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Culture

« L’Intégrale pour piano » de Naji Hakim interprétée par Nicolas Chevreau

Concert

À l'église américaine de Paris, le jeune pianiste français Nicolas Chevreau (né en 1989) a donné un récital consacré à « L'Intégrale pour piano » du compositeur libanais Naji Hakim.

20/01/2015

Connu pour son excellente acoustique, due aux nombreux panneaux de bois qui le décorent, ce lieu solennel voire austère a vibré et résonné pendant près d'une heure et demie de la musique aux couleurs chatoyantes de Naji Hakim, lui-même présent dans la salle.
Fait très rare et émouvant, l'interprète, avant de se mettre au piano, prend la parole pour présenter le compositeur, parler de la genèse du récital qui fait suite au disque déjà paru en 2014 et raconter son rapport à chacune des pièces qui vont être interprétées. «La musique de Naji Hakim, dit-il, l'un des très grands compositeurs de notre temps, est à l'image du Liban, un pont entre l'Orient et l'Occident, un mélange de couleurs orientales et d'un très solide attachement aux formes de composition occidentale.»
Puis Nicolas Chevreau s'installe et prend possession de l'instrument et de la musique. Rien d'extérieur ou de m'as-tu-vu chez un artiste qui accorde idéalement le geste à l'intention musicale.
L'entrée en matière, Ouverture libanaise, œuvre chère au cœur du compositeur car elle se compose de différents thèmes traditionnels libanais qu'il entendait dans son enfance, se révèle, dès les premières notes, aussi charmeuse que parfaitement caractérisée.
Puis les pièces s'enchaînent : Glenamond Suite, carillon qui s'égrène imperturbablement et dont les mouvements rapides requièrent une immense vélocité, Dumia (poupée), courte et tendre berceuse libanaise, Shasta, vaste suite créée au Carnegie Hall en 1987 et dont les cinq mouvements alternent entre rythmes entraînants, effets percussifs et motifs harmoniques, Esquisses persanes, merveilleuse petite fresque dont le premier mouvement est lancinant et le deuxième endiablé et jubilatoire, Valse, dont on peut dire qu'elle est «noble et sentimentale», Alaikiessalam (Que la paix soit avec toi), variations sur un thème maronite libanais s'inspirant des tragiques événements de 2006, et, pour clôturer le concert, une pièce écrite spécialement pour Nicolas Chevreau, Auprès de ma blonde. Cet air bien connu, qui date du XVIIIe siècle, est développé en sept variations extrêmement divertissantes, qui jouent sur l'ornementation, l'alternance du thème entre les deux mains, le rythme, l'expressivité, avant de se conclure de façon brillante et totalement exubérante.
Dans l'interprétation de Nicolas Chevreau, la vitalité, la fièvre, le lyrisme sont bien là, et c'est en sondant le foisonnant tissu polyphonique de la musique de Hakim, dont l'un des traits dominants est de déconstruire génialement un thème, le faisant chavirer de la tradition la plus pure à la modernité la plus audacieuse, que le jeune pianiste démontre sa juste compréhension des choses.
Pour la plus grande joie du public, un bis à quatre mains, «Badinerie», est offert par le pianiste et le compositeur dont l'affectueuse complicité autour du clavier est palpable.
Nicolas Chevreau, un formidable musicien à l'œuvre, qui porte la musique lumineuse de l'un des compositeurs vivants les plus doués et qui, de plus, est libanais.

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