C'est vrai. Je viens d'un pays où les adieux sont plus courants que les nouvelles connaissances. Je viens d'un pays où chaque génération voit une bonne partie d'elle-même s'égailler aux quatre coins du globe. Je viens d'un pays où l'aéroport est témoin des larmes, des adieux, des émotions de chacun de ses citoyens.
Dès que vient la fin de l'été, il est temps de dire au revoir au cousin venu des États-Unis, aux cousines parisiennes, à la tante anglaise, à l'oncle australien.
Quelquefois, dire au revoir à son grand frère ou à sa grande sœur qui s'en va étudier en Amérique, à son papa qui a trouvé un emploi mieux rémunéré à Dubaï ou au Qatar.
Les pleurs, les derniers signes main, les derniers câlins, les derniers mots, les derniers regards... Le voilà déjà qui vient de passer à la douane et s'en va faire peser sa valise. Nous ne le voyons plus. Il est parti. On retourne déjà chez nous ou bien attendrons-nous de voir si, des fois, il n'aurait pas un excédent de bagages?
Puis nous nous en allons, les yeux humides, tout comme il y a quelque temps, en attendant la prochaine occasion de le revoir. Noël? Pâques? L'été prochain? Qui sait? Tout dépendra de la situation. Pour l'instant, installons-nous devant l'ordinateur, attendons d'être connecté sur Skype, pour voir si son vol s'est bien passé, s'il a pu dormir en avion, si l'hôtesse l'a réveillé pour manger, etc.
C'est vrai, je viens d'un pays où j'ai dit au revoir à ma maison, où j'ai dit au revoir à mes parents. D'un pays où j'ai le cœur gros à chaque fois que je les vois verser des larmes en m'accompagnant à l'aéroport. D'un pays où mes amis s'habituent à me revoir pendant les vacances, et à me quitter de nouveau peu après. D'un pays où l'on ne fait qu'attendre à l'aéroport, amis, frères, sœurs, père, mère, cousins, cousines. C'est toujours le même scénario, les mêmes déchirements, les derniers baisers, les derniers regards. Les mêmes fins d'été.
Et voilà déjà que j'ai fini de la douane. Je m'en vais pour peser ma valise, un dernier baiser lancé en l'air à ma maman. Un je t'aime prononcé muettement. Ses larmes coulent. J'essaye de retenir les miennes.
Mais à chaque fois, j'ai cette boule dans la gorge, ce pincement au cœur, et cette première larme qui entraîne les autres.
Je reviendrai, je me dis. Mais quand?
C'est vrai. Je viens d'un pays où l'on ne s'habituera jamais aux au revoir.
Joëlle ASSAF
Montréal – Canada


Tellement vrai!!!! Qui de nous n'a pas vecu ces momemts penibles, la boule dans la gorge, les levres qui tremblent, les sanglots retenus et qui font si mal...... Et puis un dernier regard furtif en arriere, un sourire qui masque un dechiremen, un coeur si gros de tristesse qu'il va eclater. C'est superbement ecrit et decrit. Merci de dire ce que plus que la moitie du peuple libanais ressent depuis deja des decades.
21 h 53, le 12 septembre 2014