La photo récompensée date du 13 janvier 2014 montrant des femmes manifestant avec les photos de leurs proches tués dans les violences à Manama. MOHAMMED AL-SHAIKH/AFP
Le 21e Prix des correspondants de guerre a récompensé samedi à Bayeux (ouest de la France) l'AFP, The Times, France Inter, la BBC et Arte dans un contexte d'intensification de la violence à l'égard des journalistes, nombreux à avoir perdu la vie en 2014.
Le jury international, composé d'une quarantaine de journalistes et présidé par Jon Randal, correspondant de guerre pour le Washington Post pendant plus de trente ans, a récompensé dans la catégorie photo le reporter-photographe de l'AFP Mohammed Al-Shaikh pour son reportage réalisé au Bahreïn, "La majorité chiite poursuit ses manifestations contre le pouvoir".
Pour John Randal il s'agit d'un "reportage sur une guerre oubliée dont tout le monde se fout par quelqu'un du cru qui a eu le courage de faire ces photos, et de qualité en plus".
Ces images "ont suscité un intérêt mondial", s'est réjoui Mohammed Al-Shaikh , dans un entretien à l'AFP à Bahreïn. "Mais la vie à Bahreïn ne s'arrête pas là. Il y a le quotidien des gens, la société, l'autre visage de ce petit pays", a-t-il ajouté, espérant qu'il aura "plus d'espace aujourd'hui pour des sujets différents".
Le reporter-photographe de l'AFP Mohammed Al-Shaikh. Photo AFP
La Syrie a marqué cette édition avec le Prix du public remis à Emin Ozmen (SIPA Press) pour son reportage "Syrie: la barbarie au quotidien". Celui de la catégorie TV, format court, a été remis à Lyse Doucet pour son reportage sur la ville de Yarmouk, diffusé sur BBC News, et le prix dans la catégorie TV Grand Format a été décerné à Marcel Mettelsieffen (pour Arte Reportage) pour "Syrie: la vie, obstinément".
Dans la catégorie presse écrite, le prix a été attribué à Anthony Loyd pour son reportage paru dans le Times, éclairage sur la difficulté pour les journalistes à couvrir le conflit syrien. Il est intitulé "I thought of Hakim as a friend. Then he shot me" (Je pensais qu'Hakim était un ami. Et il m'a tiré dessus).
Dans la catégorie radio, Olivier Poujade est récompensé pour son reportage, "L'opération Sangaris dans le piège de Bangui", réalisé en Centrafrique pour France Inter.
Les 21e rencontres Prix Bayeux-Calvados demeureront marquées par l'hommage rendu jeudi aux journalistes tués ces derniers mois, quelques semaines après la mise en scène macabre en Syrie, par le groupe État islamique (EI, ex-Daech), des décapitations successives de quatre otages dont deux journalistes américains, James Foley et Steven Sotloff.
"On a avec l'EI une poussée à bout de la perversité de l'instrumentalisation", avec l'annonce à chaque exécution du nom du prochain otage qui sera tué, rappelle Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF) et membre du jury, interrogé par l'AFP. "C'est un degré dans l'horreur qui n'avait pas été atteint".
"Poursuivre l'engagement"
Les parents de James Foley et la famille de Camille Lepage, journaliste de 26 ans tuée en mai en Centrafrique, sont venus jeudi se recueillir au Mémorial des reporters de Bayeux, où une 28e stèle, avec les noms des 113 journalistes tués entre avril 2013 et août 2014, a été dévoilée.
Les parents de James Foley et la famille de Camille Lepage devant le Mémorial des reporters de Bayeux. Charly Triballeau/AFP
Ce lieu unique en Europe, près des plages du Débarquement allié en Normandie, rend hommage aux presque 2.290 journalistes décédés depuis 1944 dans l'exercice de leurs fonctions.
John et Diane Foley ont, comme Maryvonne Lepage, la mère de Camille, appelé à Bayeux à "poursuivre l'engagement" de leurs enfants en "parl(ant) des gens qui souffrent".
Un hommage particulier y a également été rendu à Anja Niedringhaus, photographe allemande de l'agence Associated Press (AP), 48 ans, tuée en avril en Afghanistan, à l'Afghan Sardar Ahmad, 40 ans, pilier de l'AFP en Afghanistan, tué en mars avec sa femme et deux de ses enfants par un commando taliban et à Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 55 ans, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) tués au Mali en novembre 2013.
"Le nombre de journalistes tués en 2014 est déjà extrêmement élevé - 51 - après 71 sur toute l'année 2013 et un triste record en 2012 (88)", a précisé M. Deloire jeudi.
Plusieurs centaines de personnes ont assisté à cette cérémonie dont deux ex-otages en Syrie, Edouard Elias (23 ans), photographe indépendant, et Didier François, d'Europe 1 (53 ans), un temps retenu avec James Foley.
Outre la proximité des plages du Débarquement, Bayeux est connu pour sa tapisserie du XIe siècle retraçant la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, souvent considérée comme un des premiers reportages de guerre.


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