Rechercher
Rechercher

Liban - Justice

TSL : la défense contre-attaque et montre des échantillons non identifiés sur la scène du crime

Le Dr Fouad Hussein Ayoub persiste et signe : les restes humains de petite dimension appartiennent au kamikaze.

Le siège du TSL à La Haye.

Une nouvelle audience du Tribunal spécial pour le Liban a été consacrée hier, pour la seconde journée consécutive, au témoignage de Fouad Hussein Ayoub, un médecin spécialisé en odontologie légale. M. Ayoub a travaillé, dès les premiers jours de l'explosion qui a visé le convoi de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, sur l'identification des victimes à partir des restes humains, et de l'analyse des dents et des os retrouvés sur la scène du crime. Le témoin a contribué plusieurs années durant aux côtés d'experts étrangers à identifier à l'aide de tests ADN, notamment les restes d'un inconnu qui serait le kamikaze présumé.

D'emblée, le représentant du bureau du procureur, Alex Milne, a cherché à conforter, pour le second jour consécutif, la thèse principale défendue par l'accusation, à savoir que les restes humains retrouvés appartiennent effectivement à un kamikaze inconnu et non au fameux Abou Adass qui avait, rappelons-le, revendiqué l'attentat dans une bande vidéo avant de disparaître dans la nature. Une thèse que les équipes de défense se sont évertuées à démonter à tour de rôle, cherchant à décrédibiliser tantôt le sérieux et le bien-fondé des propos du témoin, tantôt la « mauvaise gestion » de la scène du crime, allant même jusqu'à poser l'hypothèse d'une tierce personne sur les lieux, du fait de l'existence de trois échantillons de restes humains ou animaliers qui n'ont jamais pu être identifiés.

Dès le début de l'audience, l'accusation donne le ton. Alex Milne commence par interroger le témoin sur le fait de savoir si la dent retrouvée sur les lieux correspondait aux restes humains analysés, « ce qui signifie qu'ils appartiennent à la même personne ».
M. Ayoub répond par l'affirmative avant d'assurer, en réponse à une autre question, qu'il n'y avait pas lieu de comparer ou de confondre entre les restes de Talal Nasser et Yéhia Arab – les gardes du corps de Rafic Hariri – et ceux du kamikaze présumé dont les restes étaient de « petite taille puisqu'il était la personne la plus proche de l'explosion ». Un constat que le témoin reprend à plusieurs reprises, expliquant que plus le corps se trouve près de la déflagration, plus il est déchiqueté en petits morceaux dispersés loin de l'épicentre de l'explosion.

 

(Repère: Les acteurs du TSL et leur rôle)


Répondant au juge Walid Akoum sur les tests de laboratoire effectués sous sa supervision, le témoin assure qu'il n'y a aucune possibilité d'erreur lorsque les tests ADN sont effectués, soulignant que la probabilité que deux personnes puissent avoir les mêmes caractéristiques ADN « est de un sur plusieurs milliards ».

Alex Milne passe alors au second point intéressant l'accusation, à savoir l'affaire Abou Adass, invitant son témoin à expliquer comment l'analyse de l'ADN à partir de la brosse à dents supposée lui appartenir a parfaitement correspondu à l'ADN de sa famille sollicitée à l'époque pour passer les tests.
Le témoin reconnaît que la brosse à dents peut aussi bien appartenir à un autre membre de la famille, de sexe masculin, mais qu' « elle ne peut provenir que de la même famille », dit-il en réponse à l'un des juges.
Poursuivant ses interrogations, M. Milne invite le témoin à évoquer les résultats des tests effectués sur un chewing-gum recueilli auprès de la mère de Khaled Taha, « un suspect à l'époque, mais qui était très important pour l'enquête », précise-t-il aux juges.
M. Ayoub répond que les tests n'ont montré aucune similitude avec les résultats de l'ensemble des tests ADN effectués sur le lieu du crime. Ce qui signifie, renchérit l'accusation, que Khaled Taha « ne se trouvait pas sur la scène du crime ».

