Vladimir Martynenko (d.), le conducteur du chasse-neige accusé par les enquêteurs russes d'ébriété au moment des faits, signe sa déposition en présence de son avocat. REUTERS/Karabanov and Partners Law Office/Handout via Reuters
Au lendemain de l'accident ayant conduit à la mort du patron de Total Christophe de Margerie, le conducteur du chasse-neige, accusé par les enquêteurs russes d'ébriété au moment des faits, a déclaré avoir "perdu ses repères" et n'a pas entendu l'avion arriver sur son véhicule.
Placé en garde à vue pour 48 heures, cet homme de 60 ans qui, selon la chaîne russe Pervyi Kanal, travaille à l'aéroport moscovite de Vnoukovo depuis 10 ans, est apparu pour la première fois dans des images "amateur" réalisées au moment de son interrogatoire par des enquêteurs.
"J'ai perdu mes repères et je ne me suis pas rendu compte que j'entrais sur la piste de décollage, donc on peut considérer que j'y suis entré", déclare l'homme sur ces images apparemment prises par un téléphone portable. "L'avion était en train de décoller, je ne l'ai pratiquement pas vu ou entendu parce que ma machine fonctionnait (et faisait du bruit) et qu'il n'y avait pas de lumière", ajoute-t-il sans qu'il soit possible de déterminer s'il parle des feux de position du Falcon 50 ou de balises lumineuses sur la piste. "Et il y a eu le choc", conclut le conducteur qui doit être présenté devant un juge dans la journée.
Pour sa part, l'avocat du conducteur, Alexandre Karabanov, a affirmé que son client souffrait d'insuffisance cardiaque chronique. Il a ajouté que le conducteur avait pu consommer "quelques gouttes" de l'alcool.

Le patron de Total, Christophe de Margerie, décédé lundi. AFP/ALEXANDER NEMENOV
Le patron de Total, Christophe de Margerie, deux pilotes et une membre d'équipage, ont péri dans la nuit de lundi à mardi dans l'accident du Falcon qui a percuté le chasse-neige au moment du décollage. Le rôle du conducteur du chasse-neige, la responsabilité des aiguilleurs du ciel, ainsi qu'une possible erreur des pilotes et la météo, sont au centre des investigations des enquêteurs russes et de ceux du Bureau (français) d'enquêtes et d'analyses (BEA) arrivés mardi soir à Moscou pour "3, 4, 5 jours, le temps qu'il faudra", selon un des experts français interrogés par la télévision russe.
(Pour mémoire : « Beyrouth devrait accélérer l'exploitation de ses gisements », estime le président de Total)
Patrick Pouyanné et Thierry Desmarest
Du côté du géant pétrolier français, on préparait la succession de son emblématique patron mercredi. Le processus de choix d'un nouveau patron a été lancé dès le lendemain de l'accident pour combler le vide laissé par ce PDG, dont le mandat arrivait à expiration en 2015 à la tête de la première entreprise française par ses bénéfices. Christophe de Margerie, 63 ans, n'avait pas publiquement désigné de successeur.
Un conseil d'administration a eu lieu mercredi, à l'issue duquel Patrick Pouyanné, qui dirige chez Total la branche Raffinage-Chimie, a été nommé directeur général du groupe, sous la présidence de Thierry Desmarest, a indiqué une source syndicale à l'AFP. Thierry "Desmarest s'effacera ensuite pour que (Patrick) Pouyanné devienne PDG", a précisé la même source.
Polytechnicien et ingénieur du corps des Mines, Patrick Pouyanné, 51 ans, occupe le poste de directeur général de la branche Raffinage-Chimie chez total depuis 2011. Thierry Desmarest, actuel président d'honneur de total, ne pourra assurer la présidence du groupe que jusqu'à l'an prochain, où il aura atteint la limite d'âge (70 ans).

Thierry Desmarest et Patrick Pouyanné. Photos AFP
La tradition du géant pétrolier, qui choisit ses dirigeants en interne, a une nouvelle fois été respectée, conformément aux voeux des syndicats. Total, première entreprise française par ses bénéfices et qui compte 100.000 employés, affichait en 2013 un chiffre d'affaires de 189,5 milliards d'euros.
Le nouveau patron sera confronté aux défis d'une croissance moindre de la production d'hydrocarbures, d'une crise du raffinage en Europe et des retards pris dans le développement de certains projets. Il aura aussi à trouver une solution pour réduire les surcapacités dans le raffinage en Europe, une volonté également affichée fin septembre mais non détaillée, même si aucun plan social ne devrait toucher la France.
Christophe de Margerie, qui avait sillonné le monde et les plus de 130 pays où Total est représenté, sera inhumé dans l'intimité à Saint-Pair-sur-Mer, une petite commune de l'ouest de la France, "a priori après une cérémonie officielle avec des personnalités à Paris", selon des sources officielles concordantes.
Mardi, les hommages de responsables économiques et politiques se sont multipliés en France, mais aussi en Russie, où le patron de Total était considéré comme "un vrai ami" du pays, selon les mots de son président Vladimir Poutine.
Pour mémoire
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