Au moment où les forces de l'ordre libanaises poursuivaient leur enquête sur la dernière explosion à Tayyouné, dans la nuit de lundi, à plusieurs milliers de kilomètres de là, à La Haye, on évoquait dans les plus infimes détails une autre scène de crime, celle de l'assassinat, il y a dix ans, de Rafic Hariri.
Un déjà-vu pesant, pour ne pas dire désespérant, tant les paysages de la mort se ressemblent, à des échelles quoique différentes.
Quelques jours après la reprise officielle, le 18 juin, du procès des assassins de l'ancien Premier ministre – procès au cours duquel l'accusation a poursuivi la présentation des preuves –, l'audience qui s'est tenue hier a été consacrée à un témoin anonyme, identifié par le numéro 450.
C'était lui qui avait retrouvé, sept jours après la tragique explosion du 14 février 2005, le corps de Mahmoud Mohammad, une victime qui était portée disparue pendant une semaine après l'attentat.
S'exprimant à partir de Beyrouth au moyen de la vidéoconférence, le témoin devait bénéficier des mesures de protection requises, sa voix et son image ayant été altérées.
Seule sa fonction – commandant au sein de la police militaire à l'époque – a été révélée au public.
Après un bref résumé du témoignage, préalablement écrit et signé par le témoin et présenté par le représentant du procureur, Alex Milne, l'équipe de défense du cinquième accusé, Hassan Merhi, est passée pour la première fois à l'action.
Sans une minute de répit, l'un des conseils de M. Merhi, Andreas O'Shean, a matraqué le témoin de questions principalement axées sur les autorités judiciaires compétentes durant l'investigation, les services de l'ordre habilités à agir sur les lieux et les rôles respectifs des différentes instances officielles.
Il fallait tout d'abord comprendre quelles étaient la fonction exacte et les tâches affectées ce jour-là au témoin. Des questions auxquelles le témoin a répondu en tentant, tant bien que mal, d'éliminer tout doute possible sur sa fonction : à savoir tout d'abord qu'il faisait partie de la police militaire et non des services de renseignements de l'armée ; ensuite, que sa seule tâche était d'accompagner les juges sur les lieux du crime sans pour autant avoir d'autres missions que celle-ci ; et, enfin, le fait qu'il assumait ses responsabilités à la demande du tribunal militaire.
« Administrativement, je relevais de la police militaire, mais effectivement, j'étais directement supervisé par les autorités judiciaires », répond le témoin.
Toute une série de questions également sur le type de juridiction habilitée à enquêter sur les crimes qui affectent la sécurité de l'État – à savoir la cour militaire ou la cour de justice –, des interrogations auxquelles le témoin n'a pu répondre que partiellement, réitérant à chaque fois l'idée que c'est aux autorités compétentes qu'il faut adresser ce type de questions.
C'est avec grande difficulté également que le conseil de la défense pourra arracher au témoin – extrêmement prudent et parcimonieux dans ses répliques – une réponse relative au nom du chef de la police militaire à l'époque, le général Ghafari.
S'ensuit alors une nouvelle batterie de questions portant sur la manière dont les forces de l'ordre ont agi sur la scène du crime, la répartition des tâches et le nombre d'effectifs sur les lieux ; des interrogations qui visaient vraisemblablement à démontrer, de la part de la défense, la confusion qui régnait ce jour-là.
Le témoin a ensuite décrit le moment où il a retrouvé le corps sous la voiture, après avoir été alerté par la présence de mouches bleues qui bourdonnaient autour de la voiture.
Dans quelle position se trouvait le corps ? demande l'avocat de défense. « Le corps était étendu à la manière d'une planche de bois. Il était méconnaissable. C'est à la vision des parties génitales que j'ai pu comprendre qu'il s'agissait d'un corps humain », dit-il, ajoutant avoir immédiatement alerté le juge.
L'avocat lui demande alors si le fait d'avoir omis de retrouver le corps pendant sept jours d'affilée n'était pas une preuve de laxisme et de négligence de la part des autorités responsables. Ce à quoi le témoin répond avec prudence, rappelant que sa fonction n'était pas de rechercher les corps, mais qu'il avait retrouvé celui-ci par pur hasard.
M. O'Shean le relance et cherche de nouveau à savoir si oui ou non il y a eu laxisme.
« C'est difficile de dire s'il y a eu laxisme intentionnel, étant donné l'ampleur de l'explosion et les conditions climatiques », assure le témoin.
Tout un échange s'ensuit sur le changement, à trois reprises, de juges d'instruction en l'espace de près de trois mois, lorsque le juge Michel Abou Arraj est substitué au juge Mezher, puis Élias Eid à Abou Arraj.
Des changements dont le témoin n'en connaissait pas les raisons, selon ses dires. Il ignorait également la présence de deux « rapports contradictoires émis par l'armée », l'un faisant état d'une explosion en surface, l'autre souterraine.
Il finira toutefois par reconnaître, après moult efforts de la part de la défense, que c'était effectivement « la plus grande explosion, celle où régnait le chaos le plus absolu ».
L'interrogatoire se poursuivra demain. En toute logique, la défense devrait poursuivre sa stratégie dans le sens de la démonstration de l'existence d'une confusion totale sur le lieu du crime.
Pour mémoire
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Repère
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APRÈS DIX ANS... DE PAYE... OU "POPEYE" THE NAVIGATOR , ON NOUS RÉPÈTENT CE QUE NOUS SAVONS ! CE QUE NOUS NE SAVONS PAS... ALLEZ "POPEYE" SUR LA MER DE LA SÉRINITÉ... OUI ! DANS LA LUNE... CONSULTEZ L'ORACLE ET RÉVÈLEZ-NOUS LE MYSTÈRE... QUE LE DERNIER DES LIBANAIS CONNAÎT DÉJÀ !
14 h 54, le 25 juin 2014