Le président afghan sortant Hamid Karzaï a voté tôt samedi dans une école. "Venez voter, venez tous voter!", a-t-il lancé. "En participant à l'élection, vous permettrez à l'Afghanistan d'aller vers plus de stabilité". AFP PHOTO / Wakil Kohsar
Bravant les menaces des talibans, les Afghans votaient samedi dans le calme au second tour de la présidentielle devant désigner le successeur du Hamid Karzaï à la tête d'un pays qui plongera dans l'inconnu après le retrait de l'Otan, d'ici à la fin 2014.
Des tirs de roquettes, revendiqués par les rebelles islamistes, ont touché une zone près de l'aéroport de Kaboul avant même l'ouverture des bureaux à 07h00 (02h30 GMT), sans faire de victime, selon l'Otan. Aucun incident majeur n'a été signalé quatre heures après le début du vote.
Cette élection, toute première passation de pouvoir entre deux présidents afghans démocratiquement élus, est considérée comme un test majeur pour ce pays pauvre et en partie contrôlé par les talibans que plus de douze années d'intervention militaire occidentale n'ont pas réussi à mater.
Les Afghans étaient appelés à trancher entre le favori Abdullah Abdullah, 53 ans, ancien porte-parole du commandant Massoud, arrivé largement en tête du premier tour du 5 avril (45%), et son adversaire Ashraf Ghani, 65 ans, un ex-cadre de la Banque mondiale (31,6%).
Progressistes, modérés, les deux hommes, qui ont voté dans la matinée à Kaboul, se sont engagés à lutter contre la corruption endémique et le développement économique de ce pays dépendant de l'aide internationale.
"Pas de quoi nous faire peur"
"Je suis venu pour participer à l'élection, pour que mon bulletin puisse apporter du changement dans nos vies", a déclaré à l'AFP Janat Gul, un commerçant de 45 ans, dans un bureau de vote de Kaboul.
"Je voterai pour le candidat qui redressera notre économie, créera des emplois et changera notre quotidien. Si notre économie tourne bien, il n'y aura plus d'insurrection, et plutôt que de se battre, les gens seront occupés à travailler", a-t-il dit.
A Kaboul, un important dispositif de sécurité était visible dans les rues, quadrillées par des forces afghanes déterminées à déjouer toute tentative d'attaque. Au total, quelque 400.000 soldats et policiers ont été déployés.
Farouchement hostiles à ce scrutin qu'ils estiment téléguidé par Washington, les insurgés ont appelé leurs combattants à "frapper sans répit". Des menaces similaires avaient déjà été formulées au premier tour, le 5 avril, mais les rebelles islamistes n'avaient pu empêcher, malgré de nombreuses attaques, une participation importante.
Et comme au premier tour, le déchaînement de violence promis par les insurgés ne semblait guère décourager les électeurs, hommes et femmes, nombreux à exhiber fièrement leurs doigts marqués à l'encre antifraude.
"On a bien entendu quelques explosions dans la ville, mais pas de quoi nous faire peur. Ici, c'est tous les jours de toute manière. Et ce n'est pas ça qui m'empêchera de voter pour décider de l'avenir de mon pays", a dit à Kaboul Ahmad Jawid, un étudiant de 32 ans.
Alors que les électeurs formaient des files d'attente devant les bureaux de vote aux quatre coins du pays, un séisme de magnitude 5,4 s'est produit dans le nord-est, selon l'Institut américain de géophysique USGS, mais aucun dégât n'était signalé.
La fraude, autre péril
Ce scrutin marquera la fin de l'ère Karzaï, seul homme à avoir dirigé l'Afghanistan depuis la chute des talibans en 2001, auquel la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.
Le président sortant a voté tôt samedi dans une école. "Venez voter, venez tous voter!", a-t-il lancé. "En participant à l'élection, vous permettrez à l'Afghanistan d'aller vers plus de stabilité".
Avec plus de 13 points d'avance sur son rival, la victoire semble à portée de main pour Abdullah Abdullah, qui s'était retiré avec fracas du deuxième tour de la précédente présidentielle, en 2009, en dénonçant des fraudes massives au profit de Hamid Karzaï.
"Nous ne pouvons accepter ne serait-ce qu'un seul bulletin de vote frauduleux en notre faveur. Et nous espérons que les autres diront la même chose", a dit M. Abdullah.
Les résultats provisoires du scrutin devraient être publiés le 2 juillet, et la fraude pourrait avoir un effet dévastateur dans une configuration où les deux candidats, et leurs partisans, se disputeront pied à pied les voix des électeurs.
Le prochain président prendra ses fonctions le 2 août, avec une question urgente à régler: la signature d'un traité bilatéral de sécurité avec Washington, qui permettrait le maintien d'un contingent américain d'environ 10.000 hommes après le départ des 50.000 soldats de l'Otan, fin 2014.
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