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Économie - Rapport

Le commerce libanais n’a pas vraiment souffert du conflit syrien

La dernière édition du rapport semestriel de la Banque mondiale évalue pour la première fois l'impact de la guerre en Syrie sur le commerce libanais. Selon cette étude, le Liban a moins pâti du conflit que les autres pays voisins, tant au niveau des exportations que des importations.

Selon le rapport, le conflit syrien a permis aux exportateurs libanais de compenser la perte de production locale.

En dépit des infrastructures détruites, de l'effondrement de la production locale et des déplacements massifs de population, les quatre années de conflits en Syrie n'ont pas significativement impacté le commerce libanais. Tel est le constat dressé dans le dernier rapport semestriel de la Banque mondiale. « Ce rapport constitue la première étude sur l'impact de la guerre en Syrie sur le commerce libanais. Les données analysées jusqu'au second semestre 2014 montrent, qu'à ce stade, la guerre civile syrienne a eu un effet mitigé sur le commerce libanais et que ce dernier a été moins impacté que celui des autres pays voisins », résume son auteur Massimiliano Cali lors de sa présentation, lundi, au Crowne Plaza de Beyrouth.
D'après les données agrégées dans le rapport, les exportations libanaises de biens ou de services au niveau global ne semblent pas significativement avoir pâti du conflit sur la période étudiée. Certes, le rapport relève bien une chute de 25 % des exportations totales de marchandises (hors carburant) entre 2012 et 2014, à 3 milliards de dollars. Toutefois, ses auteurs considèrent que cette baisse n'est pas imputable à la guerre en Syrie dans la mesure où elle s'expliquerait essentiellement par les fluctuations du marché des pierres et métaux précieux, qui constituent traditionnellement le premier poste à l'exportation du pays et ne sont pas destinés à la Syrie. De fait, d'après les chiffres des douanes libanaises, l'exportation de pierres et métaux précieux a connu la plus forte baisse (-63 %) enregistrée entre 2011 et 2014. En outre, les exportations officielles de marchandises vers la Syrie ne semblent pas non plus avoir été ébranlées de manière conséquente : selon les chiffres des douanes, leur valeur totale (hors produits pétroliers) a chuté de 3 % entre 2011 et 2014, à 255 millions de dollars.

Effet de substitution à la production syrienne
Certes, le rapport note bien que les exportateurs traditionnels de marchandises vers la Syrie ont payé un réel tribut au conflit. « Sur la période d'avant-guerre jusqu'à 2012, (ils) perdaient en moyenne 90 000 dollars, soit un quart de leurs exportations d'avant-crise », note son auteur, avant de nuancer : « Ce chiffre n'est en rien comparable aux 340 000 dollars de pertes moyennes subies par les exportateurs jordaniens (soit environ trois quarts de leurs exportations en 2010). » De même, le rapport souligne que les Libanais qui utilisaient la Syrie comme voie de transit pour l'exportation de leurs marchandises vers les pays arabes – soit environ 20 % des exportations libanaises – ont été particulièrement touchés. L'étude indique ainsi que les entreprises utilisant la Syrie comme voie de transit ont connu une perte moyenne de 68 000 dollars en 2012 par rapport à la valeur de leurs exportations utilisant la même route en 2010. Mais, note le rapport, une grande partie de ces exportations effectuées par voie terrestre, à travers les postes de Masnaa et d'Abboudié notamment, auraient été réorientées vers le port de Beyrouth, qui absorbait ainsi 44 % de la valeur totale des exportations en 2013, contre 28 % en 2012.
Surtout, le rapport observe que la guerre en Syrie a aussi profité à de nombreux exportateurs libanais, qui ont bénéficié de l'effondrement de la production locale pour lui substituer leurs propres marchandises. De nombreuses sociétés qui n'exportaient pas vers la Syrie avant la guerre ont ainsi commencé à le faire en 2012 pour se saisir de ce type d'opportunités. D'après l'étude, cet effet de substitution semble assez important pour compenser les retombées négatives de la guerre sur les exportations d'avant-crise, alors qu'il est beaucoup plus limité dans des pays comme la Jordanie. L'effondrement de la production syrienne n'a toutefois naturellement pas bénéficié à tout le monde : si les boissons, le tabac ou le blé ont vu leurs exportations décoller ; des produits comme les machines-outils, les produits pétroliers et autres biens industriels de consommation intermédiaire ont, eux, subi un impact nettement négatif.

Effet multiplicateur des réfugiés
Quant aux importations nationales de marchandises, un certain ralentissement a été enregistré après 2011, l'augmentation de la demande entraînée par la présence des réfugiés syriens n'ayant pas totalement compensé la hausse des coûts à l'importation provoquée par le conflit. Un facteur qui, conjugué à l'effondrement de la production locale, s'est naturellement traduit par une chute vertigineuse des importations de biens depuis la Syrie : elles ont reculé de 60 % entre 2011 et 2014, à 125 millions de dollars.
L'une des conclusions les plus surprenantes du rapport réside en définitive dans l'appréciation des exportations de services – 4 à 5 fois plus importantes que celles de marchandises pour le pays – relevée depuis le début du conflit. Ayant analysé le chiffre d'affaires des services au niveau local et les données des investissements étrangers, la Banque mondiale conclut que les exportations de services étaient à la hausse depuis 2011, sans toutefois évaluer l'ampleur de cette hausse. Un constat qui rejoint des études internationales sur le sujet, mais contredit nettement une étude de la Banque du Liban citée dans le rapport et faisant état d'une chute de plus de 20 % de l'exportation totale de services entre 2011 et 2013. « Les réfugiés syriens ont joué un véritable rôle d'impulsion des exportations de services libanais, car ils génèrent de la demande interne et créent un lien facilitant la substitution de services syriens par des services libanais », explique Massimiliano Cali. Selon la Banque mondiale, une augmentation de 1 % du nombre de réfugiés enregistrés au Liban se traduirait au bout de deux mois par une hausse de 1,6 % des exportations de services.

 

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