Réfugiés

Pour ses habitants, le camp de Bourj Brajneh est « le lieu le plus calme du Liban »

La vie est rapidement revenue à la normale hier dans le camp de Bourj
Brajneh où les factions palestiniennes se côtoient en toute convivialité.

Les portraits d’Abou Ammar jeune et d’Abou Jihad, collés sur le mur d’un bâtiment du camp.

Fateh, FDLP, FPLP, Saïka, Jihad islamique, Hamas... Le camp de Bourj Brajneh présente tout un éventail de factions palestiniennes sur une superficie d'un kilomètre carré. Il abrite 23 000 réfugiés palestiniens ainsi que 15 000 déplacés syriens et réfugiés palestiniens de Syrie. Ce dernier groupe est arrivé au fur et à mesure dans le camp depuis le début de la crise syrienne. Et il semble que les habitants vivent en paix dans ce camp de la banlieue sud de Beyrouth.


Selon les membres de diverses factions et les habitants, l'accrochage de lundi était une affaire strictement personnelle : deux hommes s'étaient disputé le butin d'une mobylette volée ; l'un d'eux, Moustapha Acar, serait impliqué dans trois crimes où il y a eu mort d'homme à l'intérieur du camp et serait un homme de Mohammad Dahlane.
Les témoins rapportent également que contrairement aux informations diffusées par la presse, aucune personne n'a été tuée dans les accrochages de lundi et uniquement des armes de petit calibre – pistolets et armes automatiques – ont été utilisées. « Aucune roquette, disent-ils, n'a été lancée. »
« Il n'y a eu qu'un seul blessé. Il était impliqué dans la rixe. Il a été touché à la jambe. L'accrochage a eu lieu tôt le matin et uniquement des armes de poing et des kalachnikovs ont été utilisés », indique Abou Aref, membre du Jihad islamique.


Ces mêmes propos sont repris un peu plus loin dans le camp, devant la permanence du Fateh, par un membre de la branche armée de l'OLP. « Ce sont des voyous qui se sont disputés à cause d'une mobylette volée. L'affaire n'a aucune implication politique », affirme-t-il.
Ayman, 26 ans, ressortissant syrien et membre du FDLP, note de son côté que les habitants du camp sont comme une grande famille. Peintre en bâtiment, il habite le Liban depuis de longues années, bien avant le début de la guerre en Syrie. Originaire du Golan, il raconte qu'il « a décidé de s'établir dans le camp de Bourj Brajneh car c'est l'endroit le plus calme et le plus sûr du pays ».

 

 (Voir aussi : Jouez au journaliste dans le camp de Bourj el-Brajné)

 

Les produits de luxe...
Comme tous les camps palestiniens du Liban, Bourj Brajneh est un lieu où l'on voit la misère en face. Ici, l'eau des robinets est salée, les puits artésiens ayant atteint le niveau de la mer. Des forêts de câbles électriques et de tuyaux conduisant l'eau dans les appartements cachent les murs des immeubles et le ciel. Les bâtiments dont certains atteignent quatre étages sont accolés et ne donnent aux habitants que d'étroits espaces, qui ne voient jamais le soleil.


Ahmad, 45 ans, est marchand de quatre-saisons. « Je n'arrive pas à comprendre pourquoi la presse fait tant de bruit pour quelques balles, alors que personne ne parle des rixes armées au quotidien dans la banlieue sud ou encore des balles que l'on tire en l'air à plusieurs heures de la journée, à deux pas d'ici, quand le Hezbollah enterre ses combattants tués en Syrie », se plaint-il.
Comme tous les réfugiés palestiniens du Liban, Ahmad est originaire du nord de la Palestine. « Mahmoud Darwiche (une des figures de proue de la poésie palestinienne) est un cousin éloigné. Je suis né au Liban, mais j'aimerais pouvoir rentrer chez moi. Ici, tous les jeunes sont au chômage et nous n'avons aucun droit », ajoute-t-il, interpellant un jeune homme qui travaille avec lui. Ce dernier, prénommé Mohammad, raconte qu'il a un diplôme de gestion mais qu'il travaille dans le souk de Bourj Brajneh pour ne pas rester au chômage.
Interrogé sur l'accrochage de lundi, il affirme : « J'ai été très surpris de voir le journal télévisé... Le camp de Bourj Brajneh est calme et sûr, tout à fait comme la Suisse. »

 

(Lire aussi : Documentaire : deux fois déplacés, les Palestiniens de Syrie pris entre le néant et l'espoir)


Dans une épicerie, Nabil, 60 ans, évoque lui aussi le chômage. « Les clients achètent à crédit et paient à la fin du mois. Ils prennent l'essentiel : du pain, du riz, des pâtes, de l'huile... Les produits de luxe peuvent rester un mois sur les étagères. »
Quels produits de luxe ? Nabil montre les étagères de chocolat importé de grandes marques : Mars, Cadbury, Bounty, Kit-Kat... Et les enfants du camp ne mangent pas de chocolat ? « Si, mais ils prennent les moins chers, ceux qui sont sur les étagères du bas. La tablette est à 250 livres », dit-il, montrant des produits fabriqués au Liban.
La situation économique a-t-elle empiré avec l'arrivée des déplacés de Syrie ? « Bien sûr, ce sont des réfugiés comme nous. Et entre réfugiés, il faut se soutenir », répond-il...

 

Pour mémoire

Le Nord et la Békaa, qui comptent 67 % des pauvres du Liban, accueillent 85 % des réfugiés syriens


Fateh, FDLP, FPLP, Saïka, Jihad islamique, Hamas... Le camp de Bourj Brajneh présente tout un éventail de factions palestiniennes sur une superficie d'un kilomètre carré. Il abrite 23 000 réfugiés palestiniens ainsi que 15 000 déplacés syriens et réfugiés palestiniens de Syrie. Ce dernier groupe est arrivé au fur et à mesure dans le camp depuis le début de la crise syrienne....

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