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Économie

L’inertie politique est une menace pour l’économie libanaise, avertit le FMI

Finances publiques

À l'issue d'une mission d'une dizaine de jours à Beyrouth, les experts du Fonds monétaire international appellent les autorités libanaises à un sursaut, les avertissant que la légendaire capacité du pays à résister à tous les chocs ne le met pas forcément à l'abri d'un revirement soudain de confiance.

S. R. | OLJ
15/05/2015

La déclaration du Fonds monétaire international publiée hier à l'issue d'une mission au Liban résonne comme un avertissement : « L'inertie politique coûte de plus en plus cher à l'économie libanaise et (...) menace la résilience du Liban. »
Les autorités libanaises devraient réagir sans plus tarder, estiment les experts internationaux qui étaient à Beyrouth du 29 avril au 12 mai dans le cadre des consultations annuelles dites de l'article IV de la charte du FMI. Car s'il a « une réputation méritée pour sa capacité à absorber les chocs, le Liban est désormais confronté à un environnement exceptionnellement difficile », lit-on dans le résumé de leurs conclusions et de leurs recommandations en attendant un rapport plus complet à venir.
Bien que leur nombre se soit stabilisé, la présence des réfugiés syriens, qui représentent plus du quart de la population, a un impact négatif sur la pauvreté et le chômage, et exerce une pression sur des finances publiques déjà en mauvaise santé, estime le FMI. « Le Liban continuera d'avoir besoin d'une assistance internationale importante, car il ne peut pas, seul, assumer les coûts liés à cette crise. »

Une embellie en trompe-l'œil
Le coût de l'incapacité du Liban à adopter les politiques publiques nécessaires se mesure, selon le FMI, par des résultats « décevants » en termes de croissance. Cette dernière arrivera péniblement à 2 % en 2015, stable par rapport à 2014, selon ses projections qui auraient toutefois été « nettement inférieures sans l'impact exceptionnel de la chute des cours du pétrole ». De même, ce sont des « facteurs exceptionnels » qui ont fait apparaître un excédent budgétaire primaire en 2014 de 2,5 % du PIB, à savoir « des transferts exceptionnellement élevés du ministère des Télécoms et, dans une certaine mesure, des arriérés de paiement ». Le FMI estime que cette embellie ne durera pas, puisqu'il prévoit un déficit primaire de près de 1,25 % du PIB en 2015 et une dette publique à 132 % du PIB, ce qui est « très élevé selon les normes internationales ». Les experts rappellent en outre que la confiance sur laquelle repose le modèle économique libanais ne peut être considérée comme un acquis inébranlable, étant donné l'environnement international actuel. Or c'est grâce à cette confiance que le déficit courant du Liban – estimé à 25 % du PIB en 2014, une « vulnérabilité évidente » – est compensé par des flux de capitaux provenant d'investisseurs étrangers et de Libanais de la diaspora. « Ces flux sont historiquement soutenus (...) cependant le rythme de croissance des dépôts est en train de ralentir. Un changement décisif en matière de politique publique est donc indispensable pour consolider la confiance. »


(Pour mémoire : Le Liban sera l'un des principaux bénéficiaires de la baisse des prix du cours du brut, selon le FMI)

 

Risqué, coûteux et injuste
Même s'il rappelle que le Liban « n'est pas en crise », le FMI enjoint les autorités à « sortir de la paralysie politique actuelle ». Il leur recommande une stratégie fondée sur un ajustement budgétaire d'autant plus « essentiel » que l'environnement local et international sera moins favorable à l'avenir. « Ignorer la nécessité d'un rééquilibrage budgétaire est risqué, coûteux, et injuste, écrivent les experts. Risqué, car miser sur les afflux de dépôts pour financer une dette en constante augmentation exacerbe l'exposition de l'économie à des retournements soudains de confiance (...). Coûteux, parce que les taux d'intérêt vont inévitablement repartir à la hausse. Et injuste, car les intérêts sur la dette vont atteindre 12 % du PIB (40 % des dépenses publiques) à moyen terme, exerçant un effet d'éviction sur les investissements publics et les programmes sociaux pourtant essentiels ; et bénéficiant aux détenteurs de dettes au détriment des catégories sociales moins favorisées. »

Hausse des impôts
L'ajustement que préconise le FMI repose sur une augmentation des revenus de l'État et une rationalisation de ses dépenses. Du côté des recettes, « pour que tous les secteurs économiques partagent équitablement le fardeau fiscal », il plaide pour l'instauration d'un impôt sur la plus-value immobilière, la hausse de l'impôt sur les intérêts du capital et la hausse de l'impôt sur les sociétés. Les experts internationaux recommandent d'annuler l'exemption de TVA sur le diesel pour profiter de la chute des cours ; d'augmenter « modestement » la TVA d'un point de pourcentage ; et de rendre plus transparents et réguliers les transferts du ministère des Télécoms. Un tel rééquilibrage budgétaire devrait permettre à la Banque du Liban de se « désengager de son rôle d'intermédiaire entre l'émetteur souverain et les banques (...) et l'inciter à cesser ses opérations quasi budgétaires afin de renforcer son bilan à moyen terme ».
Enfin, le FMI insiste sur l'importance pour le Liban de définir un nouveau modèle de croissance « moins volatile, plus dynamique et plus inclusive », car, même lorsqu'ils fonctionnaient à plein régime, « les moteurs traditionnels de l'activité n'ont pas réussi à produire la croissance riche en emplois nécessaire à une stabilité sociale durable ».

 

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