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« Ils manifestent contre Israël, mais aussi et surtout contre Hollande et sa politique »

« Ils manifestent contre Israël, mais aussi et surtout contre Hollande et sa politique »

France

Les rassemblements se succèdent dans l'Hexagone à un rythme soutenu depuis le début de l'opération israélienne contre Gaza, mais les dérapages de certains manifestants mettent en lumière les tensions sous-jacentes d'une société de plus en plus morcelée.

28/07/2014

Des États-Unis à l'Autriche, en passant entre autres par le Chili, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Maroc, la Tunisie, l'Égypte ou encore Israël même, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées pour dénoncer l'opération israélienne Protective Edge dans la bande de Gaza. Lancée le 8 juillet après l'enlèvement et l'assassinat de trois jeunes Israéliens et l'immolation d'un adolescent palestinien, elle a fait plus de 1 000 morts et 6 000 blessés... côté palestinien. En revanche, une quarantaine de victimes « seulement » ont été déplorées en Israël. L'inégalité des forces a été unanimement dénoncée, ainsi que la violence aveugle dont font preuve les deux parties, et leur refus de compromis pour une trêve durable.

Seulement, il est intéressant de relever que si les rassemblements à travers le monde se sont déroulés pacifiquement, certains en France ont dégénéré, parfois très violemment. Jets de pierres, voitures et poubelles incendiées, intervention des forces de l'ordre, interpellations et lancers de gaz lacrymogène ont en effet ponctué des manifestations à Paris, à Barbès notamment, ainsi que dans la ville de Sarcelles, au nord de la capitale.

(Pour mémoire: Spectaculaires affrontements à Paris entre sympathisants propalestiniens et policiers)


De nombreux observateurs ont fait remarquer que dans ces cas spécifiques, les manifestants concernés étaient des jeunes pour la plupart d'origine maghrébine et venant de milieux défavorisés. Dans le cas de Sarcelles, une ville où vit une imposante communauté juive et qui a connu ces dernières années un fort développement, nous rappelle Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, la plupart des « casseurs » venaient en fait de Garges-lès-Gonesse, une commune voisine, et qui reste, elle, plus déshéritée. Mais s'il est évident que la grande majorité de la communauté arabo-musulmane en France est du côté palestinien dans le conflit actuel qui fait rage, cela ne veut pas pour autant signifier que les dérapages violents observés lors des manifestations sont la conséquence directe de ce même conflit. Un malaise social oppressant et omniprésent serait plutôt à blâmer dans ce cas, et ce phénomène n'est pas sans rappeler certains régimes arabes où le seul défouloir face à un autoritarisme ambiant se trouvait dans les rassemblements propalestiniens, les seuls autorisés.

« Identification »

Toutefois, ce n'est pas réellement le cas en France. Il y a très certainement un processus d'« identification », souligne Michel Wieviorka, sociologue, administrateur de la fondation Maison des sciences de l'homme à Paris et auteur de L'Antisémitisme expliqué aux jeunes, aux éditions Le Seuil. Même son de cloche pour Michel Fize, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), et qui précise que cette « identification » se fait à un double niveau : celui de l'identité arabe, très forte et qui donne une impression de « fraternité mentale et culturelle », et celui de la victimisation. Car le sentiment d'injustice est en réalité celui qui reste prédominant, et pour M. Fize, la cause palestinienne demeure le « prétexte principal pour ces jeunes de se rappeler au souvenir de cette République ». Mais la comparaison s'arrête là, en tout cas pour Albert Ogien, sociologue, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). « La cause palestinienne n'est pas au cœur des revendications des populations défavorisées qui vivent dans les quartiers de relégation en France », juge le chercheur. Même si elle « revient sur le devant de la scène de façon sporadique, à l'occasion d'événements politiques et militaires qui éclatent, (...) on ne voit pas de manifestations contre le mur de séparation, contre la colonisation, contre l'emprisonnement des Palestiniens en Israël ; et les mouvements de boycott des produits israéliens fabriqués en territoires occupés n'ont guère de succès ».

(Lire aussi : « La cause palestinienne ne mobilise plus que le Liban »)

« Importer » le conflit ?

Il est impératif, dans ce cas, de se demander pourquoi le président français François Hollande a utilisé le terme d'« importation » en parlant du conflit israélo-palestinien lors d'une interview télévisée le 14 juillet. Soum el-Yamine, sociologue et enseignant à Paris III Sorbonne Nouvelle, estime qu'il y a « peu de Palestiniens en France et que ce n'est pas une importation. Le premier responsable de cette confusion d'un point de vue symbolique est le président Hollande ». « Importer un conflit veut dire prolonger ailleurs un conflit qui existe déjà quelque part », explique de son côté M. Wieviorka, « et ce n'est pas le cas en France. Ici, le conflit exacerbe en fait des problèmes internes » et spécifiques à la société française, et qui ne peuvent être comparés à ceux des Territoires palestiniens.

Ces violences ne sont pas une première. Il y a même une « tradition de débordement » lors de rassemblements en France, rappelle Soum el-Yamine, donnant l'exemple des Bonnets rouges, ce mouvement breton apparu en France en 2013 en réaction notamment à l'écotaxe. Et le fait que certaines manifestations propalestiniennes aient été interdites a très probablement contribué à la tension ambiante lors de ces rassemblements, comme celui qui s'est tenu place de la République à Paris le 26 juillet, et au cours duquel le drapeau israélien a été brûlé, et celui islamiste... hissé. Malgré les appels répétés du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à annuler la manifestation, les organisateurs (Nouveau parti anticapitaliste-NPA, Parti des indigènes de la République, Palestinian Youth Movement...) ont réussi à rassembler des milliers de personnes, et des heurts – limités, certes – ont opposé de jeunes aux forces de l'ordre qui ont encore une fois procédé à l'arrestation de plusieurs dizaines de personnes.

(Lire aussi : A des milliers de kilomètres de Gaza, violences et pillages à Sarcelles, "petite Jérusalem" de région parisienne)

« Ce qui est très préoccupant, juge en outre Jean-Yves Camus, c'est le fait que pour la première fois, une interdiction de manifester est bravée en France par des milliers de personnes », et qui sont venues « non seulement dénoncer les violences à Gaza, mais également et surtout (François) Hollande et l'absence de résultats socio-économiques ». Pour Michel Wieviorka, le gouvernement a commis une erreur en interdisant certaines manifestations, et nombreux étaient ceux qui ont perçu cette décision « comme une prise de position de l'État » dans le conflit israélo-palestinien. Pour Soum el-Yamine également, « on s'interroge sur la partialité des autorités françaises, et cela renforce une certaine forme d'antisémitisme ».
En réalité, c'est là aussi que le bât blesse, et l'on en arrive à se poser des questions sur la collusion, aujourd'hui en France, entre cette jeunesse maghrébine et le Front national...


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M.V.

En France , les marxo/socialistes ont toujours soutenu les palestiniens ...! d'ailleurs ont se demande bien pourquoi...? Durant les années de plomb de la guerre du Liban ,où les palestiniens d'Arafat et comparses saccageaient et piller le pays , la France de Mitterrand ...soutenait les organisations palestiniennes plutôt ,que les Présidents Hélou.. , Sarkis.. etc...

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