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Liban - Diplomatie

Sommet de la francophonie : le Liban obtient 3 amendements majeurs à la résolution de Dakar

Le ministre des AE a notamment proposé que l'OIF appelle à des réponses juridiques nationales et internationales adéquates qui mettent fin à l'impunité dont pensent bénéficier les groupes terroristes. Il a également soulevé la question du fardeau causé par les réfugiés syriens.

Le ministre Bassil, invité d’honneur d’un déjeuner organisé par des hommes d’affaires libanais installés au Sénégal. Photo Béchara Maroun

C'est samedi au petit matin que le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil est arrivé à Dakar alors que son collègue du ministère de la Culture Rony Araigi quittait le Sénégal pour être présent aux obsèques de la diva Sabah. Déjà en tournée dans plusieurs pays d'Afrique pour rencontrer la diaspora libanaise, M. Bassil est passé par Dakar pour représenter le Liban au 15e Sommet de la francophonie, une mission qui lui revient de droit en raison de la vacance présidentielle et du désistement du Premier ministre Tammam Salam. De ce fait, et si l'allocution du Liban était prévue lors de la cérémonie d'ouverture du sommet au Centre international de conférences de Dakar, rebaptisé depuis samedi par le président sénégalais Centre international de conférences Abdo Diouf, le Liban a dû céder sa place à l'Égypte dont le Premier ministre s'est exprimé au nom de la région arabe, après une dizaine de discours présentés par de nombreux chefs d'État, notamment François Hollande.

Dans son allocution, le Premier ministre égyptien a ainsi souligné « l'importance d'une vigilance accrue de notre part face aux graves exactions commises par les groupes extrémistes, dont Daech, el-Qaëda, al-Nosra et Boko Haram ». « Nous exprimons également notre vive préoccupation vis-à-vis des retombées négatives du conflit syrien et surtout de l'afflux massif de déplacés. Dans ce contexte, nous appelons la communauté internationale à se mobiliser plus activement, au sein des forums appropriés et sur le plan bilatéral, afin de venir en aide aux pays d'accueil : l'Égypte, la Jordanie mais surtout le Liban dont le tiers de la population est désormais constitué de ressortissants étrangers », a-t-il ajouté devant les délégations et les représentants des différents pays. Parmi eux, Gebran Bassil, tout juste arrivé.

(Lire aussi : Abdou Diouf à « L'OLJ » : La valeur économique de la langue française illustre son utilité)

« Le Liban est dans l'œil du cyclone »

Cela n'a toutefois pas empêché le ministre des Affaires étrangères de participer activement au sommet. Après avoir émis des réserves à la demande d'adhésion du Kosovo à l'Organisation internationale de la francophonie, qui a toutefois été admis comme État observateur avec le Costa Rica et le Mexique, M. Bassil a ensuite ouvert le débat lors du huis clos restreint des membres de plein droit. On rapporte ainsi que le ministre a déclaré que « le français au Liban est plus qu'une langue, c'est un état d'esprit ». « Le Liban se trouve actuellement dans l'œil du cyclone. L'instabilité régionale, couplée à la crise syrienne ont sur le Liban des répercussions considérables et le mettent face à des défis existentiels, les plus graves de son histoire récente. La vie politique au Liban peine à fonctionner d'une manière satisfaisante. Il est impératif que le président de la République soit élu sans ingérences externes dans les plus brefs délais et qu'une nouvelle loi électorale, plus démocratique et juste soit votée. Par ailleurs, le nombre des réfugiés syriens additionné au nombre de réfugiés palestiniens déjà présents chez nous atteint facilement deux millions, pour une population de quatre millions de Libanais. Ce triste record a un prix très cher », a-t-il expliqué.

Et d'ajouter : « Le Liban s'est retrouvé dans le collimateur des organisations terroristes, telles que Daech, qui prônent des modèles idéologiques qui sont aux antipodes de notre culture de tolérance et de notre système politique fondé sur le pluralisme. On vous appelle à aider le Liban parce qu'il mène ce combat en votre nom et au nom de toute l'humanité. »
Le ministre Bassil a en outre appelé à mettre fin à la tragédie du peuple palestinien, éradiquer le terrorisme et l'intolérance, et créer une zone exempte d'armes nucléaires et terroristes au Moyen-Orient.

(Pour mémoire : Et pourquoi pas un Libanais à la tête de la Francophonie ?)

Des amendements pour le Liban

Lors de l'adoption de la déclaration de Dakar et des neuf résolutions qui y sont incluses, le ministre Bassil a revendiqué de nombreux amendements qui ont été approuvés sans polémique. Ainsi, si l'OIF assurait dans sa déclaration finale qu'elle « soutenait les pays qui combattent le terrorisme, notamment le Sahel », le texte final a finalement inclus « les pays du Sahel et du Proche-Orient ».

