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Moyen Orient et Monde - Sommet de Dakar

Nouvelle orientation de l’OIF : vers une francophonie économique

La Canadienne Michaëlle Jean a été élue secrétaire générale par consensus, succédant ainsi à Abdou Diouf.

De g. à d., le président français François Hollande, le président sénégalais Macky Sall, Abdou Diouf, Michaëlle Jean et le président malgache Hery Rajaonarimampianina. Sow Moussa/AFP

Dakar s'est faite belle pour recevoir le XVe Sommet de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie), qui a réuni les représentants des 75 pays membres ou observateurs, dont 35 chefs d'État et de gouvernement, qui ont fait le déplacement pour cette grand-messe de la francophonie.

Nettoyages, déblaiements, retapages... la capitale du Sénégal brillait de mille feux durant le week-end pour recevoir les délégations des pays qui forment cette grande famille francophone, ainsi que les centaines de journalistes venus des quatre coins du monde pour couvrir cet événement qui a lieu tous les deux ans.
Ainsi, les places et les rues de la capitale ont été nettement balayées, les corniches des trottoirs repeints. Un joli gravier blanc a en outre remplacé les ordures et les mauvaises herbes et sur la Voie de dégagement nord (VDN), l'autoroute menant vers le centre du Congrès a été totalement aménagée pour l'occasion. L'aéroport sentait toujours la peinture fraîche : le salon d'honneur a été entièrement refait. En outre, des milliers de banderoles et d'affiches souhaitant la bienvenue au sommet ont été parsemées partout en ville. Quant aux forces de sécurité, elles étaient déployées en nombre pour assurer un maximum de protection aux participants.

(Lire aussi : Abdou Diouf à « L'OLJ » : La valeur économique de la langue française illustre son utilité)

Malgré leur fierté et leur joie de recevoir tout ce monde, certains Dakarois ont dénoncé des dépenses non nécessaires pour l'embellissement de la ville. D'autres rouspétaient contre les embouteillages monstres occasionnés par le passage des convois officiels ou contre les tarifs des taxis qui ont été parfois triplés, les chauffeurs voulant profiter de la présence d'un grand nombre de touristes.

Huis clos

Durant deux jours, les chefs des délégations des pays membres de l'OIF (57 États membres – dont 2 suspendus actuellement, et 20 États observateurs) ont cherché des solutions aux nouveaux défis qui guettent une organisation en pleine évolution, et ce dans un contexte dominé par plusieurs crises politiques sur le continent africain comme en Centrafrique et au Burkina Faso, mais aussi par la menace terroriste de Boko Haram et d'autres groupes radicaux, notamment au Mali et last but not least par l'épidémie d'Ebola qui a violemment frappé l'Afrique occidentale dernièrement.

Les dirigeants des pays ayant le français en partage devaient en outre trouver un digne successeur à l'actuel secrétaire général de l'OIF Abdou Diouf qui termine son troisième mandat. De longues tractations ont eu lieu durant tout le week-end, et ce n'est qu'en fin de journée hier que les participants se sont enfin mis d'accord sur un nom, reportant ainsi la conférence de presse finale de plusieurs heures. Le président français, François Hollande, a d'ailleurs rendu hommage aux pays africains qui ont « recherché une solution pour rassembler » à travers le consensus qui a lieu lors des débats à huis clos. « Le sommet a été une réussite du début à la fin », a-t-il ajouté.

(Pour mémoire : Et pourquoi pas un Libanais à la tête de la Francophonie ?)

« Faire mieux et plus ensemble »

Les participants ont ainsi élu, par consensus, la Canadienne Michaëlle Jean, 57 ans, fille d'émigrés haïtiens au Québec et ex-gouverneure générale du Canada, pour succéder à l'ancien président sénégalais qui a dirigé pendant douze ans l'OIF, jusqu'alors connue pour ses missions de coopération dans le développement et le soutien à la langue française notamment dans le domaine culturel, mais qui a désormais gagné en influence dans les domaines économique et politique, grâce à la diplomatie d'influence dans les crises africaines pratiquée par M. Diouf auprès de ses anciens pairs.

La nouvelle secrétaire générale élue s'est dit heureuse de la confiance qu'on lui a accordée pour « poursuivre des objectifs ambitieux dont l'idée d'une nouvelle orientation de l'OIF, celle d'une francophonie économique », pour booster le développement des pays, ce qui permettra de préserver la paix et la sécurité et la prévention des crises. Son nouveau défi ? « Faire mieux et plus ensemble. »

Madagascar

Lors d'une conférence de presse à la fin du sommet, le président sénégalais Macky Sall a insisté sur le renforcement de la dimension économique de la francophonie dans un esprit de partenariat solidaire. Il a en outre mis l'accent sur les luttes et menaces transfrontalières, qu'il s'agisse d'Ebola, de terrorisme ou de criminalité. Il a ensuite annoncé que le Madagascar sera le prochain pays hôte du XVIe sommet de la francophonie.

(Repère : La francophonie dans le monde : dates et chiffres clés)

 

Les délégations présentes ont par ailleurs planché sur les grands défis de l'heure, notamment ceux qui frappent les deux catégories les plus importantes des pays de l'OIF, à savoir : les jeunes et les femmes, « acteurs de paix et vecteurs de développement », comme le souligne le thème même du sommet.
Plusieurs résolutions ont en outre été adoptées, sur la convention de l'Unesco relative à la protection et à la promotion de la diversité des expressions culturelles, sur les faux médicaments, sur la promotion du tourisme durable, sur l'éducation et la formation des femmes et des jeunes à l'ère numérique, sur les situations de crise, sur la santé des mères, sur l'épidémie du virus Ebola, sur l'éducation bancaire et financière, et sur le terrorisme.
Par ailleurs la famille francophone s'est agrandie en recevant trois nouveaux membres observateurs : le Mexique, le Costa Rica et le Kosovo.

Femmes et jeunes

Le ton du sommet avait été donné la veille lors de la séance d'ouverture avec le discours du président sénégalais qui a inauguré ce sommet consacré aux jeunes et aux femmes en appelant à la solidarité contre Ebola, annonçant que le site construit pour l'occasion porterait désormais le nom de « Centre international de conférences Abdou Diouf » (Cicad).
Il a ensuite souhaité que le thème de ce sommet donne à la communauté francophone « l'occasion d'un échange orienté sur l'action en faveur de deux composantes majeures de nos sociétés. Que serait en effet le monde sans la force vitale des femmes, son autre moitié ? Et sans l'enthousiasme et le dynamisme de sa jeunesse, son avenir ? » a-t-il ainsi demandé, ajoutant : « Et pourtant, les femmes et les jeunes sont encore les plus exposés en temps de conflit et les plus vulnérables en temps de paix. » Il a en outre rappelé l'« attention commune » des francophones « à la liberté, à la démocratie et au respect des droits de l'homme ».

(Lire aussi : Araiji à « L'OLJ » : Contrer le terrorisme par la résistance culturelle)

Les avertissements de Hollande

De son côté, le président français a lui aussi martelé samedi devant des chefs d'État et de gouvernement majoritairement africains son avertissement aux dirigeants qui voudraient s'accrocher au pouvoir à tout prix. « La francophonie est soucieuse des règles en démocratie, de la liberté du vote, du respect des lois constitutionnelles et de l'aspiration des peuples, de tous les peuples à des élections libres », a déclaré M. Hollande, citant en exemples la « leçon » de la transition tunisienne et « la belle démonstration » du peuple burkinabè.
Ce message ressemblait à un avertissement à plusieurs dirigeants assis devant lui, tels le Congolais Denis Sassou N'Guesso ou le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, soupçonnés de vouloir changer la Loi fondamentale dans leurs pays respectifs.

Le président français a par ailleurs insisté sur la solidarité au sein de l'Organisation, appelant dans son discours les dirigeants africains à « s'unir contre la barbarie » du terrorisme, et à tout faire « pour qu'il n'y ait plus d'Ebola », qui a déjà fait près de 6 000 morts, essentiellement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

(Lire aussi : L'Afrique, cœur du réveil mondial de la francophonie)

Le discours de M. Hollande avait en outre une dimension économique dans un continent dont la croissance frôle en moyenne les 5 % et où vivent la plupart des locuteurs francophones, dont le nombre pourrait passer, selon certaines projections, de 274 millions aujourd'hui à 750 millions d'ici à 2050. Il a ainsi appelé à profiter de la vigueur du continent africain tout en assurant que la France, ancienne puissance coloniale, ne demandait « aucun privilège en Afrique ».
À un an du sommet sur le climat de Paris de décembre 2015, il a enfin convié la famille francophone à œuvrer en faveur d'un accord universel permettant de contenir le réchauffement planétaire, qui perturbe déjà nombre de régions africaines.

« L'immobilisme, l'égoïsme... »

Avant la réunion à huis clos des délégations, Abdou Diouf a affirmé dans le dernier discours de sa vie publique, à 79 ans, que la plus grande menace n'est « pas seulement le terrorisme ou le changement climatique », mais « c'est aussi l'immobilisme, l'égoïsme ou l'indifférence, c'est de renoncer à la solidarité, c'est de faire prévaloir les intérêts particuliers sur l'intérêt général de la famille humaine, c'est de persister dans l'idée d'une communauté internationale qui ne soit pas une véritable communauté démocratique de nations ».
« À tout cela la francophonie est en mesure de répondre, aujourd'hui, grâce à la force de sa langue partagée, la langue française qui est devenue la langue de la non-allégeance à une mondialisation sans âme, la langue qui redonne voix aux sans-voix, la langue qui redonne droits aux sans-droits, la langue qui redonne sens à un monde en quête de sens », précise dans un élan lyrique M. Diouf.

L'ouverture du XVe Sommet de la francophonie a enfin été marquée par un remarquable spectacle tout en couleurs et en chansons représentant à merveille la diversité de la famille francophone étalée sur les cinq continents.


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Dakar s'est faite belle pour recevoir le XVe Sommet de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie), qui a réuni les représentants des 75 pays membres ou observateurs, dont 35 chefs d'État et de gouvernement, qui ont fait le déplacement pour cette grand-messe de la francophonie.Nettoyages, déblaiements, retapages... la capitale du Sénégal brillait de mille feux durant le week-end...
commentaires (2)

On dit que la qatar a fait acte de candidature ( ????!!!! ) , pas la peine de demander qui va payer cette nouvelle orientation economque de la francophonie . On peut etre con mais occicon a ce point ....

FRIK-A-FRAK

12 h 14, le 01 décembre 2014

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Commentaires (2)

  • On dit que la qatar a fait acte de candidature ( ????!!!! ) , pas la peine de demander qui va payer cette nouvelle orientation economque de la francophonie . On peut etre con mais occicon a ce point ....

    FRIK-A-FRAK

    12 h 14, le 01 décembre 2014

  • 1-Mais qui représentait le Liban à ce sommet de l'OIF ? 2-Le sommet n'a-t-il pas adressé un mot aux politiques libanais leur disant que c'est la plus grande honte pour eux, en particulier pour MM les bloqueurs irresponsables, qu'ils permettent une vacance à la présidence de leur pays ?

    Halim Abou Chacra

    04 h 39, le 01 décembre 2014

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