d'avoir une autre approche de la musique, un autre rapport à la vie. Nous nous mettons davantage au service de ce que nous faisons », estime sereinement Mayaline Hage. Ses membres blindés par les épreuves de la vie, le retour du duo est mûrement réfléchi et n'a rien de précipité. Tout le contraire de l'ancien Lumi, affirment-ils.

Lumi, formé pendant l'été 2005, avait vu les concerts s'enchaîner à une vitesse folle. Sa popularité avait subitement explosé Le puissant label EMI Arabia avait même choisi de produire le premier album. « On s'est retrouvé à faire un concert pour Richard Branson (le PDG de l'empire Virgin) à Dubaï. Je ne savais pas qui était ce mec ! J'avais seulement 24 ans, je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait ! » s'étonne encore la musicienne. Passé leur premier album, ils se séparent et disparaissent de la circulation. Trop vite, trop fort, trop haut pour deux « gamins » torturés. Les hasards de la vie les amènent à se recroiser en 2012 et une évidence s'impose alors : jouer ensemble, de nouveau, devient inéluctable.

22h15, il est temps de se lancer et de présenter le nouveau Lumi. Douze morceaux tout neufs à faire découvrir à un public impatient et une mue artistique à assumer. La gorge doit être nouée, mais rien ne transparaît. Après une longue ouverture krautrock, composée de répétitions hypnotiques inspirées par le groupe berlinois Einstürzende Neubauten, place à la dansante Dream About. Cette pop 60's délurée gonflée aux synthétiseurs est d'une efficacité désarmante. Les deux musiciens se regardent peu, ils n'en ont pas besoin, l'alchimie entre ces deux-là fait partie de l'ADN du groupe.

 


Sur scène, le tentaculaire Marc Codsi gère trois synthés, une boîte à rythme et une basse. Mayaline Hage est davantage statique, les pieds profondément ancrés sur les planches, guitare en bandoulière, son dernier joujou qu'elle adore. Le groupe affirme ainsi sa volonté de laisser de côté les logiciels pour donner la primeur aux instruments. La chanteuse a même appris à maîtriser la guitare électrique pendant cette dernière année. Aussi comprend-on tout l'amour que le duo porte à Sonic Youth tant leur musique transpire le postrock nerveux. Mayaline Hage prend même des postures à la Kim Gordon...

Avec une rythmique de basse qui fait penser au nonchalant Baxter Dury et son refrain neurasthénique, Two Swords est un autre tube en puissance de leur futur album. Aujourd'hui, ils n'hésitent plus à dévoiler, sans aucun fard, leur mélancolie. Aussi, le duo n'a plus peur des critiques et leurs grands écarts musicaux deviennent jouissifs. Certains morceaux new-wave anxiogènes rappellent les grandes heures de Siouxsie and The Banshees et de la trop oubliée Lene Lovich. D'autres penchent vers la douce folie pop du duo belge Vive La Fête.
Ce soir-là, Mayaline Hage et Marc Codsi sont ressortis d'un tunnel de cinq années sombres – pendant lesquelles ils ne se parlaient plus – comme pour mieux se retrouver. Sur scène. Un retour osé avec une quinzaine de morceaux qui sont autant d'appels à l'émeute. Un virus autant jovial que lynchien qui se répand à une vitesse scandaleuse.

Douze chansons de leur prochain – et second album – restent à enregistrer. Sans date précise pour l'instant. Mais une chose est sûre : Lumi promet de revenir sur une scène beyrouthine en juillet, avant d'enchaîner quelques dates au Moyen-Orient et de s'attaquer à l'Europe dès l'automne. Et cette fois, ils ne se louperont pas.


Common Fest Beyrouth

Organisé au sein de la Magnanerie de Jdeidé, le festival se veut comme un pont entre Berlin (où le concept a été lancé) et Beyrouth. Parmi les différents stands, une exposition-ouverture sur de jeunes artistes peintres européens. L'ambiance générale est policée, feutrée et bohème. Il faut dire que les consommations, brunchs ou dîners sont proposés à des prix un peu décourageants. Ouverture les 9 et 10 mai dès 10 heures du matin. Jusqu'à minuit.

 


De l'eau parfumée au gingembre et des biscuits au soja, voilà ce qui réconforte Mayaline Hage quelques minutes avant de monter sur la scène de la Magnanerie, dans le cadre du Common Fest. Le temps des excès est donc bien terminé pour la chanteuse et désormais guitariste du groupe Lumi. Qu'elle forme avec l'homme-orchestre Marc Codsi. Les deux trentenaires ont bel et bien tourné la page...

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