Au niveau de la résolution concernant la situation de crise, une nouvelle phrase notait que « l'afflux massif de ressortissants syriens sur le territoire libanais constitue un fardeau sans précédent », en ajout au texte initial qui relevait que « l'OIF exprime sa vive préoccupation à l'égard de la multiplication des pressions sur le Liban, aux plans humanitaire, socio-économique et sécuritaire, du fait des conflits armés dans les pays voisins, réitère également son soutien au Liban dans ses efforts pour faire face à cette situation et décide de renforcer son appui à la stabilité et l'intégrité territoriale du Liban dont elle salue les valeurs d'ouverture et de diversité religieuse, fondement même de cet État ».

Enfin, et au niveau de la résolution concernant le terrorisme, le Liban a proposé que « l'OIF appelle a des réponses juridiques nationales et internationales adéquates qui mettent fin à l'impunité dont pensent bénéficier ces groupes terroristes ». Cette proposition finalement adoptée vient suite à la correspondance effectuée entre le ministère des Affaires étrangères et la Cour pénale internationale au mois de juillet 2014, afin de sommer celle-ci d'ouvrir une enquête concernant les crimes des groupuscules terroristes au Moyen-Orient en les considérant des crimes contre l'humanité.

(Repère : La francophonie dans le monde : dates et chiffres clés)


Le ministre Bassil a ensuite participé au huis clos prévu pour décider de la tenue du prochain sommet à Madagascar, ainsi que de la nouvelle secrétaire générale de l'OIF Michaëlle Jean, avant de déjeuner avec des hommes d'affaires de la diaspora libanaise au Sénégal, à l'invitation de l'ambassadeur libanais Khalil Habre et en présence notamment de l'ancien ministre Fady Abboud qui l'a accompagné jusqu'à Dakar. En réponse à une question de savoir s'il aurait soutenu la candidature de l'ancien président Michel Sleiman, un rival politique, à la tête de la francophonie, le ministre a assuré que « cela n'a rien à voir avec la politique locale ». « Michel Sleiman est libanais, et si son nom avait été évoqué, ce qui n'a pas été le cas, j'aurais sûrement fait mon possible pour qu'il l'emporte. Je ne joue pas avec ce genre de choses », a-t-il expliqué.
La semaine chargée du Liban au Sommet de la francophonie a donc pris fin hier. Et malgré les efforts louables de la délégation libanaise, l'absence d'un chef de l'État libanais à Dakar s'est faite cruellement ressentir. La vacance présidentielle est encore plus embarrassante à l'étranger qu'à Beyrouth.


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commentaires (3)

1-Monsieur Maroun écrit de Dakar : "L'absence d'un chef de l'Etat libanais s'est faite cruellement sentir". Et le sommet de la francophonie a-t-il noté que c'est le groupe politique du ministre des Affaires étrangères du Liban, M Bassil, qui boycotte et bloque l'élection d'un président de la République libanaise ? 2-Dans son discours, le ministre Bassil décrit avec raison un Liban au bord de l'abîme, car sans président et sans boussole. Puis il ajoute : "Il est impératif que le président de la République soit élu sans ingérences externes". Mais d'où viennent ces ingérences externes sinon du fait qu'elles se traduisent par l'inféodation aux intérêts de l'Iran et de la dictature syrienne du groupe politique du ministre Bassil, à la tête duquel le Hezbollah ?

Halim Abou Chacra

12 h 01, le 01 décembre 2014

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Commentaires (3)

  • 1-Monsieur Maroun écrit de Dakar : "L'absence d'un chef de l'Etat libanais s'est faite cruellement sentir". Et le sommet de la francophonie a-t-il noté que c'est le groupe politique du ministre des Affaires étrangères du Liban, M Bassil, qui boycotte et bloque l'élection d'un président de la République libanaise ? 2-Dans son discours, le ministre Bassil décrit avec raison un Liban au bord de l'abîme, car sans président et sans boussole. Puis il ajoute : "Il est impératif que le président de la République soit élu sans ingérences externes". Mais d'où viennent ces ingérences externes sinon du fait qu'elles se traduisent par l'inféodation aux intérêts de l'Iran et de la dictature syrienne du groupe politique du ministre Bassil, à la tête duquel le Hezbollah ?

    Halim Abou Chacra

    12 h 01, le 01 décembre 2014

  • Voilà la diaspora libanaise toute dans sa splendeur phallocrate, sans aucune femme, alors que Michaelle Jean vient d'être nommée Secrétaire Générale de la Francophonie..... Misère!!

    Beauchard Jacques

    10 h 01, le 01 décembre 2014

  • "Concernant le terrorisme, le Liban a proposé que l'OIF appelle a des réponses juridiques adéquates qui mettent fin à l'impunité dont pensent bénéficier ces groupes terroristes. Cette proposition adoptée vient suite à la correspondance effectuée entre les Affaires étrangères et la Cour pénale internationale, afin de sommer celle-ci d'ouvrir 1 enquête concernant les crimes des terroristes en les considérant des crimes contre l'humanité." ! Attention le hézébbb, car ce béssîîîl fait du n'importe quoi, parce qu’avec cette "sommation", les actes de ce hézébbb risquent alors d'être eux aussi considérés comme des crimes contre l'humanité....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 06, le 01 décembre 2014

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