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Liban

Le secteur forestier, un espace à conquérir pour les femmes

Environnement

Un programme régional vise à s'assurer que les questions du « genre » sont prises en compte dans le secteur d'aménagement des forêts dans la région Mena.

02/04/2015

« Quand on interroge les hommes sur l'égalité des sexes au travail, ceux-ci affirment qu'elle existe et qu'ils ne constatent aucun problème à ce niveau. Les femmes, de leur côté, apportent une réponse différente : quand leurs maris, ou tout simplement leurs collègues masculins, se réveillent pour se rendre au travail, cela fait deux heures qu'elles sont sur pied pour gérer les affaires de la famille. Idem le soir quand elles rentrent. » Heidi Beloud travaille au sein du projet de la GIZ (Agence allemande de coopération) sur l'adaptation au changement climatique au niveau des forêts, dans la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Rencontrée au cours de la quatrième semaine forestière à Barcelone, elle dit s'être particulièrement intéressée au « genre » quand il est devenu clair qu'il y avait un besoin à ce niveau.
« Il y a deux facettes au problème du genre (discrimination basée sur le sexe) dans le secteur forestier, explique- t-elle. D'une part, il est important d'intégrer les femmes dans les administrations forestières, aujourd'hui majoritairement masculines. À titre d'exemple, dans l'administration forestière marocaine, le taux des femmes ne dépasse pas les 14 %, ce qui est très faible. De plus, des études menées sur le sujet montrent que les administrations mixtes sont beaucoup plus performantes. D'un autre côté, il y a les femmes rurales, en d'autres termes usagères des ressources forestières, dont il faut comprendre les besoins afin de mieux cibler les projets locaux. »

 

(Lire aussi : Plaidoyer pour une véritable gestion des forêts)


Le programme dont fait partie Heidi Beloud prend des mesures pratiques pour régler ces différents problèmes. « Pour soutenir les femmes dans l'administration, nous avons lancé des projets d'institutionnalisation de l'égalité du genre, dit-elle. Ce sont des projets qui tournent autour de plusieurs axes, notamment l'intégration de la notion du genre et la discrimination positive. Pour le personnel de l'administration, on organise des sessions de sensibilisation. »
« Souvent, poursuit-elle, les équipes ne sont pas conscientes de la discrimination exercée à l'encontre des femmes. » Elle cite l'exemple de réunions tenues l'après-midi au lieu du matin, ce qui est moins pratique pour les femmes devant s'occuper d'une famille, ou encore la nécessité de donner plus souvent la parole aux femmes qui, dans ce domaine, auraient tendance à s'exprimer moins que leurs collègues masculins.
Le programme a donc lancé des sessions de formation pour le leadership au féminin, au cours desquelles ces femmes ont l'occasion d'acquérir de l'assurance et de réfléchir à leur carrière et leur vie de famille. Le programme s'intéresse aussi à une réforme des ressources humaines, pour s'assurer que les appels à candidatures, les formations continues et les promotions n'excluent pas les femmes. C'est « un travail de longue haleine », constate Heidi Beloud, puisqu'il implique « des changements sociaux ».

 

(Lire aussi : Les forêts, victimes et acteurs du changement climatique)

 

« Intérioriser le changement »
La discrimination, Asma Mhamdi ben Mabrouk, directrice exécutive de l'Association de soutien à l'autodéveloppement (Asad, Tunis), l'a bien expérimentée. « Dans la région où travaille mon association, nous avons été un vecteur de changement, déclare-t-elle. Nous avons œuvré pour que les femmes soient plus présentes dans les administrations, notamment pour l'aménagement des bassins versants. Nous sommes partis du principe qu'il fallait associer les femmes au processus de réflexion, et non seulement au niveau de la mise en œuvre. »
Dans des projets de gestion de bassin versant, les femmes étaient souvent écartées du processus de participation à la recherche de solutions, surtout parce que les équipes travaillant sur l'aménagement des territoires et sur la foresterie sont majoritairement formées d'hommes. Asma Mhamdi ben Mabrouk, qui a lutté pour l'intégration des femmes dans ce processus, a dû mettre les bouchées doubles pour réussir à mener à bien sa tâche : d'une part, les femmes rurales ayant plus de contraintes que les hommes, il lui a fallu effectuer bien plus de déplacements que ses collègues masculins. D'autre part, il lui a fallu se réunir avec ces femmes plus d'une fois en vue de dégager des discussions productives au niveau des idées et des propositions.
« Concrètement, j'ai bataillé pour maintenir le rythme avec les femmes, pour inclure toutes leurs propositions, malgré les critiques de mes collègues masculins sur la lenteur du processus, raconte-t-elle. Au final, les propositions d'aménagement venant des femmes étaient beaucoup plus intéressantes. »
Asma Mhamdi ben Mabrouk dit ne pas ressentir le besoin de convaincre les hommes du bienfait de sa démarche, étant plutôt « intéressée par la reconnaissance que les femmes auraient envers elles-mêmes ». Mais elle note cependant la nécessité « d'intérioriser ce processus » dans les mentalités afin que ces femmes ne soient pas écartées à nouveau de la décision. « Ces femmes-là ont créé aujourd'hui leur premier regroupement agricole féminin », dit-elle fièrement.

 

(Lire aussi : Semaine forestière méditerranéenne : adieu Barcelone, à bientôt Rabat...)

 

Les « visages de la forêt » exposés

La forêt, ce ne sont pas que des arbres, des plantes ou des animaux. Les forêts ont leurs visages, les usagers de cet espace hors du commun, qui exploitent les ressources et, par le fait même, le préservent et y perpétuent les traditions. Pour mettre ces visages en valeur, le Réseau de communicateurs forestiers dans la région Méditerranée et Proche-Orient (FCNMedNE) a organisé un concours de photos « Faces of the Forest » dans le cadre de la quatrième Semaine forestière méditerranéenne qui a eu lieu à Barcelone du 17 au 20 mars.
Vingt photos, qui portent sur le thème des forêts et du changement climatique, ont été sélectionnées et exposées dans l'un des bâtiments du complexe architectural de l'Hôpital de Sant-Pau, dans lequel était organisé le congrès. L'exposition a été inaugurée le 17 mars en présence du ministre catalan de l'Agriculture et de la coordinatrice de ce réseau, Patricia Sfeir.

 

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Yves Prevost

tout à fait d'accord pour l'égalité hommes-femmes, mais pourquoi utiliser le terme de "genre" qui fait référence à une théorie dont l'absurdité est démontrée?

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