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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Montée d’inconscience...

L'un de mes maîtres à penser, comptant parmi les plus grands humanistes du XXe siècle, qualifiait le phénomène de l'évolution comme étant globalement une « montée de conscience ».
Selon sa vision des choses, la concentration de l'esprit dans l'espèce humaine est un privilège unique en son genre, dont nul être vivant, à part l'homme, ne jouit. Au point de considérer la monade humaine comme l'outil exclusif d'une création toujours en cours de développement.
Le beau panorama que voilà !
Mission idyllique et sacrée que nous autres, faibles créatures, sommes censés mener jusqu'à son terme.
Je sais que la notion de temps n'a pas grande valeur au regard de l'éternité. Mais il aura fallu tout de même des centaines de millions d'années pour permettre au cosmos de prendre corps, à la terre de se stabiliser et aux êtres vivants de se manifester, avant de déboucher sur ce qu'on a appelé « l'homo sapiens », l'homme qui comprend.
Par la suite, quelques milliers d'années supplémentaires auront suffi, depuis l'âge des grottes, à propulser l'homme que nous connaissons à travers l'histoire du monde. Une histoire en dents de scie ponctuée d'avancées prodigieuses et d'écueils surmontés, soutenue en permanence par une conscience suractive.
De la préhistoire jusqu'à la période de l'Antiquité et de l'apparition de la civilisation jusqu'à nos jours, en passant par plus de 2000 ans de christianisme, quel chemin de gloire parcouru !
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le président des États-Unis, inquiet des retombées possibles suite à la mise au point de la bombe atomique, aurait demandé à Albert Einstein, l'un des protagonistes de ladite réalisation, son avis sur l'avenir du monde. Einstein, perspicace et prudent, lui aurait répondu que c'est à un tout autre genre d'explosion que nous aurions à faire face. En fait, deux explosions plutôt qu'une. La première sera l'explosion démographique. Et la seconde, plus préoccupante, l'explosion psychique du genre humain qui risque d'entraîner avec elle des exigences insurmontables et un individualisme égoïste plus fort que tous les instincts.
Et nous aboutissons aujourd'hui à un monde grouillant de milliards de consciences. Un monde moderne menant sa propre destinée, un monde de confort, d'épanouissement, de sociétés policées, capable de productions inouïes, un monde, en un mot, qui maîtrise et la matière et la nature elle-même.
Or, sur le terrain, en l'an 2014, que sentons-nous ? Que voyons-nous ? Sept à huit milliards d'individus, lâchés sur la planète en état d'agitation continue ! Non point, hélas, une agitation faite d'activité laborieuse et de services mutuellement rendus mais de mouvements incontrôlés, voire de frénésie, en vue d'assurer une survie pour des lendemains incertains.
Au lieu de la course au succès et à la joie, c'est la course aux plaisirs. Un jeu sans issue prévisible qui requiert d'abord pour chacun un besoin pressant d'argent. Beaucoup d'argent...à satiété, à l'infini ! C'est à qui essayera de culminer durant sa vie avec des milliards d'unités monétaires, des actions en Bourse, des sociétés commerciales aux tentacules de pieuvre, des économies dirigées et faussement libérales, dans le seul but de dominer les richesses de la terre, richesses minérales, végétales et pétrolières. S'y jettent à corps perdu non plus seulement les individus, mais les États eux-mêmes au nom du bien-être des masses, véritables troupeaux de Panurge en quête permanente de revendications jamais assouvies. Un cercle vicieux dont la quadrature ignore superbement la moindre logique.
Tout cela se faisant, par ailleurs, sans plaisir, dans l'anxiété générale, l'angoisse de l'imprévu et le désir de vaincre.
Les choses, forcément, ne peuvent se faire sans le recours à la violence. Des violences de toutes sortes qui éclipsent, par leurs éclats, toutes les bonnes volontés, tous ces mouvements muets, lesquels, il faut le dire, travaillent tout de même avec patience à panser nos blessures. Oui, le bien existe, en silence, il est vrai ! Mais il passe au second plan et garde la tête courbée devant les rodomontades des plus excités. C'est le tribut à payer, semble-t-il, afin que s'accomplisse, de l'intérieur, le retournement attendu.
Sauf que l'humanité entière « attend » depuis trop longtemps.
La société de consommation, fatalement sécrétée par l'appât du gain et le souci du moindre effort, nous apparaît en ce moment comme un cancer glouton en train de dévorer nos consciences. Les puissants de ce monde, eux-mêmes dépassés par l'accoutumance à la mollesse, en viennent, hypocritement, au prétexte de prudence, à une frilosité incompréhensible devant le danger. On tergiverse, on prétend discuter. Langue de bois et moyens limités ! Alors que l'intolérance et le terrorisme règnent dorénavant dans tous les recoins de la planète.
Nous voilà donc réduits à une passivité criminelle. Volontaire, stupide, mortelle.
« Il y a à peu près 1 000 ans, écrit encore de façon prémonitoire le penseur auquel je me réfère, les papes, disant adieu au monde romain, se décidèrent à "passer aux Barbares". Un geste semblable, et plus profond, n'est-il pas attendu aujourd'hui ? »
Les papes s'appuyaient sans doute sur la certitude de progrès que la montée de conscience allait garantir. Si le monde ne devait pas réagir, ici et maintenant, devant l'envahissement de la barbarie sous toutes ses formes, économique, sociale et religieuse, si les nations, si l'Onu n'ont pas tiré la leçon de la tragédie hitlérienne et stalinienne, si la volonté de chacun et de tous ne se décidait pas à y faire front, alors cette « montée de conscience », décelée à l'origine de l'évolution, n'aura été qu'un leurre.
Car nous ne serions plus aujourd'hui que face à une « montée d'inconscience ».

L'un de mes maîtres à penser, comptant parmi les plus grands humanistes du XXe siècle, qualifiait le phénomène de l'évolution comme étant globalement une « montée de conscience ».Selon sa vision des choses, la concentration de l'esprit dans l'espèce humaine est un privilège unique en son genre, dont nul être vivant, à part l'homme, ne jouit. Au point de considérer la monade humaine comme l'outil exclusif d'une création toujours en cours de développement.Le beau panorama que voilà !Mission idyllique et sacrée que nous autres, faibles créatures, sommes censés mener jusqu'à son terme.Je sais que la notion de temps n'a pas grande valeur au regard de l'éternité. Mais il aura fallu tout de même des centaines de millions d'années pour permettre au cosmos de prendre corps, à la terre de se stabiliser et aux êtres...
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