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Droits de l’homme

Après la violence et la torture, « Restart » pour repartir et retrouver sa dignité

Un hommage a été rendu à Beyrouth à Suzanne Jabbour, prix Nord-Sud 2013 de l'Union européenne, cofondatrice d'une ONG dévouée à la réhabilitation des victimes de la violence et de la torture.

Angelina Eichhorst, chef de la Délégation de l’Union européenne au Liban, a rendu hommage à « l’inlassable et indomptable engagement » de Suzanne Jabbour à la cause des droits de l’homme.

« Nul ne connaît vraiment une nation, tant qu'il
ne connaît pas l'état
de ses prisons. »
Nelson Mandela

 

Dignité. C'est la première et la plus durable impression que l'on garde quand on approche Suzanne Jabbour, présidente de l'ONG «Restart» pour la prévention et la lutte contre la violence et la torture, à qui l'Union européenne vient d'accorder, en raison de cet engagement, son prestigieux prix annuel Nord-Sud 2013.
Le prix va chaque année à un homme et une femme venant du Nord et du Sud qui se sont distingués dans leur combat pour le respect des droits de l'homme. Suzanne Jabbour le partage cette année avec Karim Agha Khan, chef spirituel des ismaéliens. Il lui a été remis par le président de la République portugaise, Anibal Silva, au cours d'une cérémonie organisée au Parlement de Lisbonne le 12 juin, en l'absence, déplorable, de toute représentation officielle libanaise.


Pour des centaines de détenus, d'ex-détenus et de réfugiés en difficulté, Restart est aujourd'hui l'organisation par laquelle la délivrance arrive. Dans les ministères et les organismes de sécurité, c'est également l'une des plus claires références en matière de défense des droits de l'homme et de lutte contre la torture. Restart anime notamment des sessions de formation pour les Forces de sécurité intérieure. L'association, qui œuvre loin du tapage médiatique depuis 1996, dispose de deux centres d'accueil, à Beyrouth et Tripoli, et offre quotidiennement à des dizaines de personnes des services d'aide légale et psychologique, d'orientation professionnelle et d'assistance matérielle.

 

« Une façon de vivre »
Pour donner au prix Nord-Sud 2013 le retentissement qu'il mérite, une réception a été donnée la semaine dernière en l'honneur de Mme Jabbour, dans un grand hôtel de Beyrouth. Et c'est des lèvres d'Angelina Eichhorst, chef de la Délégation de l'Union européenne au Liban, qui l'a proposée pour le prix Nord-Sud 2013, que l'hommage lui a été rendu, pour «l'inlassable et indomptable engagement» dont elle a fait preuve, au fil des années. Ce dont peuvent témoigner aussi tous ceux qui l'approchent ou l'entourent. Pour elle, ce combat est «une façon de vivre».

 

« Tolérance zéro »
«La tolérance zéro à la torture, sa criminalisation, sont des objectifs encore lointains, a souligné Mme Eichhorst dans son discours, et je ne peux que souscrire à ce que vous répétez à qui veut l'entendre, que le respect des droits humains atteints par une société se reflète dans l'état de ses prisons.» Et de citer le grand leader sud-africain, Nelson Mandela, qui a passé une grande partie de sa vie en prison: «Nul ne connaît vraiment une nation, tant qu'il n'a pas connu l'état de ses prisons. Une nation ne doit pas être jugée à la manière dont elle traite ses citoyens privilégiés, mais à la manière dont elle traite les moindres d'entre eux.» Un jugement qui devrait faire frémir les Libanais.

 

La torture au Liban
Mme Eichhorst s'est félicitée de ce que le Liban a déjà ratifié la convention des Nations unies sur la lutte contre la torture et adhéré à son protocole d'application en créant des cellules de droits de l'homme au sein du ministère de l'Intérieur et des Forces de sécurité intérieure (FSI). Mais, a-t-elle relevé, «en dépit de nos efforts, la torture et les mauvais traitements persistent dans toutes les parties du monde, et le Liban ne fait pas exception».
Dans un court documentaire distribué par Restart, on apprend d'ailleurs que la pratique de la torture est en forte augmentation dans les pays arabes.

 

Action multidisciplinaire
Pour combattre ce fléau, une action multidisciplinaire est nécessaire, estime la diplomate. «Les centres de détention et les prisons au Liban doivent être gérés selon des standards internationaux et par un personnel pénitencier formé selon les normes, a-t-elle insisté. Ces centres et ces prisons doivent pouvoir être contrôlés et demeurer accessibles, pour éviter les violations des droits de l'homme. Le système judiciaire doit être réformé de sorte que les inculpations soient basées sur des preuves, et non des aveux, qui peuvent être extorqués par la violence. Les coupables (de crimes de torture) doivent passer en jugement et les victimes bénéficier d'une assistance légale et sociale appropriée ainsi que de programmes de réhabilitation physique et mentale.»
Et d'ajouter: «La lutte contre la torture est une responsabilité partagée entre les gouvernements, les forces de sécurité, le système judiciaire, la société civile, les partenaires internationaux et les citoyens. Nous devons tous joindre nos forces pour éliminer la torture et les mauvais traitements, et faire en sorte que la culture de l'impunité n'ait plus cours.»

 

L'hommage à Sana Hamzé
L'hommage qui lui a été rendu, Suzanne Jabbour, à son tour de parole, l'a conféré à toute l'équipe qui l'assiste, en particulier à la cofondatrice de Restart, Sana Hamzé.
Avant de prendre la parole, et dans des extraits filmés de la cérémonie de Lisbonne, l'assistance a pu voir avec quels égards le président portugais et l'Agha Khan la traitaient et l'écoutaient, de même que l'assistance a pu aussi entendre cette boule d'énergie venue de Ardé (Zghorta) parler de sa passion pour la justice.
Après avoir remercié l'Union européenne pour l'honneur qui lui a été fait, Mme Jabbour a souligné que le prix qu'elle a reçu est «un message qui s'adresse aussi bien aux Libanais qu'aux activistes engagés dans la défense des droits de l'homme, et à ceux et celles qui croient au rôle pionnier de la femme dans la société».

 

À quand la fin de l'impunité ?
«En faisons-nous assez? ajoutera-t-elle, sur le ton du plaidoyer. À l'heure même où je vous parle, chez nous et ailleurs, au Liban et à l'étranger, des milliers d'hommes et de femmes se tordent de souffrance et voient leur vie et leur âme détruites sous l'effet de la torture; à cet instant même, et pendant que je vous parle, derrière les barreaux et dans de sombres cachots, les droits humains sont violés et des innocents maltraités pour mille et un prétexte. Et la question qui me vient à l'esprit et que je vous adresse à vous tous qui assumez des responsabilités politiques, à vous les dirigeants, à vous les juristes et hommes de droit et à vous tous citoyens ordinaires: quand donc finira le temps de l'impunité? Quand deviendra-t-il inacceptable de torturer un être humain? Quand donc les personnes coupables de crimes de torture passeront-elles en jugement?»
Dans une phrase qu'elle doit répéter plusieurs fois par jour, depuis des années, et qui lui est devenue comme une respiration mentale, elle nous avait dit quelques jours auparavant: «La sanction du coupable est d'être privé de sa liberté, non de ses droits; ses droits sont inaliénables.» «We are fighting darkness in darkness»; «contre les ténèbres, nous nous battons dans les ténèbres».

 

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