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À La Une - Cinéma

Oscarisé par Hollywood, un ovni du cinéma français renaît 50 ans plus tard

Printemps 1963: Frank Sinatra remet l'Oscar du meilleur film étranger à un jeune réalisateur français inconnu, Serge Bourguignon, pour "Cybèle ou les dimanches de Ville d'Avray". Disparu dans les limbes, ce long-métrage, culte aux Etats-Unis, connaît une deuxième vie un demi-siècle plus tard. Il vient d'être édité pour la première fois en DVD et Blu-ray, en France par l'éditeur Wild Side et outre-Atlantique par Criterion sous son titre anglophone "Sundays and Cybèle".


Serge Bourguignon, 86 ans, s'apprête à recevoir dans son petit appartement parisien une 4e équipe de journalistes américains, venus l'interroger sur le destin malheureux de ce film, qu'il réalise alors qu'il a à peine plus de 30 ans et que la Nouvelle Vague déferle sur le cinéma français.
A l'époque déjà, ce sont les critiques américains qui tressent des louanges à "Cybèle". Et c'est grâce à eux que le film sort en France. Présenté au Festival de Venise en septembre 1962, le long-métrage enthousiasme la critique, rafle plusieurs prix --mais pas le Lion d'or-- et... tarde à sortir sur les écrans français.
"Ca va être difficile. C'est un film trop sentimental pour les intellectuels et trop intello pour le grand public", explique alors au réalisateur le distributeur Siralsky, se souvient Serge Bourguignon.


Le sujet est délicat, le thème ambigu: la relation platonique entre un homme de 35 ans, amnésique traumatisé par la guerre d'Indochine, et une fillette de 12 ans abandonnée par son père veuf.
Le distributeur américain programme le film à New York au Fine Arts Theatre, le cinéma d'arts et essais. Le critique du New York Times, Bosley Crowther, parle de "chef d'oeuvre", évoque un style entre "Les 400 coups" de François Truffaut et les films de Renoir, et la foule se précipite.
La France se décide alors à le distribuer. Avec 1,8 million d'entrées, le succès public est au rendez-vous, mais la critique est mitigée.

 

"C'était quand même très cool"
A Hollywood en revanche, c'est la consécration. "Il faut que je fasse court et que je me tire", pense le jeune réalisateur en recevant l'Oscar. "C'était quand même très cool", se remémore aujourd'hui l'octogénaire avec un clin d'oeil.


La Fox lui propose un contrat de sept ans, qu'il refuse. Il tourne aux Etats-Unis "The Reward", avec Max von Sydow, "considéré comme un western alors qu'il s'agissait d'une tragédie grecque", un échec commercial. Puis "Picasso Summer" avec Albert Finney, marqué par un conflit avec les producteurs. De retour en Europe, "A coeur joie", avec Brigitte Bardot et Laurent Terzieff, est un nouvel échec.
"J'ai eu l'impression d'une bulle qui se refermait", déclare Serge Bourguignon, sans amertume. "Quelques autres possibilités ont tourné court".


Il dit n'avoir "aucune frustration, mais des regrets". "Il y a cinq ou six films que j'aurais voulu faire, dont +La leçon de Ténèbres+", inspiré d'un genre musical liturgique du 17e siècle. Les producteurs lui ont demandé de changer la fin et il a refusé. "Ca me tenait tellement à coeur que je ne voulais pas changer une virgule", dit-il, avouant qu'il regrette parfois son intransigeance passée. Passionné par l'Asie, il s'en veut de ne pas avoir réagi +à l'asiatique+: "ne pas dire non mais s'appuyer sur ses points forts pour renverser la situation en sa faveur".


Serge Bourguignon a continué de tourner, des documentaires pour la plupart, inspirés par l'Asie et le cheval, ("Mon royaume pour un cheval", "Impressions d'Extrême-océan"...).
C'est auprès de ses chevaux, en Dordogne (sud-ouest de la France), qu'il passe désormais le plus de temps possible. En espérant encore tourner le film dont il rêve.

 

 

Printemps 1963: Frank Sinatra remet l'Oscar du meilleur film étranger à un jeune réalisateur français inconnu, Serge Bourguignon, pour "Cybèle ou les dimanches de Ville d'Avray". Disparu dans les limbes, ce long-métrage, culte aux Etats-Unis, connaît une deuxième vie un demi-siècle plus tard. Il vient d'être édité pour la première fois en DVD et Blu-ray, en France par l'éditeur Wild Side et outre-Atlantique par Criterion sous son titre anglophone "Sundays and Cybèle".
Serge Bourguignon, 86 ans, s'apprête à recevoir dans son petit appartement parisien une 4e équipe de journalistes américains, venus l'interroger sur le destin malheureux de ce film, qu'il réalise alors qu'il a à peine plus de 30 ans et que la Nouvelle Vague déferle sur le cinéma français.A l'époque déjà, ce sont les critiques américains qui...
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