Une manifestation anti-houthis à Sanaa, au Yémen, le 26 janvier 2015.REUTERS/Khaled Abdullah
Les miliciens chiites ont utilisé de nouveau la force lundi pour disperser à Sanaa une manifestation hostile à leur présence alors que les tractations pour sortir le Yémen de la crise sont au point mort. Le pays, allié des Etats-Unis dans la lutte contre el-Qaëda, est plongé dans une profonde crise politique depuis la démission jeudi du gouvernement et du président Abd Rabbo Mansour Hadi après le coup de force des miliciens chiites, dits Houthis, qui ont pris le palais présidentiel à Sanaa.
Après avoir bloqué les accès de l'université de Sanaa, point de ralliement de leur adversaires, dans le nord de la capitale, les miliciens, dits Houthis, ont pourchassé les rares personnes qui ont osé se rassembler à l'intérieur du campus. Comme dimanche, des Houthis munis d'armes blanches ont chargé les manifestants et se sont attaqués à des journalistes, selon des témoins. "Au moins six personnes ont été blessées à coups de poignard", a indiqué à l'AFP un manifestant, Adel Chamsane, témoin de la charge des Houthis et qui a été ensuite arrêté avec plusieurs autres personnes, selon ses camarades.
Dimanche, des partis politiques et des représentants de la société civile, ont appelé à une nouvelle manifestation hostile aux Houthis sur la place située devant le campus de l'université de Sanaa. Ce square avait été baptisé "Place du changement" après avoir été l'épicentre de la contestation de 2011 ayant conduit au départ, un an plus tard, de l'ancien président Ali Abdallah Saleh.
Dimanche, les Houthis ont tiré en l'air à balles réelles pour disperser, au lendemain d'une importante marche de leurs opposants, un début de manifestation à l'université de Sanaa, arrêtant plusieurs manifestants ainsi que des journalistes. Après un sit-in devant le poste de police où les Houthis détenaient les journalistes, deux journalistes ont été remis en liberté en contrepartie d'un "engagement écrit" à ne plus couvrir de manifestation à Sanaa, a indiqué Mohammed Saleh al-Saadi, un militant de la société civile. Le syndicat des journalistes yéménites a dénoncé dimanche la détention de ces deux journalistes, Samed al-Samei du quotidien Aloula et Yahia al-Qabati du site en ligne Aleshteraki.net. L'association a également protesté contre la brève détention d'un photographe de Reuters, Mohammed al-Sayaghi, et une agression contre une journaliste freeelance Houda al-Zabhani.
(Lire aussi : « Il y a toujours une voie de réconciliation dans le jeu politique yéménite »)
Blocage politique
Au niveau politique, quatre partis ont annoncé tard dimanche la fin des contacts avec les Houthis pour convaincre le président Abd Rabbo Mansour Hadi de revenir sur sa démission. Abdallah Noomane, chef du parti unioniste nassérien, a annoncé ce retrait, en accusant, dans une déclaration à la presse, les Houthis d'"arrogance". Outre cette formation, le parti socialiste, Al-Islah (islamiste) et Al-Rachad (salafiste) étaient engagés dans ces contacts.
Le président Hadi a présenté jeudi sa démission en estimant que le pays était arrivé dans une "impasse totale". Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir lundi matin des consultations à huis clos sur la crise au Yémen où le le Parlement, qui devait se réunir en urgence pour discuter de la démission du président, a reporté sa session à une date non précisée. L'émissaire de l'ONU au Yémen, Jamal Benomar, poursuit des contacts sur place avec les principaux protagonistes afin de faire appliquer l'accord politique du 21 septembre 2014 qui prévoyait un retrait des miliciens chiites de Sanaa.
(Portrait : Abdel Malek al-Houthi, le leader chiite d'Ansarullah au cœur de la crise yéménite)
En dépit de la situation chaotique dans le pays, le président américain Barack Obama s'est dit déterminé dimanche à continuer à traquer la branche d'el-Qaëda implantée dans ce pays et considérée par Washington comme la plus dangereuse du réseau extrémiste. "Notre priorité est de maintenir la pression contre el-Qaëda au Yémen et c'est ce que nous faisons", a déclaré M. Obama en Inde où il est en visite.
El-Qaëda a encore frappé lundi au Yémen en lançant une attaque contre l'armée à Abyane (sud), tuant quatre soldats, et perdant trois de ses membres, selon une source militaire.
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