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Culture

Zeid Hamdan, citoyen du monde

Atelier d’artiste

Le producteur-compositeur beyrouthin a ouvert les portes de son studio le temps d'une journée. Rencontre.

Brice LAEMLE | OLJ
26/08/2014

Zeid Hamdan est un compositeur touche-à-tout qui a la bougeotte. «Un pionnier sans qui la scène underground et alternative beyrouthine n'aurait pas existé de cette manière», disent ceux qui le côtoient. En vingt ans de carrière, il a accompagné et developpé la musique orientale et le trip-hop en participant à Soapkills, la pop moderne et le rock progressif avec The New Government, l'électro-pop avec Zeid and the Wings, et collaboré avec plusieurs dizaines de musiciens libanais et étrangers. «Aujourd'hui il n'y a plus de frontières entre les genres. Je ne veux pas m'ancrer dans un style car je m'y ennuie aussitôt. Ce ne sont pas des projets, ce sont des amis que j'ai rencontrés au fil de la vie, des gens qui m'inspirent. Certaines relations durent parfois longtemps, d'autres quelques semaines, mais j'ai toujours eu soif de flirter avec les personnes et les styles.» Depuis qu'il est devenu père l'an dernier, l'homme dit avoir trouvé un équilibre à travers sa famille et être «en paix avec lui-même». Mais, derrière sa voix apaisante et son amabilité se cache un anticonformiste – à la limite du punk – dans sa volonté immuable d'insubordination.

 

 


Une transgression qui lui a coûté une arrestation de vingt-quatre heures, en 2011, suite à sa chanson General Suleiman, dans laquelle il critiquait l'ex-chef de l'État. Le chanteur assume sa volonté de dire tout ce qui lui passe par la tête, quitte à provoquer. «Je fais de la musique comme je ferais une thérapie. Je n'ai pas envie de me mentir, encore moins de m'autocensurer.» Sur un tempo reggae, Zeid Hamdan dénonçait le militarisme et la corruption au Liban. «Les années passant, cette chanson a encore plus de portée et de sens. Pas seulement au Liban, mais en Égypte, par exemple, où les militaires ont repris le pouvoir. Les généraux doivent être des héros, servir leur pays, mais ils ne doivent pas s'impliquer dans la vie politique», réaffirme-t-il calmement. Progressiste, il se mobilise contre la xénophobie et l'homophobie, pour la laïcité, pour Gaza et plus largement pour la paix, mais l'artiste ne souhaite pas pour autant être engagé. Il dit simplement se questionner et soutenir ce à quoi il croit, «comme n'importe quel citoyen».

 

 

Un ovni à Beyrouth
Parfois, l'artiste aime se filmer avec un petit appareil photo et se mettre à tourner – tel un derviche – dans divers endroits. C'est ce qu'il nomme des «farandoles». «J'adore passer pour un extraterrestre dans un milieu étranger. Comme ce jour de 2005 où je descends dans la rue à Furn el-Hayek et qu'une manifestation violente a lieu en raison des caricatures de Mahomet. J'apprécie ce décalage entre mon visage impassible et la tension de la foule tout autour de moi», avoue-t-il malicieusement.
«On a formé le groupe Soapkills au moment où le Liban sortait de sa torpeur, explique la chanteuse Yasmine Hamdan. Le pays était en phase de transition, tout était nouveau et donc possible. Mais on devait absolument tout improviser, créer et organiser une contre-culture.» «Zeid était assez fort pour créer de l'espoir et rassembler autour de lui. Il mettait toute son énergie pour inventer et ouvrir de nouvelles perspectives», affirme Yasmine Hamdan, que l'on a aussi vue apparaître dans le dernier film de Jim Jarmusch, Only Lovers Left Alive.

La musique pour s'assumer
Au fil des rencontres et des coups de cœur, le compositeur est aussi devenu producteur. Zeid Hamdan croit fermement à l'absence de frontières. Ses projets avec les Égyptiennes Maryam Saleh et Maii Waleed, mais aussi la Koweïtienne Hiba Mansouri et le Malien Kandia Kouyaté sont autant de preuves de sa volonté d'abolir les barrières nationales, sociales, religieuses ou même continentales.
«J'ai été complexé par mon poids pendant toute mon adolescence, jusqu'au moment où la musique m'a aidé à m'assumer. Elle m'a permis de transcender l'aspect physique, de m'ouvrir sur les autres et sur l'ailleurs», confesse l'ancien timide. Ses collaborations avec les autres artistes le nourrissent et il avoue en être dépendant. «Ils me cultivent et chaque nouvelle rencontre me permet de changer de carapaces, de m'enrichir.»
Zeid Hamdan voit la musique «comme un jeu», mais il doit bien en vivre. Pour cela, il a créé la plateforme Lebanese Underground sur laquelle il réunit les différents projets (auxquels il a collaboré) et ses coups de cœur. «Nous ne sommes diffusés ni à la radio ni à la télé. Nous existons grâce à l'Internet et nous nous produisons dans de petites salles», concède-t-il pour justifier l'aspect «underground».

Un grand enfant
Le producteur-compositeur est né à Beyrouth au tout début de la guerre, en 1976. Il fait ses études dans un collège huppé du 16e arrondissement de Paris. Adolescent, il passe son temps à se battre avec Ribal el-Assad, l'un des neveux du président syrien. Une sorte de reconstitution de ce qui se passe entre les deux pays, à l'échelle d'une cour de récréation. Ce collège devient un lieu de rencontre hors norme qui lui permet de s'ouvrir aux autres. « Il y avait des fils d'ambassadeurs, mais aussi des personnes modestes. Toutes les couches sociales, les origines, les religions étaient mélangées! Cela m'a fait grandir d'une manière extraordinaire et m'a inspiré sur le mode de vie que je voulais mener», s'enorgueillit le compositeur qui approche la quarantaine.

 


Après le bac, il est accepté à l'université californienne UCLA pour des études de cinéma, mais les frais sont au-dessus de ses moyens. Encore aujourd'hui, il rêve secrètement du 7e art. Alors, parfois, il écrit des scénarios et réalise les bandes originales des films de ses amis, notamment Danielle Arbid (Beirut Hotel en 2012) ou Élie Khalifé (Yanoosak en 2009). Mais, actuellement, Zeid Hamdan n'a de place que pour la musique et sa famille. Il travaille sur le premier album du Palestinien Rakan Suleiman et, ce producteur-arrangeur qu'il est, devient rayonnant – comme un grand enfant – lorsqu'il écoute la musique de son dernier protégé.

 

Pour mémoire
Zeid Hamdan, musicien engagé contre « les forces du mal »

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