À ce moment, la défense passe à la contre-attaque : l'un après l'autre, Ian Edwards, l'un des conseils de Moustapha Badreddine, puis Dorothée Le Frapper du Hellen, représentant Hassan Habib Merhi, tentent de trouver la faille.
M. Edwards s'enquiert notamment auprès du témoin pour savoir quel est l'effet sur les restes humains de la pluie que le témoin affirmait redouter au plus haut point le jour où il avait été chargé de la mission. Ce à quoi ce dernier répond que ce qu'il craignait surtout, c'était « le risque de voir l'eau de pluie emporter les restes loin de leur localisation initiale ou carrément vers la mer ». La défense insiste pour savoir s'il n'y avait pas une possibilité que certains restes humains aient été perdus par des causes naturelles ou autres. Ce à quoi le témoin répond qu'il ne savait pas puisqu'il n'était plus en charge directement, mais secondait les équipes hollandaise et espagnole dépêchées sur les lieux par la suite. « Ces derniers ont d'ailleurs fait un travail très professionnel », dit-il.
M. Edwards insiste une fois de plus en demandant cette fois-ci si les bulldozers envoyés sur place pour soulever les carcasses des voitures n'ont pas pu emporter les restes. « C'est possible, mais ils n'ont pas pu emporter tous les restes », rétorque M. Ayoub. Il précise alors que l'endroit où sont passés les bulldozers était bien précis et se situait loin des restes attribués à la « personne inconnue », alias le kamikaze.

La défense tente alors, à travers une autre batterie de questions, de prouver que la scène du crime a été corrompue tantôt par l'eau des pompiers, tantôt par les gardes, ou encore par la présence des dizaines de personnes, notamment lorsque les sympathisants de Rafic Hariri sont venus jeter des fleurs dans le cratère.
Des thèses auxquelles le témoin répondra en affirmant en substance que le contexte n'était pas idéal. Il reconnaît ainsi l'existence de lacunes en termes de préservation de la scène du crime, sans jamais remettre en doute les résultats du travail scientifique effectué par les équipes d'experts sur les restes humains notamment.

Ian Edwards présente alors des documents qui montrent trois échantillons – deux restes humains dont une dent et un morceau d'os – qui n'ont pu être identifiés ni attribués à des personnes humaines.
Durant trente minutes, la défense essaie d'avancer la thèse de l'existence d'une tierce personne à qui ces restes pourraient appartenir. Une possibilité que le témoin rejette, maintenant sa thèse sur l'existence d'une seule personne inconnue, qui est le kamikaze, outre les victimes qui ont toutes été identifiées.

Au tour de Mme du Hellen d'entrer en scène et d'arracher au témoin un aveu clair en fin de journée : à savoir que la scène du crime n'a effectivement pas été préservée comme il le fallait et que certains restes recueillis notamment par les FSI n'ont « ne l'ont probablement pas été de manière scientifique ».

 

Lire aussi
Au TSL, un expert décortique le processus d'analyse et d'identification des restes du kamikaze
TSL : toute une audience pour obtenir un numéro de téléphone

Un témoin reconnaît devant les juges le chaos qui régnait au lendemain de l'attentat contre Hariri

 

Pour mémoire
Yasma Fleyhane : Nourrir la haine, c'est donner raison aux criminels

Reprise du procès Hariri : Merhi, coauteur du complot et principal complice, affirme l'accusation

Une nouvelle audience du Tribunal spécial pour le Liban a été consacrée hier, pour la seconde journée consécutive, au témoignage de Fouad Hussein Ayoub, un médecin spécialisé en odontologie légale. M. Ayoub a travaillé, dès les premiers jours de l'explosion qui a visé le convoi de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, sur l'identification des victimes à partir des restes humains, et de l'analyse des dents et des os retrouvés sur la scène du crime. Le témoin a contribué plusieurs années durant aux côtés d'experts étrangers à identifier à l'aide de tests ADN, notamment les restes d'un inconnu qui serait le kamikaze présumé.D'emblée, le représentant du bureau du procureur, Alex Milne, a cherché à conforter, pour le second jour consécutif, la thèse principale défendue par l'accusation, à savoir que les...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut