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À La Une - Syrie

Dévastée, la cité industrielle d'Alep croit en une seconde chance

Le plus souvent, il ne reste au mieux que la carcasse des bâtiments.

Une usine détruite dans la zone industrielle d'Alep, le 18 novembre 2014 en Syrie. AFP/Joseph Eid

Située près d'Alep, Cheikh Najjar ambitionnait avant la guerre civile de devenir la plus grande zone industrielle de Syrie voire du Moyen-Orient, un rêve de nouveau caressé par des entrepreneurs qui réhabilitent leurs usines ravagées.

Le plus souvent, il ne reste au mieux que la carcasse des bâtiments, car beaucoup a été détruit, brûlé et pillé ces deux dernières années dans ce secteur situé à 20 km au nord-est de la deuxième ville de Syrie.
Les hommes d'affaires de l'ex-capitale économique du pays n'ont pas failli à leur réputation d'entrepreneurs pressés: quelques semaines à peine après la reprise aux rebelles cet été de la cité industrielle, son directeur général a commencé à recevoir les premières lettres d'intention.

"Les soldats ont repris la zone industrielle le 7 juillet et quand nous sommes entrés une semaine plus tard, nous avons pu voir l'étendue des ravages. Certains bâtiments avaient tout simplement disparu", explique Mohamed Hindiyé, 55 ans, dans son bureau aménagé à la hâte.

 

(Lire aussi : Les deux visages d'Alep)

 

"Optimistes"

"Nous sommes restés malgré tout optimistes car dans les semaines qui ont suivi mon installation, j'ai reçu beaucoup de demandes pour revenir, reconstruire, remettre en état les machines. C'était très encourageant", ajoute-t-il.

Aux mains de la rébellion depuis juillet 2012, lorsque les insurgés s'étaient emparés en quelques jours de plus de la moitié d'Alep, la zone industrielle a été le terrain d'une bataille féroce jusqu'à ce que l'armée prenne le dessus.

Dans le secteur de Cheikh Najjar figurent encore sur les murs le drapeau des jihadistes du groupe État islamique (EI) et du Front al-Nosra, ainsi que diverses inscriptions dont "La liberté pour nous et l'enfer pour les alaouites", la communauté à laquelle appartient le président Bachar el-Assad.

Malgré la présence de francs-tireurs, à une centaine de mètres, et malgré les tirs intermittents d'obus, les ouvriers sont au travail et refont des murs, repeignent,installent des générateurs et des câbles.

"Quand je suis revenu, mon usine avait brûlé. Tous les murs que vous voyez, je les ai reconstruits et repeints. Et maintenant je répare mes machines", déclare Mohammad Hajjar, 51 ans, patron d'al-Bayane, fabricant de tissus d'ameublement qu'il exportait en Bulgarie, en Roumanie et en Serbie. "Pendant deux ans je n'ai pas travaillé ! Alors maintenant, je travaille jour et nuit. J'avais six machines à tisser italiennes. Deux, légèrement endommagées, n'ont pas mis longtemps à fonctionner à nouveau, deux autres étaient brûlées et je les ai remises en état", explique-t-il.

Deux machines calcinées, recouvertes d'une bâche, attendent leur tour, mais l'usine a redémarré et Mohammad fabrique chaque jour 1 000 mètres de tissu coloré. Les réparations lui ont coûté 75 000 dollars et il en faudrait huit fois plus pour que son usine fonctionne à plein rendement.

La cité industrielle a vu le jour en 2004. L'objectif était d'accueillir 6 000 sociétés et 1 250 fonctionnaient déjà avant la guerre, en majorité dans le textile, mais aussi dans l'ingénierie, l'alimentation, les produits chimiques et pharmaceutiques, employant 42 000 personnes. Aujourd'hui, 140 entreprises ont rouvert leurs portes et M. Hindiyé espère qu'elles seront près de 900 d'ici deux ans.

 

(Pour mémoire : "Après Kobané, il faut sauver Alep", lance Fabius)

 

Reconstruire


Pour cela, l’État devrait investir 62,5 millions de dollars dans les infrastructures, et les entrepreneurs 500 millions de dollars, selon M. Hindiyé. Or, dans un pays en guerre depuis près de quatre ans, l'argent manque.

Le responsable accuse la Turquie, un des pays soutenant la rébellion, d'avoir pillé des machines qui se trouvaient dans la cité industrielle et assure que beaucoup d'entre elles se trouvent désormais dans ce pays voisin.

"J'ai cessé de travailler en 2012 et j'ai vécu comme un mort vivant durant deux ans mais je peux dire que j'ai ressuscité depuis que je suis dans mon usine (...) Je reconstruis, je repeins, je restaure", affirme très ému Mouaffak Abaoui, directeur de l'usine de matière plastique Hamwi. "Je ne vais pas mourir, nous sommes un peuple qui n'est pas né pour mourir", assure-t-il.

 

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