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Photomed

De chair et de pierre à la galerie Station

Dans le cadre de ce festival de la photo méditerranéeenne, qui se déroule dans plusieurs coins de la ville, la galerie Station* invite Serge Najjar et Arslane Bestaoui à présenter leurs travaux en abritant également des vidéos de la collection de la Maison européene de la photographie (Paris).

« Les femmes de Sidi el-Houari », une image d’Arslane Bestaoui.

Serge Najjar, photographe libanais et lauréat du premier concours Photomed-Beyrouth de janvier 2014, dévoile une image graphique de la capitale libanaise. «Un duel ou même une complicité s'établit entre l'homme et l'architecture, car celui-là apporte une chaleur ainsi qu'une échelle à l'architecture, laquelle donne une dimension abstraite à ce dernier», dit Najjar dans le catalogue Images consacré à cet événement. Et de poursuivre: «Mon but, sans doute, est de me rapprocher de l'abstraction; de dessiner avec mon appareil photo comme on dessine avec un pinceau.» En effet, l'objectif de Najjar, tel un prisme, capte dans l'espace la géométrie de la ville et redessine une volumétrie nouvelle. L'homme qui passe, toujours en mouvement, semble tout petit devant ces énormes formes urbaines futuristes à multiples facettes, mais il insuffle parallèlement une certaine douceur à ces blocs froids, ces losanges et ces cubes grisâtres. De chair et de pierre, Serge Najjar redessine à travers ses «Réalités abstraites» sa propre cité. À la fois stylisée et parfois teintée d'une immense solitude.

 

La cité et ses codes
Plus colorée et plus «charnelle» est la vision d'une autre ville et, plus particulièrement, d'un quartier, «Sidi el-Houari». Fréquentant assidûment l'Institut français, Arslane Bestaoui, natif de Tlemcen (sud-ouest de l'Algérie, près de la frontière marocaine), a décidé de devenir photographe et a obtenu la bourse du World Press Photo pour le Maghreb. C'est grâce à cette bourse qu'il a pu réaliser ce reportage à Oran et donner à voir des photos vibrantes. Sidi el-Houari est donc le premier arrondissement d'Oran, au nord-ouest de la ville, donnant sur la mer. Ce plus ancien de la ville est considéré comme un symbole de passage de plusieurs civilisations arabe, turque, espagnole et française. C'est un quartier dont les habitants, principalement des femmes seules au foyer et des veuves ainsi que leurs enfants, sont en marge de la vie. Et pourtant, le photographe montre qu'elles arrivent à vivre et même à faire front avec beaucoup de courage. Ce sont ces instants au quotidien, pleins de couleurs (en contradiction avec leurs vies misérables), qui éclatent à la lumière : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil. » Rien n'est plus vrai pour Arslane Bestaoui, dont la vision du quartier se teinte d'un clair optimisme.


Enfin, derrière le rideau de la galerie Station, on peut prendre le temps d'une petite pause pour s'asseoir et observer des œuvres de vidéastes de la collection de la Maison européenne de la photographie (Paris).
C'est d'abord Chris Quanta qui présente son Coup de balai sur l'impressionnisme, une toile qui semble couler en lavis sous la pluie durant 51 secondes. (2012). Réalisateur, scénariste, monteur image/son et mixeur, de films expérimentaux, Chris Quanta dit «qu'il y a autant d'images dans les mots que des mots dans les images. Le jeu de mots devient, sans mot dire, un jeu d'images».


Adel Abdelssemed, lui, croque en 13 secondes en boucle Les douleurs de ma mère (2005). Ce provocateur, qui touche tant à la peinture, la sculpture, la photographie, qu'au cinéma et à l'installation, réalise 115 dessins au feutre coloré. Il esquisse une silhouette féminine répétant à l'infini les mêmes gestes pieux. Cette femme qui est en train de prier semble disparaître et le tapis s'envoler.
Miller Lévy a une minute dix secondes pour tracer son travail Volubile (2004). Sur une feuille blanche, sa main trace une ligne toute enchevêtrée. Dans une suite vertigineuse de formes, ce gribouillis révèle le lien mystérieux qui se tramait: «La présence d'un point de fuite », dit l'artiste.
Dans les douze minutes de L'homme dans les draps (2003), le romancier, photographe, plasticien et cinéaste Alain Fleischer développe encore une fois les thèmes qui le hantent, à savoir, l'absence, le passage du temps, le corps, les traces et la métamorphose; les plis et replis des draps laissent entrevoir des ombres sous le soleil qui se lève et se couche.

*Station (Jisr el-Wati), jusqu'au 11 février. Ouverte du lundi au samedi de 14h à 19h. Fermeture les dimanches. Tél. : 71/684218.

 

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