Le siège du tribunal à La Haye.
Au cours de l'audience qui s'est tenue hier, les conseils de la défense ont poursuivi, à tour de rôle, leur contre-interrogatoire du témoin anonyme qui s'exprimait à partir de Beyrouth, bénéficiant de mesures de protection. Le témoin, qui était commandant au sein de la police militaire à l'époque de l'attentat, avait découvert le corps de Mahmoud Mohammad, l'une des nombreuses victimes, par pur hasard. Poursuivant sur le même rythme, la défense a cherché à maintes reprises à déstabiliser le témoin, revenant souvent sur les mêmes questions, formulées différemment. D'emblée, le président de la chambre de première instance, le juge David Re, a voulu donner le ton, invitant la défense à rectifier le tir et à adresser au témoin des questions plus directes que celles qui avaient été formulées la veille. M. O' Shea pose alors une série de questions au témoin, notamment sur la présence « d'autres éléments de la police militaire ou d'éléments des services de renseignements de l'armée sur le lieu du crime et la raison pour laquelle le témoin n'a pas appelé les enquêteurs lorsqu'il a soupçonné la présence d'un nouveau corps » le 21 février 2005, soit une semaine après l'attentat.
« Il n'y avait personne sur la scène du crime, sinon j'aurai demandé aux personnes compétentes de s'en charger », dit-il. Au tour du juge Akoum de rectifier le cours du contre-interrogatoire en posant une question légale qui a mis fin à l'échange qui lui semblait infructueux. Sa question portait sur les prérogatives du juge d'instruction une fois qu'il est chargé d'un dossier, la réponse suscitée étant que les services de renseignements ou les éléments de la police militaire peuvent intervenir sur les lieux du crime sans son autorisation explicite. Ce à quoi, le témoin répond en soulignant que le juge d'instruction est celui qui est en charge en premier et dernier lieu dès qu'il est responsable d'une affaire. M. O' Shea lui demande alors s'il ne trouve pas bizarre que personne ne se trouvait sur les lieux ce jour-là pour poursuivre les recherches et retrouver le corps de Ghalayini, une autre victime civile qui était également portée disparue ? « Personne n'avait le droit de se trouver là-bas », se contente de répondre le témoin sans pour autant convaincre la défense. Une série de questions s'ensuit sur le fait de savoir s'il était oui ou non au courant du fait que la direction des FSI avait rapporté la présence d'éléments de l'armée sur place se demandant ce qu'ils faisaient exactement sur les lieux. Il est également interrogé sur le fait de savoir s'il était au courant que les carcasses des voitures avaient été transportées hors du lieu du crime. À la première question, le témoin répond par la négative, à la seconde, il affirme qu'il a en effet entendu l'information mais qu'il ne se souvenait plus des détails.
Débats sur des détails
Sur un ton qui se voulait un peu plus provocateur, la défense poursuit, sur la même cadence, son interrogatoire, mettant par moments en doute les réponses du témoin. Pour la seconde fois en deux jours – elle lui demande s'il était au courant du débat sur la question de savoir si l'explosion a eu lieu en surface ou non. C'est à ce moment-là qu'intervient le représentant du procureur, Alex Milne, qui critique le cours que prennent les questions qui, dit-il, dévient de leur objectif, une intervention qui sera appuyée par le juge David Re.
Le président de la chambre intervient une troisième fois, la défense s'aventurant à établir le lien entre la fonction du témoin en 2005 et celle qu'il occupe aujourd'hui, vraisemblablement en lien direct avec la précédente. « Du fait de votre poste précédent et de votre fonction aujourd'hui, vous devez être bien plus au courant de certaines choses que l'impression que vous en donnez », commente toutefois M. O' Shea. Au tour de Ian Edwards d'enchaîner avec des questions centrées sur le jour de l'assassinat, ce que le témoin a vu sur place, notamment s'il avait constaté la présence de caméras sur les lieux, autres que celles utilisées par les journalistes supposés avoir été évacués à un moment donné. La défense montre alors, sur une bande vidéo, la présence d'une caméra qui se balade sur les lieux du crime et qui ne semble pas être celle d'un journaliste, encore moins des services d'anthropométrie. « Vous aviez pourtant dit hier (mardi ) qu'il n'y avait plus personne sur les lieux après que le cordon sécuritaire eut été mis en place », demande de nouveau Ian Edwards au témoin, lui signifiant la présence d'une dizaine de personnes qui n'auraient pas dû être là. Le témoin répond : « Tout ce que je peux dire, c'est que ces personnes ne devaient pas se trouver sur les lieux du crime. »
Entre alors en scène un troisième conseil, Philippe de la Rochelle, qui défend les intérêts de Hussein Oneissi. Avançant à petit pas, l'avocat ramène le témoin aux premiers moments de l'attentat, le martelant de questions sur la manière dont il a appris la nouvelle, comment il s'est dirigé sur les lieux, avec quel véhicule, qui l'accompagnait, les appels téléphoniques qu'il avait effectués etc. pour enfin en arriver à son dessein : l'obtention du numéro de téléphone du témoin, une requête qui, rappelons-le, avait déjà été adressée il y a une semaine à l'accusation. Celle-ci avait catégoriquement refusé d'obtempérer, alléguant notamment du refus du témoin lui-même. Alex Milne intervient pour prévenir la cour que l'accusation n'a pas l'autorisation du témoin pour communiquer son numéro à la défense et qu'elle avait conseillé à la défense d'en faire une demande officielle aux autorités libanaises, accusant son adversaire d'avancer des arguments non convaincants et de chercher à court-circuiter l'accusation. Philippe de la Rochelle rétorque en substance que l'accusation cherche simplement à prouver la fiabilité du réseau de téléphonie ce jour-là. Il avance également le fait que le témoin semble avoir une mémoire défaillante et n'arrive pas à se souvenir d'un certain nombre d'éléments. Le juge Re intervient une fois de plus auprès du témoin cette fois-ci, pour lui demander s'il veut bien donner son numéro. Ce dernier finit par obtempérer. Alex Milne objecte de nouveau, estimant que les prétextes avancés par la défense ne sont pas crédibles et que de toute manière, la défense ne pourra pas obtenir tout de suite les analyses des données de télécommunications qui seraient recueillies à partir du numéro du témoin, mettant en garde contre la consécration d'un précédent dangereux.
Pour mémoire
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08 h 55, le 26 juin 2014