Moyen Orient et Monde

Qui a peur de l’intifada-3 ?

Le point
18/11/2014

Le chômage atteint des sommets inaccessibles pour les plus pauvres des pays de la planète. L'infrastructure de Jérusalem-Est rendrait jaloux un habitant du Malawi (215 dollars de PIB par personne). De l'aveu de certains touristes témoins de scènes révoltantes aux points de contrôle, le traitement infligé aux Palestiniens révolterait le plus rétrogrades des latifundistes. Pourtant, ce ne sont pas ces éléments, même réunis, qui portent les analystes de tous bords à prédire l'explosion à grande échelle d'une intifada, troisième du nom mais dont les signes avant-coureurs laissent présager qu'elle ne ressemblera en rien aux deux précédentes.
Résigné à l'inéluctable, un jeune dirigeant de l'aile modéré du Fateh a fini, rejoignant en cela la plupart de ses camarades, par prendre en marche le train de la révolte. Ce sera, dit-il, comme la première fois avec son cortège de manifestations-arrestations-confrontations, mais pas comme la seconde qui avait vu l'intervention de la police palestinienne. Sans doute pour ne pas être en reste, le Hamas a invité les frères de Cisjordanie et de Jérusalem-Est à descendre dans la rue. Dans une interview parue hier dans le quotidien qatari al-Chark, le chef du bureau politique du Hamas affirme : « L'heure n'est plus, face à la multiplication des colonies de peuplement et à la judaïsation d'al-Qods, aux appels à l'apaisement mais au recours à la manière forte. » Que les pays islamiques, principalement l'Arabie saoudite, la Jordanie et l'Égypte assument leurs responsabilités, ajoute-t-il, alors que se fait de plus en plus assourdissant le silence des chefs historiques de l'Autorité palestinienne.
Benjamin Netanyahu, lui, campe sur ses positions, l'œil fixé sur l'horizon 2015, date prévue pour de probables législatives anticipées. C'est bien pourquoi il avait rejeté une proposition américaine faite le 25 août dernier, à l'issue de la guerre contre Gaza (opération « Bordure protectrice »), par le général John Allen puis un projet avancé par Tzipi Livni, ministre de la Justice, de gel partiel de la colonisation. Le Premier ministre est soutenu en cela par son chef de la diplomatie Avigdor Lieberman, ennemi acharné de toute limitation à la construction dans les quartiers juifs de Jérusalem. Joignant le geste à la parole, « Bibi » vient d'ordonner l'accélération des plans concernant un millier de nouveaux logements dans la partie orientale de Jérusalem, une mesure qui ne manquera pas de donner un souffle nouveau au soulèvement en cours.
Il est clair que cette intifada – à venir ? déjà en cours ? –, nul pour l'heure ne sait comment la prendre. Fait nouveau, c'est au nom de la religion que l'on s'apprête à croiser le fer puisqu'il s'agit pour l'islam d'un lieu saint (le troisième après La Mecque et Médine) et pour le judaïsme du plus vénéré des sites puisqu'il abrite le mur des Lamentations, vénéré en tant que vestige du deuxième Temple détruit par les légions romaines en l'an 70. On notera en passant que les jeunes Palestiniens se révèlent plus religieux encore que leurs aînés, présents qu'ils sont en plus grand nombre vendredi dans les mosquées et observant strictement le jeûne du ramadan.
Religieuse donc, cette intifada semble en outre n'avoir aucun chef, ne suivre aucune des règles du manuel du parfait révolutionnaire. Mieux vaut donc oublier le pourtant inoubliable Che, le Curzio Malaparte de La technique du coup d'État ou encore De la dictature à la démocratie de l'Américain Gene Sharp (demandez votre manuel à la Central Intelligence Agency). On comprend donc qu'il soit ardu d'en définir les contours ou même de s'attaquer à ses têtes pensantes puisqu'il n'y en n'a pas, ou encore de lui trouver un qualificatif.
Troisième caractéristique, le mouvement palestinien recourt à la technologie la plus pointue, notamment en matière de réseaux sociaux, de portables ultrasophistiqués, de modes de fabrication d'engins explosifs, etc. Cette guerre étant par essence asymétrique, il devient difficile à l'autre camp d'y engager ses unités de combat, son aviation et ses blindés. De plus, on a vu l'été dernier à Gaza comment Goliath finit toujours par être sinon vaincu à tout le moins neutralisé, ou encore empêché de vaincre. Et comme l'élément temps, dans ces cas-là, représente un atout majeur, plus l'affrontement s'inscrit dans la durée et plus l'État hébreu court le risque d'être ostracisé par la communauté internationale – ce qui d'ailleurs est en train de se produire.
Réunis la semaine dernière, les responsables israéliens et palestiniens de la sécurité se sont penchés sur l'inquiétante montée de la tension. Leur conclusion : si la situation perdure, attendons-nous à être confrontés à une conjoncture appelée très vite à devenir incontrôlable. On n'avait pas besoin d'un pareil aréopage pour entrevoir cette peu rassurante perspective.

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Ma Fi Metlo

Si la 3 ne marche pas , il en faudra une 4 et ainsi de suite jusqu'au detalage des usurpateurs comme un soir de Mai 2000 au Sud Liban !et cela va ineluctablement arriver a ces rescapes d'un genocide pratique par des blonds au yeux bleues d'occicon et pour lesquels on paye une facture sans limite.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Qui ? Mais, l'Iran et les pays arabes. Et sûrement pas Äsraël !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE DROIT FINIT TOUJOURS PAR VAINCRE L'INIQUITÉ !

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.